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comment l’ombre de Donald Trump plane sur les midterms


Complotisme, dégagisme, élection volée… Au sein du parti républicain, la « question Trump » a été tranchée: les candidats soutenus par l’ancien président ont raflé les primaires. Une victoire des trumpistes ce mardi pourrait booster une candidature de Donald Trump en 2024.

Un ancien président a-t-il déjà eu autant d’influence sur des élections? Habituellement, lorsqu’un chef d’État candidat à sa réélection perd, son parti réajuste sa ligne politique et son programme pour la prochaine échéance électorale. Paradoxalement, après la défaite de Donald Trump face à Joe Biden en 2020, le parti républicain n’a pas dévié de son idéologie.

Au contraire, à l’heure des midterms, les élections de mi-mandat programmées ce mardi, « le parti s’est trumpisé », résume Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

« C’est inédit », estime la politologue Nicole Bacharan, spécialiste des États-Unis, interrogée par BFMTV.com. « Pourtant, en 2020, les Républicains ont tout perdu. »

Une « emprise » sur le parti républicain

Malgré sa défaite, Donald Trump a tout de même recueilli 76 millions de voix à la dernière élection présidentielle. « C’est 12 millions de plus qu’en 2016 », note Marie-Cécile Naves. De la même manière, malgré le basculement du Sénat, les démocrates ont souffert d’un léger récul face aux républicains à la Chambre des représentants.

Au lendemain du scrutin présidentiel, le Grand Old Party (GOP), comme il est surnommé outre-Atlantique, a fait face à un choix manichéen: pour ou contre Donald Trump? C’est la deuxième option qui a primé, les membres du parti défavorables à l’ancien président se faisant totalement marginaliser.

« D’autres, ont changé de discours par opportunisme et lui prêtent désormais allégeance, à l’instar de Kevin McCarthy, chef de file des républicains à la Chambre des représentants », explique Nicole Bacharan.

« C’est complètement exceptionnel, ça tient en la personnalité de Donald Trump, son emprise et son activité constante », poursuit la politologue.

Des candidats « fabriqués » par Trump

Pour les élections du Sénat, huit États sont particulièrement scrutés car ils pourraient faire basculer le contrôle de la chambre haute du Congrès – sans majorité, Joe Biden serait largement entravé durant les deux dernières années de son mandat. Dans sept de ces États décisifs, le candidat républicain choisi lors des primaires est un trumpiste.

« Comme la mainmise de Donald Trump sur le parti républicain s’est renforcée, ils ne peuvent pas s’en passer », explique Nicole Bacharan. L’ancien président se vante même régulièrement d’avoir « fabriqué » un certain nombre d’entre eux.

Parmi ces candidats on compte par exemple Don Bolduc (New Hampshire) et Blake Masters (Arizona) qui soutiennent que l’élection de 2020 a été volée, Mehmet Oz (Pennsylvanie), un médecin adepte des méthodes non-conventionnelles qui a fait la promotion de l’hydroxychloroquine pour lutter contre le Covid-19 ou Herschel Walker (Géorgie), ancien joueur de football américain, qui évoluait dans une franchise dont Donald Trump était le propriétaire.

L'ancien président américain Donald Trump lance des casquettes "Save America" à la foule lors d'un rassemblement de campagne en Arizona, le 9 octobre 2022.
L’ancien président américain Donald Trump lance des casquettes « Save America » à la foule lors d’un rassemblement de campagne en Arizona, le 9 octobre 2022. © MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Il y a encore J.D. Vance (Ohio), qui après avoir été un « Never Trumper » (jamais Trump), embrasse désormais totalement sa ligne, ayant bien compris que ses chances de victoire reposaient sur le soutien de l’ancien président. « J.D. veut tellement mon soutien qu’il me fait de la lèche », s’est récemment moqué Donald Trump.

Le symbole Liz Cheney

Dans la course à la Chambre des représentants, c’est la défaite de Liz Cheney qui a montré l’ampleur de la trumpisation du parti. Cette élue conservatrice était le symbole de l’anti-trumpisme au sein du GOP: elle fait partie des dix représentants républicains qui ont voté en faveur de son impeachment et est surtout vice-présidente de la commission d’enquête sur l’insurrection du Capitole, survenue le 6 janvier 2021, quelques semaines avant la passation de pouvoirs entre Donald Trump et Joe Biden.

L’ancien président avait lancé une vendetta contre celle qui briguait son quatrième mandat à la Chambre des représentants. C’est finalement Harriet Hageman, une trumpiste, qui a largement remporté la primaire républicaine dans le Wyoming.

« Il y a deux ans, j’ai remporté cette primaire avec 73% des voix. J’aurais pu le refaire, c’était facile. (Mais) il m’aurait fallu accepter les mensonges du président Trump sur les élections de 2020 », a lancé Liz Cheney le soir de sa défaite.

