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« Le chancelier allemand, Olaf Scholz, avait-il vraiment le choix de ne pas aller à Pékin ? »


En recevant le chancelier allemand, Olaf Scholz, à Pékin, vendredi 4 novembre, le président chinois, Xi Jinping, a prononcé une phrase pleine de bon sens mais ambiguë : « Détruire la confiance politique mutuelle est facile, la reconstruire est difficile. » On aimerait y voir le début d’une autocritique, mais ce n’est pas le genre de la maison. Il s’agit donc d’une mise en garde. Et pourtant ! Après dix années d’exercice du pouvoir par Xi Jinping, le simple fait de dialoguer avec Pékin est devenu suspect pour nombre d’Occidentaux. Aux Etats-Unis, un nouveau maccarthysme à l’égard des supposés « amis de la Chine » est même en train de voir le jour. Il serait dangereux pour les Européens de suivre cette pente.

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Xi Jinping vit dans une bulle, à la fois sanitaire, idéologique et informationnelle. L’intérêt des Occidentaux est que celle-ci éclate. Même sans que l’on se berce d’illusions, un voyage comme celui d’Olaf Scholz peut y contribuer. Peut-on sérieusement reprocher à un chancelier, au pouvoir depuis près de un an, de « se précipiter » en Chine alors qu’il s’est déjà rendu à Tokyo et a reçu le premier ministre indien, Narendra Modi, à Berlin ? Aurait-il dû y aller avec Emmanuel Macron, comme l’Elysée semble l’avoir souhaité ? C’est oublier que, protocolairement, le président français aurait été reçu avec tous les honneurs et que le chancelier n’aurait joué que les faire-valoir. Olaf Scholz aurait-il dû se contenter d’un entretien avec Xi en marge du G20 qui se tient prochainement en Indonésie ? Ses propos très fermes sur la Russie, sur Taïwan, sur les droits de l’homme auraient eu moins de poids qu’ils n’en ont eu, exprimés dans le Palais du peuple devant la presse.

Olaf Scholz avait plus à perdre qu’à gagner en effectuant une visite officielle à Pékin. L’Allemagne est l’un des pays occidentaux où l’image de la Chine est la plus mauvaise. Mais avait-il vraiment le choix ? Deuxième économie mondiale, la Chine est tout simplement incontournable. Certes, elle présente désormais un risque, en partie en raison du nationalisme de Xi Jinping. Certes, la croissance y est chaque année plus faible. Mais, à tort ou à raison, nombre d’industriels et de financiers continuent de penser que ce risque mérite d’être pris. Comme le constate l’Allemand Jörg Wuttke, qui préside la Chambre de commerce européenne à Pékin, « il n’y a pas deux pays comme la Chine ».

New York à Hongkong

Les critiques des médias, des chercheurs et des militants des droits de l’homme à l’égard de la Chine ne doivent pas faire illusion : le pays le plus peuplé au monde continue d’aimanter les milieux d’affaires. Une anecdote le prouve. Dans la nuit du lundi 31 octobre au mardi 1er novembre, un tweet anonyme rédigé en chinois indiquait que Pékin allait rapidement mettre fin à sa politique zéro Covid. Il n’en a pas fallu davantage pour que, dans les quarante-huit heures – malgré l’absence de confirmation par les autorités chinoises, bien au contraire –, l’indice boursier MSCI China, qui rassemble les principales valeurs chinoises, gagne 450 milliards de dollars. Un montant colossal qui en dit long sur les attentes de Wall Street et de la City. D’ailleurs, au même moment, le gratin de la finance mondiale – les patrons de BlackRock, Goldman Sachs, Morgan Stanley, HSBC, Standard Chartered, Credit Suisse, JP Morgan, Pimco et Carlyle – étaient à Hongkong pour y écouter John Lee, le nouveau patron de l’exécutif, vanter les charmes de sa ville passée sous la coupe de Pékin. Il y a un mois, le même John Lee, ancien responsable de la police de Hongkong, avait dit « [se] moquer » des sanctions américaines à son encontre. On le comprend. Il n’a pas besoin d’aller à New York. C’est New York qui vient à lui.

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