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Ron DeSantis peut-il détrôner Donald Trump à la tête du parti républicain ?



Ron DeSantis peut-il détrôner Donald Trump à la tête du parti républicain ?

Ron DeSantis ressemble au candidat-modèle de la présidentielle américaine : diplômé avec mention de Yale et Harvard, étoile de bronze pour service méritoire dans l’armée… Considéré comme un possible candidat républicain en 2024, et donc successeur politique de Donald Trump, il semble en bonne voie pour être réélu au poste de gouvernement de Floride, le 8 novembre prochain. Mais Donald Trump, méfiant, pourrait lui faire de l’ombre.

Dans la course à l’investiture républicaine, Ron DeSantis a une épine dans le pied et celle-ci répond au nom de Donald Trump. Présenté comme un candidat probable au scrutin de 2024, l’actuel gouverneur de Floride doit conserver l’ancien président à ses côtés – Trump exerçant toujours une certaine influence au sein du parti en tant que faiseur de roi -, tout en gardant suffisamment de distance pour séduire les électeurs conservateurs lui ayant tourné le dos.

Dans certains cercles, on prédit déjà que Ron DeSantis est le prochain leader de l’opposition républicaine et candidat probable du parti. En août dernier, un article paru dans la National Review (porte-étendard du conservatisme américain) considérait DeSantis comme le véritable « leader de l’opposition », le félicitant de défendre des causes conservatrices là où d’autres gouverneurs d’États (notamment ceux de l’Utah et l’Arkansas) ont rechigné.

Donald Trump lui-même avait jeté son dévolu sur Ron DeSantis lors de sa candidature inaugurale au poste de gouverneur en 2018, assistant à des rassemblements en Floride et le qualifiant de « jeune leader brillant ». Pourtant, aujourd’hui, moins d’un mois avant la réélection de DeSantis, le soutien de l’ancien président américain brille par son absence.

Pour cause, les deux hommes sont engagés dans une rivalité délicate. DeSantis évite de critiquer Trump ou de contester sa mainmise sur le parti républicain, mais il a habilement esquivé la question de savoir si la dernière élection présidentielle a été volée à l’ancien président.

Guerres culturelles

Âgé de 44 ans, le gouverneur de Floride a également adopté de nombreux arguments de « guerre culturelle » de l’extrême droite, en devenant notamment antimasque pendant la pandémie de Covid-19. Il a également interdit aux écoles d’enseigner la « théorie critique de la race » – idée que l’inégalité raciale est systémique et donc intrinsèque, par exemple, au système de justice pénale américain – bien que ce cadre de lecture n’ait pas de place officielle dans les programmes scolaires.

>> À lire – États-Unis : la théorie critique de la race, nouvel épouvantail des trumpistes

Il est aussi à l’origine d’une campagne visant à interdire, dans son État, des manuels de mathématiques jugés trop « woke », et d’un projet de loi controversé en Floride (surnommé « Don’t Say Gay ») qui limitait les discussions sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans les écoles publiques.

Enfin, avant même que la Cour suprême des États-Unis n’annule le jugement Roe v Wade, Ron DeSantis s’est immiscé dans le débat sur l’avortement en signant une loi interdisant la procédure après 15 semaines de grossesse. 

En septembre, il a également été critiqué pour avoir transféré des migrants illégaux sur la riche île de Martha’s Vineyard (Massachusetts) dans le cadre d’une campagne politique coûteuse – et cruelle pour de nombreux détracteurs – menée par les gouverneurs républicains visant à déplacer l’immigration vers les régions démocrates.

Il fait maintenant l’objet d’une enquête du département du Trésor qui cherche à savoir si DeSantis a utilisé les fonds fédéraux destinés à l’aide en cas de pandémie pour faire partir les deux avions de migrants vénézuéliens vers Martha’s Vineyard. 

À la manière de Trump   

Malgré les controverses, ces actions offensives et très médiatisées ont contribué à renforcer le profil de Ron DeSantis au rang national. Sa récente tournée pour rassembler les fidèles du parti avant les élections de mi-mandat y a contribué également. Responsable de la communication de la campagne de réélection de DeSantis, Stephan Lawson a suggéré que c’était un moyen de renforcer sa base de soutien sans défier Donald Trump directement.   

« Ce qu’il fait, c’est continuer à renforcer sa stature, l’identification de son nom, et ses références conservatrices, auprès d’un public plus large », a déclaré Stephan Lawson à ABC.

Possible héritier de Trump, DeSantis est lui aussi enclin à la dissimulation et à l’hyperbole – Politifact, site internet vérifiant la véracité des promesses et engagements pris par les politiques américains, a classé nombre de ses déclarations publiques comme « fausses » ou « presque fausses ».       

Mais DeSantis affiche aussi des différences notables avec l’ex-président américain, notamment lorsqu’il s’est inquiété du déficit croissant qui a commencé à gonfler alors que Donald Trump était au pouvoir. Il a aussi soutenu une loi pour lutter contre l’augmentation du niveau de la mer. Et il s’est également positionné en faveur d’un durcissement des sanctions contre la Russie, là où Trump pensait que l’Ukraine devait travailler à un accord avec Vladimir Poutine.

