fbpx

« j’en fais cinq fois plus qu’avant »

[adinserter block= »1″]

"j'en fais cinq fois plus qu'avant"

Alors qu’il vient de dévoiler le réjouissant « Mauvais démons », un EP prometteur, le chanteur du groupe phénomène évoque ses années Thérapie Taxi, ses angoisses et ses nouveaux projets.

À seulement 29 ans, Zaoui a du mal à croire au chemin qu’il a parcouru. « Parfois, je me retourne en me disant ‘putain… c’est ouf tout ce que j’ai vécu' », glisse-t-il, sourire facétieux collé sur les lèvres. En effet, tout le monde ne peut pas se targuer d’avoir mené un groupe qui a rempli l’Olympia et le Zénith, résonné sur toutes les radios francophones et vendu des centaines de milliers de disques.

Ce succès phénoménal, il l’a connu avec Thérapie Taxi, la formation co-fondée avec Adélaïde Chabannes (dite Adé). Le duo de chanteurs et leurs musiciens ont explosé en 2018 avec leur pop rock et insolente, faite de mélodies ultra-efficaces et de textes-choc – les charts français se souviennent du refrain « va bien te faire enculer, salope! », single de platine.

Avec un imaginaire convoquant amours déçues et soirées trop arrosées, ils ont emmené avec eux des fans fidèles pendant trois ans avant une séparation surprise en 2021. Un dernier EP, un ultime tube (Été 90, single de diamant) et une tournée d’adieu plus tard, la thérapie s’est achevée face à un Zénith de Paris plein à craquer en octobre dernier.

Quelques mois après cette fin « compliquée », de son propre aveu, Zaoui entame le deuxième chapitre de sa carrière avec son premier EP solo, Mauvais Démons (3e Bureau), sorti vendredi dernier. Six morceaux qu’il a pensés comme une histoire: 24 heures dans la nuit parisienne, qui commencent lorsque la fête bat son plein, se poursuivent avec le spleen de l’aube et s’achèvent avec le cafard du lendemain soir. Lorsqu’il est dance, (comme sur C la base, ci-dessous), le disque est réjouissant et accrocheur, émouvant quand il penche vers la folk.

Avec franchise, le chanteur revient pour BFMTV.com sur le triomphe de ces dernières années, sur la difficulté de se réinventer en solo, et sur ses « mauvais démons », qui lui font mal autant qu’ils le nourrissent.

Pourquoi avoir mis fin à l’aventure Thérapie Taxi, après deux albums couronnés de succès?

Je m’étais dit qu’on ferait trois albums et qu’on arrêterait. Je ne pense pas que ça aurait pu durer plus que ça. Mais Adé avait envie de faire sa carrière en solo, ce qui est complètement compréhensible. On a mis les choses à plat, la dernière tournée s’est vachement bien passée et on s’est quittés d’une super belle manière. L’un comme l’autre, on se souhaite le meilleur, et on a envie de voir l’autre réussir.

Pourquoi envisagiez-vous une fin après trois albums?

Nous étions un groupe: chacun aurait eu envie de ses propres évolutions. Et puis pour moi, il y avait quelque chose de très défini dans le temps avec Thérapie Taxi. Je trouvais que ça allait avec l’âme du groupe de dire ‘on arrive, on fait trois albums et on se casse’. Déjà dans l’ADN du groupe, il y avait quelque chose d’assez furtif.

Quels souvenirs vous en gardez?

C’est difficile de répondre à cette question, parce que c’est très large. Les souvenirs reviennent par flots. Énormément de choses se sont passées sur une période de quatre ou cinq ans. Des aventures qui nous sont arrivées, des sentiments très forts qui nous ont traversés… c’est très riche.

Les mois qui ont suivi la fin de Thérapie Taxi ont-il été compliqués?

Oui, mais c’était compliqué pour moi parce que je venais de devenir papa à ce moment-là. Il y a eu l’arrêt du groupe, le fait d’entrer dans la paternité et le Covid en même temps. Forcément, le triptyque a été très dur à gérer, émotionnellement. Il m’a fallu six ou sept mois de recul pour comprendre que ça avait été une période difficile pour moi. Et en même temps, les moments compliqués, ça nourrit. Je me dis toujours que ce qui va rendre ma musique enrichissante, c’est tout ce que je vais prendre dans la gueule et que je vais essayer de transformer en quelque chose de résilient.

