quelles conséquences sur le suivi de l’épidémie?



quelles conséquences sur le suivi de l'épidémie?

Les tests antigéniques et PCR, hors prescription médicale, ne seront plus remboursés à compter de la mi-octobre. Une mesure globalement soutenue par les spécialistes et professionnels de santé mais qui ne fait toutefois pas l’unanimité.

« Mi-octobre ». La date précise n’est pas encore connue, mais les Français récalcitrants à la vaccination doivent s’y préparer: les tests non prescrits ne seront bientôt plus gratuits en France. La nouvelle, qui remonte à l’allocution d’Emmanuel Macron en juillet dernier, a été confirmée mercredi par le porte-parole du gouvernement.

« Les tests ne protègent pas, les tests à répétition n’empêchent pas d’aller à l’hôpital et de contaminer fortement », a justifié Gabriel Attal. « D’ici mi-octobre chacun aura le temps de s’organiser et de prendre ses responsabilités, nous prenons également les nôtres ».

« On aurait pu arrêter depuis longtemps »

Une position qu’a défendue le médecin généraliste Luc Duquesnel, qui considère qu' »on ne peut pas continuer à faire plus de tests et à laisser croire aux Français qu’on va lutter contre le virus simplement en faisant des tests. »

« La Sécurité sociale ne peut pas continuer à dépenser un milliard d’euros tous les mois pour faire des tests à des gens qui refusent le vaccin », a poursuivi Luc Duquesnel, président de la branche « généralistes » de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), au micro de France Info.

L’épidémiologiste Catherine Hill estime elle aussi qu' »on aurait pu arrêter (la gratuité des tests, NDLR) depuis longtemps » alors que l’Etat a budgété plus de 7 milliards d’euros pour financer la campagne de dépistage, dont 5 milliards pour l’année 2021.

Le recensement des cas quotidiens à l’heure actuelle n’est « pas une bonne surveillance de l’épidémie », juge la biostatisticienne auprès de BFMTV.com, tout en étrillant la stratégie de dépistage du Covid-19 en France.

Le risque d’une « fracture sociale »

Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale de l’université de Genève, confie à BFMTV.com n’avoir « pas d’avis scientifique sur la question » mais souligne que « le vaccin, lui, reste gratuit ».

Pour François Blanchecotte, président du syndicat des biologistes, une telle décision arrive toutefois bien trop tôt et peut entraîner le risque d’une « fracture sociale entre ceux qui peuvent payer et ceux qui ne le peuvent pas ».

Un avis que ne partage pas Antoine Flahault dans la mesure où « les tests peuvent continuer à être réalisés gratuitement lorsque c’est motivé médicalement, car on peut s’en dispenser dans le cadre du pass sanitaire si l’on est vacciné ».

Un impact négatif sur le suivi de l’épidémie?

« Si on faisait payer les gens, on n’aurait aucune idée de l’incidence de la population, de la manière dont le virus touche la population », estime encore François Blanchecotte sur France Info. « C’est d’ailleurs une question que j’ai posée au Conseil scientifique: quels sont les indicateurs après pour surveiller la population? […] Ce n’est pas simplement avec des tests payés de temps en temps par-ci par-là qu’on saura exactement ce qui se passe sur le territoire. »

L’OMS Europe a d’ailleurs récemment recommandé aux pays européens de « renforcer leurs efforts » pour prévenir les contagions face au variant Delta, notamment en augmentant « l’accès aux tests gratuits ».

Bruno Mégarbane le reconnait, « plus on fait de tests, mieux on connaît la situation exacte de la progression des contaminations ». Le chef du service de réanimation à l’hôpital Lariboisière à Paris estime sur BFMTV qu’il faut toutefois trouver « un équilibre » entre les tests faits uniquement en remplacement de la vaccination et les « tests de dépistage utiles car la personne est soit cas contact, soit présente des symptômes suggestifs d’une contamination ».

Reste que le sujet est pour lui « délicat » car de nombreux cas détectés sont des personnes asymptomatiques ayant eu recours à des tests dits de « confort ».

« Le nombre de cas qu’on a trouvé jusqu’ici n’a jamais été un bon indicateur, qu’on en trouve que quelques-uns ou aucun ça ne change pas, on en rate plein de toute manière », répond toutefois Catherine Hill.

Les capacités hospitalières et le taux de vaccination comme autres indicateurs sanitaires

Antoine Flahault relève sur ce point que la politique de dépistage d’un pays a pu varier au cours de la pandémie et qu’elle « ne nous empêche pas d’analyser la situation, en tenant compte de ces différences. […] Les données d’hospitalisations, de soins intensifs et de décès ne devraient pas être trop affectées par les politiques de testing en population générale ».

« Ce qui est important d’observer c’est combien de gens arrivent à l’hôpital, combien arrivent en réanimation et quelle proportion de ces gens n’est pas vaccinée« , relève Catherine Hill, alors qu’une récente étude de la Drees a établi qu’il y avait eu douze fois plus d’entrées en soins critiques parmi les non-vaccinés que parmi les personnes complètement vaccinées entre le 19 et le 25 juillet.

Un argument supplémentaire pour l’exécutif, qui cherche avant tout à imposer la vaccination – sans toutefois la rendre obligatoire – et à convaincre les Français de sa plus grande utilité par rapport au dépistage de la maladie.

Une ligne qui semble convaincre puisqu’un sondage Elabe réalisé pour BFMTV en juillet dernier rapporte que 63% des Français interrogés se déclarent favorables à la fin de la gratuité des tests – sauf prescription médicale – à partir de cet automne.

Hugues Garnier Journaliste BFMTV



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