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les objectifs du RN sont-ils atteignables?



les objectifs du RN sont-ils atteignables?

Le parti d’extrême droite vise au minimum l’obtention d’un groupe à l’Assemblée nationale, à savoir 15 députés, mais reste flou sur les objectifs précis. Marine Le Pen a aussi évoqué le palier de 60 députés, permettant de saisir le Conseil constitutionnel.

La semaine passée dans les Bouches-du-Rhône, en Seine-Maritime puis dans le Pas-de-Calais: Marine Le Pen multiplie les déplacements pour soutenir les candidats du Rassemblement national (RN) aux législatives, tout en faisant montre d’une relative discrétion après la séquence présidentielle.

Une campagne à bas bruit, si bien que la finaliste de l’élection présidentielle de 2017 et 2022 a dû battre en brèche cette thèse sur le marché de Marignane (Bouches-du-Rhône). « Je suis là, je suis bien là. Je mène la bataille des législatives, je mènerai la bataille à l’Assemblée nationale », a-t-elle lancé face aux caméras.

« Nous aspirons à la constitution d’un groupe puissant à l’Assemblée nationale », avait martelé le président par intérim du RN Jordan Bardella fin avril à Fréjus (Var), où il lançait la campagne des législatives.

Objectif atteignable? Aux législatives il y a cinq ans, le parti n’avait obtenu que huit députés, en comptant l’élue de l’Hérault Emmanuelle Ménard, soutenue par le Front national (FN) entre-temps ripoliné en RN.

Le groupe parlementaire en ligne de mire

Cinq ans plus tard, les effectifs des députés FN, qui ont siégé comme non-inscrits faute d’avoir atteint la barre des quinze parlementaires nécessaires pour constituer un groupe, ne sont plus les mêmes. Louis Aliot et Ludovic Pajot ont chacun privilégié leur mandat de maire, respectivement à Perpignan (Pyrénées-Orientales) et Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais).

L’ancien communiste José Évrard (Pas-de-Calais), qui avait quitté le FN fin 2017 pour Les Patriotes puis Debout la France en 2019, est mort en janvier 2022. Gilbert Collard, qui a claqué la porte pendant la campagne présidentielle, direction Éric Zemmour, avait démissionné en 2020 après avoir été élu eurodéputé. Tous ont été remplacés par leur suppléant.

Si Marine Le Pen a enregistré un plus haut score à la présidentielle en 2022, cette hausse sera-t-elle suffisante pour envoyer plus de quinze députés au Palais-Bourbon et constituer un groupe? C’est le principal objectif concédé par les troupes du RN et leur cheffe de file, tout en louvoyant sur un chiffre précis.

« Je suis assez serein, on dépassera les huit députés », assure à BFMTV.com le porte-parole du RN Philippe Ballard, candidat dans la deuxième circonscription de l’Oise. Mais le parti est, selon lui, « évidemment pénalisé par le mode de scrutin » des législatives. Il table sur « plusieurs dizaines » d’élus et « évidemment » sur la constitution d’un groupe, sans davantage de précisions.

« On aura un groupe », croit aussi savoir Thibaut de La Tocnaye, candidat lui dans la troisième circonscription du Cher, « celle où Marine a fait presque 51% au deuxième tour », vante-t-il, et était arrivée en tête au premier.

Mélenchon « ment »

Mi-mai, dans un entretien accordé au Figaro, Marine le Pen raisonnait ainsi quant aux législatives: « Mon ambition, c’est d’obtenir la traduction de la présidentielle. Lors de ce scrutin, les Français m’ont choisie comme première opposition à Emmanuel Macron », a-t-elle jugé.

« Il ne s’agit pas seulement d’avoir un groupe. Mais d’avoir l’intégralité des moyens qui sont mis à la disposition de l’opposition dans une démocratie vivante. Comme, par exemple, le pouvoir de saisir le Conseil constitutionnel. Ce qui veut dire au moins soixante députés », avait-elle rehaussé.