Devenir père a-t-il changé votre manière de travailler?

Ça n’a pas changé mon rapport à la musique, ni ce que j’ai envie de raconter, mais ça a changé ma manière de bosser, oui. J’étais quelqu’un de très nocturne, j’aimais beaucoup écrire la nuit. Je me couchais vers trois ou quatre du mat’ quoi qu’il arrive, et je dormais jusqu’à 10 ou 11 heures. Ça a dû changer, je n’ai plus ce luxe (rires). Aujourd’hui, je pose mon fils à la crèche, je reviens chez moi, je vais en studio et je travaille de 10 heures à 17 heures. Ça ressemble plus à des journées de travail.

Qu’est-ce que ça change, d’être seul aux manettes?

Pas grand-chose. Que tu sois en groupe ou en solo, tu écris les chansons et tu les retravailles avec des gens. Avec Thérapie Taxi, les morceaux étaient écrits soit par Adé soit par moi, et on les rebossait ensemble. Alors le processus est un peu le même. C’est plutôt sur le reste, la communication, que c’est différent. Il faut penser à tout. Et je relance quelque chose, il y a plus de travail à fournir. Mais aujourd’hui je peux dire tout ce que je veux en mon nom: cette liberté-là est agréable.

Votre EP s’intitule « Mauvais démons », au pluriel. Qui sont ces mauvais démons?

Si on peut résumer, je dirais que mes mauvais démons – que j’aime beaucoup, par ailleurs – c’est mon comportement addictif, mon rapport à la pulsion, au besoin de me sentir vivant. C’est comme l’image du tonneau qu’on essaie de remplir mais qui est toujours vide, parce qu’il est plein de trous. Le fait d’être épicurien, d’être dans le « toujours plus », et finalement de se rendre compte que ces choses-là ont leurs limites. Je pense que ça concerne beaucoup de gens de notre génération, cette question-là. On nous a appris à être toujours dans le plaisir immédiat et on se retrouve parfois un peu con face à ça, quand on se dit ‘mais il y a un truc que je ne remplis pas, à l’intérieur de moi’.

La paternité a-t-elle rebattu les cartes?

Complètement. Ce qui est très cool, quand on devient père, c’est qu’on s’ancre plus. C’est une autre forme de bonheur, qui te demande justement de shooter dans tes libertés. Avoir un enfant, c’est l’antithèse de faire la teuf, de ne pas prévoir, et ça te recentre sur d’autres choses. Ce qui est très agréable pour moi aujourd’hui, c’est que j’ai l’impression d’avoir trouvé une forme d’équilibre qui me permet de lancer mon projet plus sereinement que je ne l’aurais fait il y a deux ou trois ans. J’ai cette vie de famille qui est au moins aussi importante que ma carrière.

À l’écoute de cet EP, on suppose que ces mauvais démons passent beaucoup par la fête…

La fête et tout ce qu’elle engendre. Le fait d’énormément se marrer, d’être dans l’aventure tout le temps, dans l’improvisation. C’est tout ce qui se cache derrière le terme fête, qui draine plein de trucs.

Pourquoi lancer votre carrière solo avec un EP au lieu d’un album?

Un premier album, c’est extrêmement marquant dans une carrière. Je pense que j’avais besoin d’un peu de temps pour m’installer, je ne pouvais pas revenir tout de suite après tout ce que j’avais vécu. Un EP, c’était une manière de voir comment sont les choses, comment c’est d’être un artiste solo. Le petit bain avant le grand, pour m’acclimater.

Et pour l’instant, vous êtes à l’aise dans ce petit bain?

Je me dis que j’ai bien fait de commencer par l’EP. Je n’ai pas l’ambition de retrouver le niveau de Thérapie Taxi, mais j’ai l’ambition d’être un artiste un peu écouté, de remplir quelques salles. Et ça, il va falloir aller le chercher.

Vous pensiez que ce serait plus facile, après le succès de Thérapie Taxi?