Cité par le New York Times, un allié de DeSantis définissait la politique du gouverneur de Floride comme du « Trumpisme compétent ».

Aussi, bien que Trump continue de surpasser DeSantis dans les sondages nationaux s’adressant aux républicains en vue de l’investiture de 2024, le gouverneur de Floride commence à devancer l’ancien président dans certains sondages. Selon OpenSecrets, une ONG qui suit les dons politiques, la collecte de fonds de Ron DeSantis a également dépassé celle de Donald Trump au cours des six premiers mois de l’année, DeSantis ayant battu les records de dons pour une course au poste de gouverneur.

Ce dernier pourrait également compter sur le soutien des nombreux anti-Trump du parti républicain – dont certains ont depuis voté pour les démocrates – ce qui lui confère un attrait national plus large encore.

« Il y a beaucoup de républicains de l’establishment qui reviendraient à la maison pour DeSantis », a déclaré David Jolly, ancien membre républicain du Congrès qui a servi avec DeSantis et est depuis devenu un indépendant, au Washington Post en septembre.

Selon lui, DeSantis « a adopté le programme de Trump en Floride et fait des choses semblables à Trump… mais il en est en fait très éloigné ».

Et alors que Trump ne faisait pas de quartier à ses critiques ou à ses adversaires politiques, DeSantis, lui, essaie de montrer qu’il peut s’élever au-dessus de la politique lorsque l’occasion l’exige.

C’est ainsi qu’en septembre dernier, Ron DeSantis a félicité le président Joe Biden pour avoir déclaré l’état d’urgence, libérant ainsi des fonds fédéraux pour la Floride et permettant aux agences de coordonner les efforts de secours avant le passage de l’ouragan Ian. « Nous apprécions la considération de l’administration Biden pour le peuple de Floride en cette période de besoin « , avait-il déclaré.

Un véritable changement de ton pour DeSantis, qui utilise régulièrement le président comme un faire-valoir politique, le critiquant sur des questions allant de l’Afghanistan aux mandats de vaccination.

De Harvard à Gitmo

En 2019, lorsque DeSantis prête serment comme gouverneur, il n’a que 40 ans et est le plus jeune gouverneur de Floride depuis un siècle. Sa biographie officielle le décrit invariablement comme un « Floridien de naissance aux racines de col bleu » qui a ensuite suivi une trajectoire de haut vol de l’université de Yale à la faculté de droit de Harvard (il a obtenu un diplôme avec mention aux deux).

Ron DeSantis a terminé l’école de justice navale en 2005 et a été affecté l’année suivante comme avocat militaire au centre de détention de Guantanamo Bay, à Cuba, où il était notamment chargé de veiller à ce que les détenus soient traités conformément à la loi, selon un compte rendu du Tampa Bay Times. Il a ensuite été conseiller juridique auprès du commandant des forces spéciales à Fallujah lors du « renforcement » des troupes américaines en Irak en 2007.

Il a été élu pour la première fois au Congrès en 2012 en tant que représentant du sixième district de Floride. Pendant son premier mandat, il a cofondé le Freedom Caucus, un groupe de législateurs conservateurs de droite dure. Il est également devenu un invité fréquent de Fox News et a gagné le soutien du Tea Party, un mouvement de droite virulemment anti-Obama, avant d’être réélu en 2016.

Un clivage républicain ?

En 2017, lorsque Trump devient président, DeSantis est l’un de ses plus fervents partisans. Il a en retour bénéficié de son soutien lorsqu’il a annoncé sa candidature au poste de gouverneur de Floride, qu’il a remporté l’année suivante. 

Mais les similitudes entre les deux hommes, autrefois sources d’affinités, pourraient aujourd’hui apparaître comme une source de conflit.

Selon des témoignages recueillis par le magazine Rolling Stone, l’ancien président aurait accusé DeSantis de « voler » certaines de ses manières. Une vidéo de The Recount souligne d’ailleurs les parallèles dans un montage plaçant les deux hommes parlant côte à côte en écran partagé.

« DeSantis imite certainement le style, la rhétorique et le langage corporel de Trump », a déclaré Dan Eberhart, donateur de longue date du parti républicain, à Rolling Stone, ajoutant que le style « grandiloquent » de DeSantis semble être « arraché directement d’un guide de style de Donald Trump ».

Si Dan Eberhart a fait des dons à Trump dans le passé, il a déclaré préférer soutenir DeSantis dans la prochaine course présidentielle. 

Face à cette ascension, Trump aurait fait montre de son mécontentement, à en croire les témoignages de membres de son entourage, cités par de multiples médias américains. Selon le Washington Post, Donald Trump aurait qualifié le gouverneur d' »ingrat », disant à ses conseillers : « C’est moi qui l’ai fait. »

Article adapté de l’anglais par Pauline Rouquette, retrouvez ici la version originale.



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