Mais pas la majorité, contrairement à Jean-Luc Mélenchon, qui clame pouvoir devenir Premier ministre. « Je ne pars pas perdante, je pars en disant la vérité aux Français », a assuré Marine Le Pen dans un entretien à La Provence, taclant au passage le leader insoumis, qui selon elle « ment ».

« Aller sur les plateaux télés et dire que ‘bien sûr on aura la majorité’, on se ferait traiter de charlots », pique Philippe Ballard auprès de BFMTV.com. « Soit on est démago comme Mélenchon, soit on est réaliste », cingle l’ancien journaliste.

La barre symbolique des 35 députés

Le 23 mai, Ipsos, pour le Cevipof et Le Monde, envisageait de 20 à 45 députés pour le RN dans la future mandature. Mardi, le baromètre Ifop-Fiducial pour LCI pointe 20 à 50 sièges. Dernières projections en date: entre 35 et 65 sièges, selon notre sondage Elabe réalisé pour BFMTV et L’Express avec notre partenaire SFR.

À chaque fois loin derrière la majorité présidentielle et l’alliance nouée à gauche, la Nupes. Des études à manier prudemment, tant les législatives sont périlleuses à sonder.

« On ne peut projeter d’une élection à l’autre qu’entre les élections de même niveau », rappelle Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite. Mais « si le RN réussit à mobiliser ses électeurs et que la participation n’est pas totalement à plat, il a des chances de pouvoir constituer un groupe », observe-t-il.

En 1986, à la faveur de la proportionnelle, le Front national avait envoyé 35 députés au Palais-Bourbon, un record inégalé. En 2017, les huit sièges gagnés constituaient le plus grand nombre obtenu depuis lors. « C’était une percée à l’époque », rappelle Thibaut de La Tocnaye, qui voit en l’absence de proportionnelle aux législatives, réclamée sans relâche par le parti depuis 1986, « un scandale absolu ».

Lors d’un point presse dans les Bouches-du-Rhône la semaine passée, Marine Le Pen, candidate à sa réélection dans le Pas-de-Calais, a laissé entendre qu’elle pourrait durablement laisser la présidence du RN, confiée par intérim à Jordan Bardella, pour « mettre (son) énergie » à la tête de ce possible futur groupe à l’Assemblée.

« Quand vous arrivez à réunir 42% des gens – ce qui n’est pas suffisant pour gagner – vous avez du mal à repartir dans une structure partisane. Moi, j’en ai fait le tour », a-t-elle aussi confié, dans un entretien à La Provence.

Curieux tempo, au mitan de la campagne, pour laisser entendre que l’on devrait quitter la tête du parti que l’on incarne de longue date pour se consacrer au Palais-Bourbon.

« Elle fait plein de déplacements, simplement, c’est moins médiatisé », balaye Thibaut de La Tocnaye, pour qui, « globalement, il n’y a pas eu de campagne des législatives ». Un point sur lequel Jean-Yves Camus tombe d’accord: « Mis à part ce qui se passe à gauche avec l’émergence de la Nupes, c’est une campagne atone », voit-il.

Si le spectre de l’abstention est scruté de près par le RN (ce mercredi, 43% des sondés par Elabe disaient qu’ils n’iraient « probablement voire certainement pas voter), le parti va aussi devoir composer avec une concurrence inédite à l’extrême droite, avec l’irruption d’Éric Zemmour et de son parti Reconquête. « Ça ne fait peur nulle part, peut-être vaguement en Provence-Alpes-Côte-d’Azur », dénègue Thibaut de La Tocnaye.

Si l’ancien polémiste est élu dans la circonscription qu’il lorgne dans le Var – où le RN présente un candidat – il fera bande à part au Palais-Bourbon: « Je n’ai jamais été au RN, je ne suis pas un dissident du RN comme elle le pense parfois, donc non pas du tout, je ne siégerai pas avec eux. Je suis autonome », a-t-il lancé lundi sur Europe 1. Un potentiel siège en moins dans le groupe appelé des voeux du RN.

Clarisse Martin Journaliste BFMTV



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