Je ne l’aurais jamais avoué, mais oui. Je me trompais. Je me rends compte qu’il y a beaucoup de concurrence, qu’il faut batailler, qu’il y a relativement peu d’auditeurs pour la pop et que finalement, ce n’est pas parce que j’ai claqué deux gros tubes que je serai forcément capable d’en claquer un troisième. Surtout sans la voix d’Adé, sans la dynamique Thérapie Taxi. Alors j’en fais cinq ou six fois plus qu’avant, je pose les premières pierres. Mais heureusement que la vie est faite comme ça, sinon ce serait trop simple.

Dans l’introduction de l’EP, on entend une voix vous conseiller « Tu devrais peut-être faire du rap »; avez-vous l’impression que faire de la pop sur la scène française, c’est particulièrement difficile aujourd’hui?

Essayer de faire de la pop tout en étant un peu dans le coup, en essayant de raconter quelque chose d’assez actuel, je dis simplement qu’il y a moins de public qu’avant pour ça. En tout cas, c’est un style beaucoup moins plébiscité aujourd’hui que le rap dans la tranche 15-35 ans.

Comment expliquez-vous, dans ce cas, le carton de Thérapie Taxi?

C’est une question qu’on se pose toute une vie… Quand on remplit une salle, on ne peut pas savoir pourquoi. Je pense qu’il y a une question de bon moment. Il ne faut jamais éluder le facteur chance. Il y avait le fait que nous étions un duo formé par un mec et une meuf, ce qui raconte quand même des choses. Ça parle aux gens, c’est un jeu de ping-pong qui fonctionne. Et puis il y a eu le featuring avec (le rappeur) Roméo Elvis (Sur Hit Sale, leur premier gros tube, NDLR) qui était en pleine ascension à ce moment-là. C’était avant son duo avec Angèle, c’était la première fois qu’il apparaissait sur un format pop et tout le monde attendait ça. Notamment en Belgique, tout le monde adorait ce mec mais il n’y avait pas encore de chanson à caler en radio avec lui. Et puis on avait ce nom un peu bizarre… Mais je pense que là où on a bien géré, c’est qu’on a bossé nos lives comme des tarés, alors quand les gens sont venus nous voir sur scène ils n’ont pas été déçus. On a eu un gros single, et plutôt que de se dire qu’on allait se chiller le cul et essayer de faire plein d’autres gros singles, on s’est dit qu’on allait faire un live qui défonce. Ça a permis de fidéliser notre public et de remplir beaucoup de salles.

Dans une note d’intention, vous dites avoir « l’espoir de retrouver une bonne partie du public que (vous avez) laissé ». Ça fait peur, l’idée de ne pas réussir à convaincre autant qu’avant?

Oui, parce que c’est la fierté qui est mise en jeu. Je sais quelles chansons j’ai écrites, je sais à quel point elles ont marché, certains me disent: ‘Tu n’as plus rien à te prouver, pourquoi tu te mets la pression?’, mais je me la mets forcément. Parce que si sans Thérapie Taxi les gens ne s’intéressent plus du tout à moi, il y aura une blessure à l’égo. Je me dirai que ce n’était pas moi qui les intéressait finalement, ou bien que je ne suis pas capable de faire seul ce que j’ai fait en groupe. Ce qui est sûr d’ailleurs, je le sais très bien: je ne peux pas refaire Thérapie Taxi, parce que plein de choses de Thérapie Taxi ne venaient pas de moi. Alors oui, il y a la peur de me dire ‘finalement, tout seul, je ne vous intéresse plus’.

En écoutant ce disque, on s’imagine un type à fond dans la fête. Pourtant, vous parlez de votre fils, de votre vie de famille, vous portez un regard lucide sur votre succès… Vous diriez qu’il y a un écart entre ce que vous êtes et ce que vous écrivez?

Moi, je dirais qu’il est 15h55, et qu’on en reparle à 2 heures du mat’. (rires)

Zaoui – « Mauvais démons » (3e Bureau), disponible depuis le 17 juin
Zaoui sera en concert à travers la France à partir de septembre



[adinserter block= »1″]

Lire la suite
www.bfmtv.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.