La thèse de l’élection volée en 2020

L’adhésion à la doctrine Trump repose en effet sur le dégagisme des élites républicaines traditionnelles et sur le déni de la défaite de 2020. Cette thèse a été largement propagée par Donald Trump et ses soutiens au sein du parti, malgré l’absence totale de preuves.

Pour ce premier scrutin national depuis l’élection de Joe Biden et les événements du Capitole, de nombreux prétendants républicains contestent la victoire du démocrate. « La moitié des candidats adhère à cette thèse », note Marie-Cécile Naves. Selon une étude, 60% des Américains trouveront sur leurs bulletins de vote un candidat qui nie le résultat de 2020.

De nombreux représentants locaux sont également élus lors de ces midterms. Des candidats républicains qui doutent des résultats de 2020, voire ont même activement œuvré à les renverser, se présentent à des postes où ils auront, en cas d’élection, une énorme influence sur le décompte des votes et la validation des résultats des futurs scrutins.

On trouve, par exemple, Mark Finchem, en Arizona, membre des Oath Keepers, milice d’ultradroite qui a notamment participé à l’insurrection du 6 janvier 2021. Également présent sur place, Doug Mastriano, le républicain investi pour briguer la fonction de gouverneur en Pennsylvanie, a loué des bus et offert des trajets jusqu’au Capitole.

Dans le Michigan, le prétendant au poste de procureur général, Matthew DePerno, est accusé d’avoir mené une enquête clandestine et illégale sur les machines à voter afin de démontrer un prétendu trucage de l’élection présidentielle. Des allégations infondées qui n’ont jamais été prouvées, malgré de multiples procédures.

Des militants républicains lors d'un meeting le 1er octobre 2022 dans le Michigan, un homme porte une casquette "Trump a gagné", en référence à l'élection présidentielle de 2020.
Des militants républicains lors d’un meeting le 1er octobre 2022 dans le Michigan, un homme porte une casquette « Trump a gagné », en référence à l’élection présidentielle de 2020. © JEFF KOWALSKY / AFP

La démocratie au cœur du scrutin?

Avec de tels profils, Marie-Cécile Naves craint « des fraudes, des contestations de résultats, des violences » au soir du 8 novembre et dans les jours qui vont suivre. « C’est sûr qu’il va y en avoir », déplore la spécialiste. « Je ne serais pas surprise si un sénateur ou un élu se faisait tuer », déclarait même la sénatrice républicaine anti-Trump Susan Collins début octobre dans les colonnes du New York Times.

Le 28 octobre dernier, un homme a sauvagement agressé le mari de la cheffe des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi. À deux semaines des élections à mi-mandat, c’est bien elle qui était visée. L’agresseur partageait sur les réseaux sociaux des thèses complotistes, notamment à propos de l’élection « volée » de 2020.

Face à la situation, les démocrates et notamment Joe Biden tentent de faire de la démocratie l’enjeu central du scrutin. L’actuel locataire de la Maison Blanche participe également à faire de ces élections de mi-mandat une sorte de remake de 2020.

« Je crois que je peux battre Donald Trump à nouveau », a-t-il par ailleurs récemment déclaré.

Pour Marie-Cécile Naves, le taux de mobilisation des électeurs démocrates sera décisif. « La question de la démocratie ou d’autres comme l’avortement sont importantes pour eux », explique la politologue.

Toutefois, « les préoccupations de la campagne ne (leur) sont pas favorables », tranche Nicole Bacharan. Pouvoir d’achat et inflation semblent être les sujets principaux de ces midterms. Et « aux États-Unis, dans la gestion économique, on fait plutôt confiance aux républicains », poursuit-elle.

Un pari gagnant pour Trump?

La trumpisation va-t-elle s’avérer payante dans les urnes pour le GOP? Elle l’a majoritairement emportée lors des primaires, souvent incarnée par des novices en politique aux positions radicales. Toutefois, il n’est pas certain que la tendance persiste lors des midterms, avec un électorat plus large.

« Ça peut faire peur à des indépendants et à des modérés mais c’est plutôt une élection des convaincus, les autres ne vont pas forcément se déplacer aux urnes », tempère Nicole Bacharan.

Un meeting de campagne du parti républicain pour les élections de mi-mandat en Arizona, le 9 octobre 2022.
Un meeting de campagne du parti républicain pour les élections de mi-mandat en Arizona, le 9 octobre 2022. © MARIO TAMA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Donald Trump sait que ses chances pour 2024 reposent en partie sur la victoire de « ses » candidats lors des élections de mi-mandat. Si l’on assiste à une vague républicaine, il est attendu que l’ancien président tente ensuite de s’en servir comme tremplin pour la prochaine échéance présidentielle. « Si le pari est gagné, il pourra se représenter en 2024, c’est majeur pour la suite », conclut ainsi Marie-Cécile Naves.



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