15,9% en Martinique, 16,2% en Guyane… Pourquoi la vaccination patine en Outre-mer



15,9% en Martinique, 16,2% en Guyane... Pourquoi la vaccination patine en Outre-mer

Avec des taux de vaccination bien inférieurs à celui relevé à l’échelle nationale, les territoires ultra-marins, en proie à une forte reprise épidémique, font figure de mauvais élèves de la vaccination. Plusieurs facteurs expliquent ce désaveu du sérum.

« Dramatique. » L’adjectif est fort, mais c’est bien celui choisi par Jean Castex pour qualifier la situation sanitaire en Outre-mer. De nouvelles restrictions viennent d’être prises pour la Martinique, la Guadeloupe et La Réunion qui connaissent une fulgurante flambée de cas.

Le Premier ministre a réaffirmé jeudi que « la vaccination est absolument indispensable » pour contrer l’épidémie mais qu’un trop grand nombre d’habitants de certains territoires ultramarins sont « rétifs à la vaccination ».

Des couvertures vaccinales souvent inférieures à 20%

Selon les dernières données du ministère de la Santé, 61,8% de la population française a reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19 et 51,6% des Français présentent un schéma vaccinal complet. Des disparités géographiques et socio-économiques sont néanmoins observables entre les régions de l’Hexagone, mais elles ne sont pas aussi importantes qu’avec l’Outre-Mer.

Un petit tour des taux de vaccination dans les principaux territoires ultramarins s’impose. Seuls 15,9% des Martiniquais sont complètement vaccinés au 28 juillet, soit un taux de vaccination légèrement supérieur à celui de la Guadeloupe qui est de 15,8% à la même date. La couverture vaccinale n’est guère meilleure en Guyane où 16,2% de ses habitants présentent un schéma vaccinal complet.

S’agissant de Mayotte – jusqu’ici épargnée par la reprise épidémique mais où ont été enregistrés deux premiers cas de variant Delta – les personnes totalement vaccinées représentent 16% de la population de l’île. Avec 29,2% de sa population ayant une vaccination complète, la Réunion fait figure de bon élève, du moins à l’échelle de l’Outre-mer. Cela n’a toutefois pas empêché les autorités d’annoncer un reconfinement partiel de l’île.

Des populations pourtant à risques

Cette faible couverture vaccinale des territoires ultra-marins se fait sentir, tant sur les contaminations qui que sur les hospitalisations. Le professeur André Cabié, infectiologue au CHU de Martinique, indique sur BFMTV que les personnes prises en charge à l’hôpital de Fort-de-France sont « évidemment des non-vaccinés ».

« En réanimation nous n’avons eu aucune personne vaccinée. On a eu depuis le début trois personnes vaccinées qui ont eu une forme qui a évolué favorablement et très rapidement », poursuit sur notre antenne le médecin qui constate aussi une faible vaccination chez les seniors.

Conséquence: l’île est reconfinée pour trois semaines à compter de ce vendredi. Décision prise par la préfecture alors que « que la population est moins immunisée, globalement plus âgée, et donc plus fragile, que celles des régions où le Covid-19 a davantage circulé et où le taux de vaccination est plus important ». Une situation similaire à la Guadeloupe où 30% de la population est classée à risque en raison de la prévalence forte de nombreuses affections longue durée, d’un taux d’obésité élevé ou encore d’un vieillissement marqué de la population.

La vaccination a pris plus de temps à démarrer en Outre-mer, notamment à cause de la logistique que soulève les vaccins à ARN messager. Mais le retard n’a jamais été rattrapé depuis et ce, malgré les doses disponibles. En Guyane, à la Réunion ou à Wallis et Futuna, des doses de vaccin ont été récupérées au printemps pour éviter le moindre gaspillage. Signe que ce faible taux de vaccination n’est pas qu’une question de moyens, mais aussi de sensibilisation.

« Effectivement on a un problème d’adhésion à la vaccination », a reconnu Alexandre Rochatte, préfet de Guadeloupe sur notre antenne.

Désinformation pour certains, geste politique pour d’autres

En Martinique, les soignants ont du mal à expliquer ce désaveu pour le sérum. Anne Criquet Hayot, présidente de l’Union des médecins libéraux de Martinique, estime que les insulaires voyaient cette crise « d’un petit peu loin ». Même si elle observe « une recrudescence » de la vaccination, le faible engouement généré par celle-ci viendrait du fait que la crise sanitaire « a peu impacté » les Martiniquais, « ils se sentaient au départ peu concernés ».

« Ces derniers temps il y a eu une fusion entre des revendications politiques et le vaccin qui est vécu comme quelque chose de l’extérieur et qui a fait du refus du vaccin un geste presque militant », avance pour sa part sur BFMTV Hossein Mehdaoui, chef des urgences et de réanimation au CHU de Fort-de-France.

« Dans la mesure où les Antilles sont d’anciens territoires colonisés, il y a une défiance très forte envers le gouvernement français », abonde Stéphanie Mulot. La sociologue auprès de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS), estime dans Le Parisien que le fait de « refuser le vaccin revient à assumer une posture politique d’opposition, et à revendiquer une volonté de s’auto-gouverner ».

Si, en Guadeloupe, 83 experts dénoncent « un foisonnement de fausses informations circulant sur les réseaux sociaux » contre la vaccination dans une tribune parue dans les colonnes de France Antilles, des mouvements de contestation similaires à ceux rencontrés en métropole se produisent également. Un nouvel appel à la mobilisation pour protester contre l’élargissement du pass sanitaire mais également contre l’obligation vaccinale des soignants a été lancé pour ce week-end par une trentaine d’organisations dont plusieurs syndicats qui appellent à la « résistance ».

« En Guadeloupe, les gens n’ont pas confiance », estime dans le Figaro Éric Coriolan du mouvement Les Sentinelles, « nous demandons plus de transparence sur les chiffres qui sont donnés. Nous ne sommes pas antivax, mais nous ne voulons pas la suppression de nos libertés et particulièrement celles du personnel soignant ».

Les soignants au chevet des autorités

Les voix contestataires peuvent aussi s’appuyer sur les prises de position de certains de leurs élus. La sénatrice socialiste de la Guadeloupe Victoire Jasmin, tout en dénonçant cette semaine au Sénat « l’inégalité d’accès » à la vaccination entre la métropole et l’Outre-mer, s’est fermement déclarée favorable au vaccin mais opposée au pass sanitaire « particulièrement sur mon territoire ». En Guyane la sénatrice Marie-Laure Phinéra-Horth est allée plus loin en indiquant en juin dernier ne pas vouloir se faire vacciner car doutant de l’efficacité des vaccins.

Et si le discours porté par les politiques ne convainc plus, faute d’être uniforme, celui du corps médical y parviendra peut-être. Dans une lettre ouverte, quatorze médecins et professeurs du CHU de Martinique évoquent « une pandémie de non-vaccinés ».

« La vérité est que si nous avions été vaccinés, la période de vacances aurait été normale », écrivent les signataires, la liberté individuelle est une valeur fondamentale de notre existence, mais ne deviendrait-elle pas de l’individualisme, si on ne l’associe pas à la solidarité et à la responsabilité envers les autres? »

Les 83 signataires guadeloupéens de la tribune présentent quant à eux la vaccination comme « l’unique chance de retrouver rapidement une vie ‘normale’ et de protéger notre population fragile contre les formes graves et mortelles de la maladie, alors saisissons-là! ».

Hugues Garnier Journaliste BFMTV



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