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avant Macron, les présidents sortants ont-ils aussi opté pour une campagne éclair?



avant Macron, les présidents sortants ont-ils aussi opté pour une campagne éclair?

Les locataires de l’Élysée ont tous tenté de briguer un nouveau mandat, à l’exception de François Hollande. Si certains ont tout misé sur la dernière ligne droite, d’autres ont fait campagne pendant près de dix semaines.

Y a-t-il un meilleur tempo qu’un autre pour tenter sa réélection après un premier mandat à l’Élysée? Confronté à la gestion de la crise sanitaire puis à celle de la guerre en Ukraine, Emmanuel Macron a opté pour une campagne éclair, en se déclarant ce jeudi, seulement 38 jours avant le premier tour, programmé le dimanche 10 avril prochain.

Par le passé, les présidents sortants ont opté pour des stratégies différentes, comme le montre notre infographie ci-dessous. Avec des succès variables.

• 31 jours: Charles de Gaulle, la campagne la plus brève

Parmi tous les locataires de la rue du Faubourg Saint-Honoré, c’est Charles de Gaulle qui a tenté la campagne la plus courte en 1965, en se déclarant seulement le 4 novembre, soit 31 jours avant le premier tour de l’élection présidentielle, organisée pour la première fois au suffrage universel direct.

Politiquement en position de force, le Général, élu en 1959 par de grands électeurs, ne voit pas d’intérêt à descendre rapidement dans l’arène. Il laisse même entendre lors de sa déclaration de candidature le 4 novembre 1965 que sa victoire ne serait qu’une formalité.

« Je crois devoir me tenir prêt à poursuivre ma tâche, mesurant en connaissance de cause de quel effort il s’agit, mais convaincu qu’actuellement c’est le mieux pour servir la France », avance ainsi le militaire.

Le chef de l’État échoue cependant à se faire élire dès le premier tour: il obtient 44,6% des voix, devant François Mitterrand (31,7%) et quatre autres candidats, dont le centriste Jean Lecanuet (15,6%). Le général de Gaulle l’emporte au second, avec 55,2% des voix, contre 44,8% à son rival socialiste, qui devra attendre 1981 pour se faire élire.

• 33 jours: François Mitterrand, le candidat qui a parié sur une campagne éclair

L’ancien président socialiste choisit une fenêtre très réduite pour convaincre à nouveau les électeurs. En s’exprimant le 22 mars 1988, il n’a que 33 jours pour faire campagne.

S’appuyant sur la parole rare, théorisée par son communicant Jacques Pilhan, François Mitterrand ne fait en tout que 4 meetings et limite très fortement sa participation aux interviews télévisées et radios. Une façon de créer de la « frustration électorale », juge le professeur de science politique Olivier Rouquan dans la revue Parlements.

Si son expression est rare, le Charentais multiplie cependant les déplacements officiels à forte valeur symbolique. Pour sa première sortie de candidat, il se rend ainsi au Salon de l’étudiant. Une forme de clin d’œil à la campagne lancée sous l’égide de Lionel Jospin, alors Premier secrétaire du PS, et manœuvrée depuis l’Élysée dès le début de l’année 1988: « La génération Mitterrand. » Dans toute la France s’affichent des visuels mettant en scène une petite fille, dont la main est tenue par une adulte, tout en semblant regarder vers l’avenir.

Le pari se révèle payant. François Mitterrand arrive très largement en tête au premier (34,10%) puis au second tour (54,02%).

• 38 jours: Emmanuel Macron, une campagne bousculée par le Covid-19 et l’Ukraine

L’issue ne faisait guère de doute, mais Emmanuel Macron a finalement officialisé ses intentions ce jeudi, en annonçant sa candidature à un second mandat dans une lettre adressée aux Français et publiée par les principaux titres de presse quotidienne régionale.

« Je sollicite votre confiance pour un nouveau mandat de président de la République, explique le chef de l’État dans sa lettre. « Bien sûr, je ne pourrai pas mener campagne comme je l’aurais souhaité en raison du contexte », ajoute-t-il.

Cette candidature était dans les tuyaux depuis plusieurs semaines. « Il n’y a pas de faux suspense. J’en ai envie », avait reconnu Emmanuel Macron, interrogé sur la présidentielle à venir par des lecteurs du Parisien début janvier. Mais le président de la République avait conditionné son entrée en campagne à une amélioration de la situation sanitaire, retardée par l’émergence du variant Omicron, qui a entraîné un pic de contaminations au Covid-19.

