en Guadeloupe, le CHU de Pointe-à-Pitre au bord du gouffre



en Guadeloupe, le CHU de Pointe-à-Pitre au bord du gouffre

Les contaminations continuent d’augmenter en Guadeloupe alors que l’hôpital de Pointe-à-Pitre réalise déjà des évacuations vers la métropole.

La saturation hospitalière est redoutée dans l’Hexagone à cause de la quatrième vague, mais elle déjà une réalité dans les Antilles françaises. Le CHU de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, est confronté à une situation jamais connue depuis le début de la crise sanitaire, comme en témoigne le reportage que BFMTV a pu y réaliser. Avec une tension hospitalière de 193%, l’établissement est toujours confronté à une vague de patients Covid.

Les admissions se poursuivent, à l’instar de celle de Myriam. Âgée de 59 ans, elle peut à nouveau respirer grâce à l’oxygène qui lui est prodigué.

« Je respire, mais j’ai des coups au niveau du coeur, j’ai l’impression que ça s’accélère », confie-t-elle devant notre caméra.

« On tient bon pour eux, pour les patients »

Les couloirs de l’hôpital sont pris d’assaut par les malades, en attente de résultats, d’une éventuelle sortie ou d’une admission au sein de l’unité Covid. Albert, 64 ans, attend depuis 24 heures une place pour pouvoir s’allonger: « J’ai mal, j’ai mal aux reins, à la colonne vertébrale tout ça… j’ai mal ». Ils sont une vingtaine comme lui à espérer une place pour être pris en charge par les soignants.

Les sorties sont toutefois bien insuffisantes par rapport aux entrées. Une situation qui pèse sur le moral de l’équipe soignante. Naïma Aubatin Vergerolle, adjointe administrative aux urgences depuis trois ans, voit les dossiers s’enchaîner jour après jour. L’effort n’a rien d’un sprint, c’est un marathon pour l’hôpital.

« On tient bon pour eux, pour les patients. Mais c’est compliqué de se réveiller le matin et de se dire qu’on y retourne, ce n’est pas facile », admet-elle.

Le tri des malades, une crainte devenue réalité

Les urgences ont déjà déménagé deux fois pour gagner de la place et le stock de bouteilles d’oxygène a été triplé. Les moyens dont bénéficient le service et ses soignants leur permet de tenir, pour le moment.

« On a l’impression d’être débordés et de ne pas y arriver, mais malgré tout on fait tout ce qu’on peut », assure Audry Viranin, cadre de santé du service des urgences.

Les transferts de patients vers la métropole n’ont toutefois pas permis d’empêcher le dilemme moral qu’est celui du tri entre les patients. Les équipes du CHU priorisent dorénavant les malades avec les meilleures chances de survie, seuls ces derniers sont admis en réanimation. Reste qu' »Il y a toujours plus de candidats pour chaque place qui se libère », selon Amaël Ouassoun. L’interne en anesthésie, venu de la région parisienne pour prêter main forte aux équipes sur place, évoque un climat « assez anxiogène ».

« Il n’y a pas de mots pour dire à l’extérieur le drame qui se passe ici », poursuit-il, témoin aussi du profil des malades Covid qui rajeunit par rapport aux précédentes vagues. « C’est effrayant de se rendre compte que les patients ont l’âge de nos parents, même moins ».

Que des non-vaccinés en réanimation

Au constat s’impose l’action. Les soignants ont, depuis plusieurs semaines déjà, poussé les murs pour installer autant de nouveaux lits de réanimation que possible. Un service « transformé » selon les dires du Dr Marc Valette.

« On a fait des travaux sur les fluides, sur les prises électriques et on arrive aujourd’hui à avoir un niveau de soin correct », explique le chef du service de réanimation au CHU de Pointe-à-Pitre.

Désormais majoritaire sur l’île, le variant Delta n’a fait qu’accentuer la pression hospitalière. Les contaminations ont explosé sur ce territoire ultramarin où la vaccination patine en comparaison avec la métropole. Une défiance envers le sérum qui a des conséquences directes sur l’hôpital: sur les 46 malades actuellement en réanimation au CHU, aucun n’est vacciné.

« Personne n’a pu se préparer à l’intensité psychologique et à la violence de ce qui nous tombe dessus actuellement », ajoute le Dr Marc Valette.

La morgue de l’hôpital saturée

30 personnes sont mortes du Covid-19 en Guadeloupe ces derniers jours. Au-delà du chiffre – un record depuis le début de la pandémie – se dresse une triste réalité: les capacités de la morgue ne suffisent plus à accueillir tous les corps. Le recours au système D est alors inévitable avec l’installation de cercueils dans la chambre mortuaire.

« Cela nous permet d’empiler les corps et d’avoir un peu plus de places », décrit Tania Foucan, médecin légiste. « En général on les garde trois à quatre jours, cela peut être un peu plus long actuellement car les pompes funèbres sont pleines et elles ont du mal à récupérer les corps dans les délais impartis. »

L’explosion du taux d’incidence (qui est de 2168 cas pour 100.000 habitants sur une semaine) fait craindre une véritable catastrophe sanitaire en Guadeloupe. Et si de nouvelles évacuations doivent avoir lieu cette semaine vers la métropole, un conteneur réfrigéré a d’ores et déjà été installé à l’arrière du CHU. Preuve que les soignants sont tous sauf optimistes pour les jours à venir.

Justine Fontaine et Alexia Ferré avec Hugues Garnier



Lire la suite
www.bfmtv.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *