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« Un nouvel album, c’est toujours un saut dans le vide »

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"Un nouvel album, c'est toujours un saut dans le vide"

Cinq ans après son dernier disque et des projets en tant qu’acteur, Benjamin Siksou retrouve la musique avec un album entièrement emmené par les saxophones. Il s’est confié sur ce projet à BFMTV.com.

2022 est un beau cru pour Benjamin Siksou. En tant que comédien, il a joué sur les planches dans la pièce Songe à la douceur, qui doit reprendre dans quelques mois. Acteur, on l’a vu dans le téléfilm Qu’est-ce qu’elle a ma famille?, ainsi que sur grand écran dans À la folie et dans Frère et Sœur, le dernier long-métrage d’Arnaud Desplechin actuellement en salles, qui lui a valu de gravir les marches de Cannes. L’été apporte des nouvelles musicales avec la sortie ce vendredi de Saxophonia, son deuxième album.

Cinq ans après Le Chant du coq, un précédent opus aux accents pop, Benjamin Siksou a voulu revenir à un son plus pur. Aucune fioriture: juste sa voix, de la guitare, de la contrebasse, des percussions et, surtout, les saxophones, véritables fils conducteurs du disque et lui donnent son titre. Le tout fait naître une fanfare imaginaire aux accents jazzy, proche des musiques qui l’ont bercé. Deux extraits, Se revoir à nouveau et J’irais bien, ont déjà été dévoilés.

Des musiques sur lesquelles celui qui a été révélé par Nouvelle star en 2008 pose des textes ciselés pour parler – entre autres – d’amour et de manque. L’artiste de 35 ans s’est confié à BFMTV.com sur la création de ce nouvel album et sur ses années loin des studios d’enregistrement.

Vous sortez « Saxophonia » cinq ans après « Le Chant du coq », votre précédent album. Pourquoi ce délai?

Déjà, sur les cinq, il y en a deux qui ne comptent pas! Je crois beaucoup à mes obsessions: j’ai besoin qu’une idée soit partie et revenue mille fois pour y croire, pour me dire que c’est quelque chose d’important. Donc ça prend du temps.

« Le Chant du coq » était plus pop. « Saxophonia » marque un retour aux sources pour vous, avec cette atmosphère jazzy assumée. Qu’est-ce qui a motivé cette envie de revenir à vos premières amours musicales?

Je n’ai pas pensé ce retour dans ces termes. Un nouvel album, c’est toujours une nouveauté, un saut dans le vide. Peut-être que la maturité me fait aller vers ce que je sais faire, ce que j’aime faire, au lieu d’essayer de faire.

Vous aviez le sentiment d’être moins fidèle à vous-même, dans vos précédents projets?

Ce n’est pas une question de fidélité, plutôt une question de choix. Je me suis lancé dans Saxophonia fort du Chant du coq, un projet qui ne me convenait pas. La manière dont ça s’était passé, les concerts dont je ne ressortais pas bien… quelque chose ne fonctionnait pas. J’ai appris de mes choix, et plus les choix sont prononcés, plus on peut se permettre ensuite de s’en détacher. Du coup, avec Saxophonia, j’ai voulu faire tout l’inverse du précédent. Quelque chose de très chaud, de très acoustique, de live.

Vous aviez donc à cœur de proposer une musique dénuée de tout son synthétique…

Oui, pas un son créé sur ordinateur, pas même un clavier. Je ne voulais que des timbres d’instruments et jouer sur ces timbres. Et la voix, surtout: je voulais mettre la voix très en avant.

D’où vient cet amour du jazz?

J’ai commencé à chanter avec le jazz, quand j’avais 6 ou 7 ans. Ma mère me faisait écouter des standards de jazz, de gospel, de blues, et ça m’a happé immédiatement. Ça, couplé à mon frère qui écoutait Stevie Wonder, à l’arrivée du hip-hop au début des années 1990…

Vous vous livrez beaucoup dans vos textes; à l’inverse, sur les réseaux sociaux ou en interview, vous êtes très discret sur votre vie privée. C’est une volonté, de compartimenter?

