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La Chine, une ligne de fracture inédite au sein du patronat allemand


C’était le 21 février, trois jours avant l’attaque russe contre l’Ukraine. Le Monde avait rendez-vous avec Martin Brudermüller, patron du géant chimique allemand BASF, à Ludwigshafen (Rhénanie-Palatinat), le siège du groupe, au cœur du plus grand complexe chimique d’Europe. Lors de l’entretien, il avait été question de la Russie, mais surtout de la Chine, où BASF doit investir 10 milliards d’euros d’ici à 2030, à Zhanjiang, dans la province de Guangdong (sud-est), pour y construire un nouveau site de production.

N’est-il pas risqué, demandait-on alors, d’investir une telle somme dans un pays aux ambitions géopolitiques affirmées, qui multiplie les signes d’hostilité vis-à-vis de l’Occident ? M. Brudermüller avait répondu avec l’implacable autorité des chiffres : « En 2030, la Chine représentera 50 % du marché mondial de la chimie. Si vous voulez être un géant mondial de la chimie, vous ne pouvez pas dire que la moitié du marché, cela ne vous intéresse pas. »

Neuf mois plus tard, alors que la guerre en Ukraine et les menaces chinoises vis-à-vis de Taïwan ont entraîné une forte augmentation du risque géopolitique, la même question se pose, avec plus d’acuité encore, pour toute l’économie allemande. En témoigne la visite du chancelier allemand, Olaf Scholz, à Pékin, prévue ce vendredi 4 novembre, aussi controversée politiquement que délicate sur le plan logistique.

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En raison des restrictions sanitaires, l’avion officiel devait repartir le soir même, et seuls douze représentants du monde économique ont été accrédités, sur une centaine de candidatures, bien loin des grosses délégations de l’ère Merkel. Le patron de BASF sera du voyage, tout comme Oliver Blume, le nouveau dirigeant de Volkswagen (VW), Roland Busch, de Siemens, Christian Sewing, de la Deutsche Bank, les dirigeants de BMW, de Bayer, d’Adidas et de Merck, ou encore un représentant du laboratoire BioNTech.

Deux fronts bien visibles

Plus étonnante est la liste de ceux qui ont décliné l’invitation : les constructeurs Mercedes et Daimler Truck, les équipementiers Bosch, Continental et Schaeffler, et même le Bundesverband der Deutschen Industrie (BDI), l’influente fédération des industriels. Si les raisons véritables de ces absences ne sont pas connues, on ne peut mieux illustrer le dilemme des entreprises allemandes vis-à-vis de la Chine, longtemps marché favori du « made in Germany » à cause de sa croissance dynamique et de sa forte rentabilité.

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La Chine est, depuis six ans, le premier partenaire commercial de l’Allemagne. Elle était en 2021 son premier fournisseur, et son second marché d’exportation, loin derrière les Etats-Unis. Outre-Rhin, un million d’emplois dépendent directement des exportations vers Pékin. Mais le Covid-19 et la guerre en Ukraine ont ouvert une nouvelle ère au sein du capitalisme allemand. Deux fronts bien visibles se sont formés. D’un côté, les grands groupes, souvent d’importance systémique pour l’Allemagne, qui estiment qu’un industriel d’envergure mondiale ne peut se couper de la Chine.

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