faut-il obliger certains professionnels à se faire vacciner? Le débat relancé



faut-il obliger certains professionnels à se faire vacciner? Le débat relancé

Une note de l’Académie nationale de médecine alerte sur un potentiel ralentissement de la vaccination en France, et préconise de la rendre obligatoire pour l’exercice de certaines professions.

« ‘Obligation’ n’est pas un gros mot quand il s’agit de vacciner contre la Covid-19. » Dans une note au titre évocateur publiée ce mardi, l’Académie nationale de médecine prend une position claire et recommande d’imposer le vaccin à certains Français afin de circonscrire totalement la pandémie de coronavirus.

Dans ce document, il est souligné que si la campagne de vaccination actuelle a aujourd’hui atteint son rythme de croisière avec l’objectif de « 30 millions de personnes primo-vaccinées à la mi-juin », cette dernière ne devrait toutefois pas permettre d’atteindre « une immunité collective suffisante pour contrôler l’épidémie, soit 90% de la population adulte ou 80% de la population totale (enfants inclus). »

Pointé du doigt, « l’obstacle des hésitants et des opposés à la vaccination, l’importance de ces deux catégories récalcitrantes étant actuellement estimée à 15% pour chacune d’elles » qui, toujours selon l’Académie, doit permettre d' »envisager » l’obligation vaccinale.

Cette dernière devrait, selon les auteurs du document, se mettre en place de « façon progressive » en rendant exigible la vaccination pour plusieurs catégories de publics:

  • les professionnels « essentiels »: dans les secteurs de l’enseignement, les services de santé, les forces de l’ordre…
  • les professionnels « en contact avec le public »: dans le commerce de détail, la restauration, l’hôtellerie, les établissements culturels et le sport
  • les donneurs de sang, de tissu ou d’organe
  • les étudiants avant la rentrée universitaire 2021

Les Français divisés

Seulement, si une telle obligation devenait effective, elle se heurterait à son tour à plusieurs obstacles, le premier étant celui de l’opinion, tant la question semble diviser les Français. « Je ne suis pas fan d’avoir une obligation, je pense que chacun doit être responsable pour choisir s’il se fait vacciner ou non », explique par exemple un Français rencontré par BFMTV. Le rassemblement anti-pass sanitaire tenu samedi passé au Trocadero illustre également la tension, parfois extrême, autour de ce sujet.

Pour l’heure, malgré des récalcitrants, des récents sondages montrent que l’adhésion des Français au vaccin est actuellement en hausse : dans une étude Elabe pour BFMTV fin avril, 62% des sondés disaient vouloir se faire vacciner, contre 28% d’hostiles et 10% d’indécis. Loin, là encore, des seuils de l’immunité collective.

« Des décisions lourdes »

De son côté, le corps médical ne semble également pas entièrement favorable à une obligation vaccinale. Interrogé après la publication de la note de l’Académie de médecine, Jérôme Marty, médecin généraliste et président de l’Union Française pour une médecine libre a fait part de sa surprise auprès de BFMTV.

« Ce genre de décision ne se prend pas sur un coin de table, par une décision qu’on balance le soir dans les journaux sans en avoir prévenu la profession, sans en discuter, sans même que l’Assemblée nationale en discute. Ce sont des décisions lourdes et ça ne se prend pas aussi vite », assure-t-il.

Pour ce dernier, la défiance d’une partie des Français pour la vaccination ne peut être solutionnée par une obligation, mais bien au contraire par la pédagogie. Pire, cette note viendrait « mettre à bas » tout le travail réalisé par les médecins auprès des patients ces dernières semaines. « Ça va donner du grain à moudre » aux anti-vaccins, insiste Jérôme Marty.

« On a 15% d’antivax et une génération qu’on ne vaccinera pas et dont il faudra se poser la question, mais ça demande des résultats scientifiques et d’en discuter par la représentation nationale » estime-t-il.

« Ça passe par l’explication aux patients, la rencontre avec le médecin, la consultation », martèle le généraliste. « Les vaccinodromes et centres de vaccination ne peuvent tout faire, une partie de la population nécessite une rencontre, des explications. Ça demande une bonne campagne de santé publique, d’expliquer ce que sont les vaccins. On est encore des enfants au niveau de la prévention dans ce pays. »

Constitutionnellement faisable?

Puis enfin, vient la question de la légalité: est-il envisageable d’obliger les Français à se faire vacciner? Est-ce bien constitutionnel? Oui, selon Jean-Philippe Derosier, constitutionnaliste contacté par notre antenne, qui s’appuie sur une décision de 2015 des Sages de la rue Montpensier.

« Le Conseil constitutionnel s’est déjà prononcé sur la vaccination obligatoire, et dans cette décision de mars 2015, il a validé (son) principe. Sur le principe, la vaccination contre le Covid pourrait être rendue obligatoire », assure-t-il.

Dans sa note, l’Académie rappelle qu’une telle obligation est d’ailleurs déjà en vigueur pour plusieurs maladies dont la variole, la diphtérie, le tétanos, la tuberculose, la poliomyélite, et a été « étendue en 2017 pour 11 vaccins du nourrisson ».

« Elle s’impose dans tous les cas où une vaccination efficace permet d’éliminer une maladie répandue, sévère et souvent mortelle. Avec un taux d’efficacité de 90 à 95% contre les formes graves de la Covid-19, les vaccins actuellement homologués en France contre le SARS-CoV-2 remplissent les conditions qui permettent de recourir à l’obligation vaccinale », conclut le document.

À l’heure actuelle, 23.713.679 personnes ont reçu au moins une première injection depuis le début de la campagne vaccinale, parmi lesquelles près de 10 millions (9.914.533) ont reçu leurs deux doses de vaccin, selon le ministère de la Santé. Le gouvernement vise 30 millions de premières injections à la mi-juin.



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