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Aux Etats-Unis, « les classes populaires se sont éloignées du Parti démocrate »


Dans le domaine des sondages et des études d’opinion, républicains et démocrates américains ont leurs gourous. A l’approche des élections de mi-mandat du 8 novembre, particulièrement incertaines, ils occupent une place grandissante dans le débat public. David Shor est l’un d’eux. D’origine marocaine, ce fils d’une médecin et d’un rabbin est l’une des voix les plus suivies à gauche. Il a commencé sa carrière d’analyste dans l’équipe de Barack Obama lors de sa réélection, en 2012. Aujourd’hui, ce consultant, âgé de 31 ans, est à la tête de sa propre société, Blue Rose Research, installée à New York, où il compile les données sur l’évolution du Parti démocrate aux Etats-Unis.

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Le parti au pouvoir perd les élections de mi-mandat, sauf rare exception, comme après les attentats du 11 septembre 2001…

Si on regarde l’histoire des élections de mi-mandat, on s’aperçoit que les démocrates au pouvoir ont reculé dans quasiment tous ces scrutins depuis la fin des années 1930. La théorie dominante veut que les électeurs sont rétifs aux bouleversements. Ils ont tendance à voter pour le parti dans l’opposition afin d’arrêter les changements en cours, même s’ils ne sont pas nécessairement d’accord avec tout ce que ce parti véhicule. Ce qui est unique dans le cycle électoral actuel, c’est que le Parti républicain est parvenu à incarner des changements radicaux, sans contrôler ni la présidence ni le Congrès. Comme on l’a vu dans les études d’opinion ainsi que dans les élections partielles qui ont suivi la décision de la Cour suprême sur l’avortement fin juin, cela s’est traduit chez les démocrates par un regain d’enthousiasme. Mais c’était cet été. On ne sait pas comment cela se traduira mardi 8 novembre.

J’ai déjà connu six cycles électoraux. Celui-ci est le plus bizarre de tous. On est entré dans cette année 2022 avec le sentiment que les élections seraient une boucherie pour les démocrates. Le fait même qu’on débatte à présent de nos chances de garder le Sénat, montre à quel point la donne a changé. Si nous étions dans le cadre d’une élection normale, les démocrates devraient perdre entre 40 et 50 sièges à la Chambre et quatre à cinq au Sénat.

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Qu’est ce qui a changé dans la politique américaine depuis la présidentielle de 2020 ?

Je retournerais la question. Ce qui importe, c’est la continuité. La polarisation éducative s’est accrue. Les grands changements sont survenus entre 2016 et 2020. L’écart entre la classe ouvrière et les électeurs diplômés a augmenté de façon substantielle, notamment en raison de l’épidémie de Covid-19, des restrictions prises et de la vaccination, des sujets très polarisants. L’autre bouleversement a été le fait que les électeurs hispaniques et non blancs se sont détournés largement des démocrates, comme l’a montré le scrutin de 2020. On s’interrogeait sur la continuité de ces tendances, on les pensait associées à Donald Trump, au fait que son nom était sur le bulletin. Or, leurs causes sont structurelles, on en voit aussi la trace dans des pays en Europe.

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