Emmanuel Macron avait à nouveau temporisé ces dernières semaines, évoquant dans un entretien à Ouest-France, « une situation internationale éminemment à risques », à propos de l’Ukraine, une quinzaine de jours avant l’invasion russe. « Mon devoir est donc d’être pleinement concentré à cette tâche », affirmait le chef de l’État.

• 55 jours: Valéry Giscard d’Estaing, une campagne qui n’a pas su convaincre

En se lançant officiellement dans la bataille le 2 mars 1981, l’ancien plus jeune président de la République se donne un peu de mois de deux mois pour convaincre à nouveau les Français Convaincu de la force de son bilan économique et que la gauche alliée aux communistes reste un repoussoir pour les Français, le locataire de l’Élysée n’a pas de vraie stratégie électorale.

Très vite, la campagne patine. Si les Français mettent à son crédit son bilan économique, le président sortant ne parvient pas à porter de nouvelles idées alors que François Mitterrand déroule, lui, ses 110 propositions pour la France.

Autre difficulté: la droite part en ordre dispersé sur la ligne de départ et compte également Jacques Chirac, Michel Debré et Marie-France Garaud.

Dernier coup de massue: l’affaire des diamants. Valéry Giscard d’Estaing est accusé d’avoir reçu à plusieurs reprises des diamants d’une grande valeur en guise de cadeaux de Jean-Bedel Bokassa, alors président de la République centrafricaine.

Il a beau arriver en tête au premier tour avec 28,3% des voix, il est défait très largement au second face au candidat socialiste, avec seulement 48,24% des suffrages.

L’ancien président a exprimé ses regrets des années plus tard. « Je n’avais pas imaginé ma défaite parce que personne ne l’imaginait », estimait-il en 2011 sur Europe 1. « Moi, jusqu’au mois de janvier, j’étais réélu assez facilement. Le résultat, d’ailleurs, c’est que j’ai fait une mauvaise campagne (…) Quand on pense qu’on va être réélu, on ne travaille pas beaucoup sa campagne ».

En mauvaise posture dans les sondages, donné systématiquement perdant face à François Hollande au second tour, Nicolas Sarkozy décide de passer à la vitesse supérieure le 15 février 2012. Il annonce se représenter lors du journal télévisé de TF1.

Convaincu que son grand meeting Porte de Versailles en 2007 et son discours de « petit français de sang mêlé » lui a permis de l’emporter lors de la précédente présidentielle, le candidat sortant multiplie les grands raouts à travers la France – 44 en tout.

Son grand meeting de campagne à Villepinte en mars lui donne d’ailleurs un coup d’accélérateur dans les sondages en lui permettant de passer devant son concurrent. Deux ans plus tard, cette frénésie d’événements et leur financement donneront le coup d’envoi de l’affaire Bygmalion.

L’ancien maire de Neuilly-sur-Seine se qualifie pour le premier tour en récoltant 27,2% des voix, derrière François Hollande, faisant de lui le premier président sortant à ne pas sortir en tête. Il échoue finalement à se faire réélire en ne récoltant que 48,36% des suffrages au second tour. Après sa défaite, l’ancien président fait savoir par son entourage qu’il considère qu’il lui « a manqué 15 jours » pour gagner.

• 69 jours: Jacques Chirac, la plus longue campagne

Alors que Jacques Chirac avait un temps envisagé une campagne éclair comme celle de François Mitterrand, plusieurs sondages le donnent défait au second tour face à Lionel Jospin, et le poussent à déclarer sa candidature plus tôt que prévu. Le Corrézien entre officiellement dans l’arène le 11 février 2002 lors d’un déplacement à Avignon.

Après des premières semaines de campagne durant lesquelles il peine à trouver son rythme, le candidat choisit finalement une « stratégie réactive » comme l’explique Libération. Les déplacements ne sont jamais annoncés plus de trois jours à l’avance et se concentrent principalement sur la question de l’insécurité. Il laisse les images des journaux télévisés parler pour lui tout en raréfiant sa parole directe.

La méthode permet à la fois d’échapper aux questions sur les sujets qui ont empoisonné son septennat – comme l’affaire de la cassette Méry, qui accuse notamment Jacques Chirac de malversations financières – mais offre également l’occasion de prendre de la hauteur.

Alors qu’aucun sondage n’a envisagé cette option, Jacques Chirac se retrouve finalement qualifié au second tour face à Jean-Marie Le Pen et non Lionel Jospin, à la surprise générale. Après un entre-deux-tours très agité, le président sortant est réélu avec le score inédit de 82,21%.

Marie-Pierre Bourgeois et Théophile Magoria



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