En interview, oui. Je n’ai pas du tout envie de me mettre totalement à poil. Surtout parce que ça n’apporte rien. Si ça m’apportait du plaisir, je pense que le ferais, mais je trouve que c’est inutile, je ne vois pas l’intérêt. À l’inverse, dans l’écriture, à aucun moment je ne me dis qu’il y a une limite à ne pas franchir. Au contraire: ça peut arriver d’avoir une envie d’autocensure, mais maintenant quand ça arrive, je sais que c’est justement ça qu’il faut dire.

Dans les chansons « Vis ta vie » ou « Sous ton nez », vous appelez à être sincère envers soi-même et à suivre son propre chemin. Qu’est-ce qui a donné naissance à ces chansons-là?

Vis ta vie est un peu la suite d’Histoires souterraines (un autre titre de l’album, ndlr), qui parle d’envie d’émancipation. Vis ta vie, c’est un peu l’acte II, l’idée de s’élancer dans le mouvement. Sous ton nez raconte un point de départ lourd dont on va se défaire. J’aime qu’il y ait un mouvement dans une chanson, qu’elle raconte un parcours.

Il y a également le titre « Chanson pour un Julien »: c’est la première fois que vous parlez d’amour au masculin dans une chanson?

Oui, mais ce n’est pas une chanson sur l’homosexualité, et c’est pour ça que j’en étais très content. Cette chanson a d’ailleurs été le point de départ du reste (de l’album). On en revient à ce que l’on disait tout à l’heure: quand on se met des réticences, des barrières, c’est justement que ça doit exister.

Ce morceau intervient un an après votre témoignage dans le podcast « Coming-Out », où vous avez révélé votre homosexualité. Pourquoi maintenant?

Il y a mille raisons. Je pense qu’on a tous dû se réinventer pendant ce confinement. Quelque chose est reparti de zéro. Alors on se demande comment on réinvente, on avance, on évolue. J’avais déjà mis Chanson pour un Julien en ligne sur mes réseaux quelques mois avant le podcast. Je ne sais pas, peut-être que c’était dans la continuité. Les créatrices du podcast m’ont proposé de parler dans un épisode. Au début je ne voulais pas. Mais justement en repensant à cette chanson, je me suis dit que ce n’était pas juste un témoignage personnel, intime, qu’il y avait quelque chose de plus global que ça. Qu’il y avait quelque chose à dire, quand même. Même pour moi, pour faire un point.

Justement, en parlant de confinement, il y a le titre « Nulle part » où vous parlez de « la nation qui se déchire sur l’avenir en masque », des sourires qu’il faut cacher, de l’impossibilité de sortir… comment est née cette chanson?

Pendant le confinement, clairement. On parlait de l’ère des virus, on disait que le Covid-19 n’était que le premier… il y a des choses qui laissent sans voix tant elles sont effrayantes, comme le climat. Et puis il y avait aussi la question de la croyance. Où est la croyance, qui détient le savoir. La frontière est tellement poreuse aujourd’hui à ce sujet-là, et ça aussi, je trouve que c’est effrayant. Nulle part demande « où aller », de façon générale, même hors Covid. Est-ce qu’on sait vraiment où on va, est-ce qu’il faut faire semblant, comme si on savait…

On vous a un peu moins vu pendant quelque temps, et vous revenez en 2022 avec plein de projets…

Il se passe plein de choses, mais demain je ne sais pas… c’est toujours comme ça. C’est soit beaucoup, soit peu.

Cette incertitude, inhérente au métier d’artiste, est-elle facile à gérer?

Non, mais c’est ce que j’ai choisi. J’ai voulu ne pas savoir. Le jour où je me suis retrouvé devant un bureau après un stage et où j’ai compris que le jour où j’aurais réussi, ce serait le jour où je serais de l’autre côté du bureau, j’ai eu une sorte de vertige. Je me suis dit que je ne voulais pas savoir où je serais le jour où j’aurais réussi.

Vous vous considérez autant chanteur qu’acteur?

Aujourd’hui, oui. Ce sont deux arts qui se conjuguent tout à fait: dans les deux cas, c’est de l’interprétation. Avec mon texte ou celui d’un autre, il faut s’approprier des mots, des musiques, des émotions. Même quand je ne chante pas, il est question de placer sa voix, de la prendre comme un instrument, d’y incarner une émotion. De plus en plus, je me rends compte que c’est la même chose.

Benjamin Siksou – Saxophonia (Polydor)
Il sera en concert le 20 septembre 2022 à La Nouvelle Eve (Paris IXe)

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