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la France prend-elle suffisamment la mesure de l’épidémie de variole du singe?



la France prend-elle suffisamment la mesure de l'épidémie de variole du singe?

Samedi, l’Organisation mondiale de la santé a déclenché le niveau d’alerte maximale contre la monkeypox, ou variole du singe. En France, 1567 cas étaient confirmés au 21 juillet.

Sur le papier, la France semble être armée pour faire face à l’épidémie de variole du singe, qui se répand en Europe depuis mai dernier. Un traitement efficace contre cette zoonose existe déjà, les publics les plus à risques sont bien identifiés et désireux de se faire vacciner. Même la technique de dépistage est opérationnelle, si bien que la Haute autorité de santé a demandé à ce qu’elle soit remboursée dans un avis rendu public ce lundi.

Oui mais voilà, ça coince. Depuis l’arrivée de la maladie sur le territoire français, le nombre de cas positifs ne cesse d’augmenter, pour atteindre les 1567 au 21 juillet.

« On attend d’être débordés », soupire Benjamin Davido, infectiologue à l’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (Hauts-de-Seine). Alors qu’il tente tant bien que mal de vacciner l’afflux de personnes inquiètes qui se présentent à son service, il ne peut que constater les errements de la France concernant cette épidémie qui monte. « On risque de voir la situation devenir hors de contrôle en septembre », met-il en garde.

Une nécessaire coordination internationale

À l’échelle internationale, l’Organisation nationale de la santé (OMS) tente de mobiliser les États. Samedi 23 juillet, l’organe des nations unies a déclenché son plus haut niveau d’alerte concernant l’épidémie de variole. Une décision rare, qui se justifie par des chiffres alarmants: 16.000 cas ont été répertoriés dans plus de 75 pays, alors que la maladie se cantonnait habituellement à l’Afrique, notamment autour du bassin du Congo.

Dans les rangs de la communauté scientifique, la décision a surpris. « On ne s’y attendait vraiment pas », a indiqué auprès de nos confrères du Parisien Jean-Daniel Lelièvre, chef des maladies infectieuses de l’hôpital Henri-Mondor à Créteil (Val-de-Marne). Mais comme l’explique pour BFMTV.com Benjamin Davido, une telle démarche est justifiée, d’autant plus dans le contexte actuel.

« Une telle décision peut permettre de créer une concertation et de faire émerger des solutions, notamment à l’échelle de l’Union européenne. Si on attaque uniquement le problème par pays, nous n’y arriverons pas. Et surtout dans cette période. C’est l’été, il y a beaucoup de brassage, avec des gens qui partent à l’étranger, là où ils peuvent potentiellement se faire contaminer », détaille l’infectiologue.

Au début de l’épidémie, c’est une super-pride organisée sur l’île de Grande Canarie, en Espagne, qui avait causé de nouveaux cas. Deux participants italiens étaient ainsi rentrés à Rome avec le virus.

Les errements de la vaccination

Mais le communiqué de l’OMS n’est pas sans poser de questions. Une récente étude, portant sur plus de 500 cas et publiée dans The New England Journal of Medicine, pointe clairement du doigt l’activité sexuelle des hommes gays et bisexuels comme source principale de transmission. Pourquoi alors l’organisation n’appelle-t-elle pas au retour massif du port du préservatif?

« Il faut une piqûre de rappel sur le préservatif, mettre en place des campagnes publicitaires le concernant. On sait le faire, il est impératif de le refaire », pointe Benjamin Davido. D’autant que selon Santé Publique France, 69% des cas investigués en France et non porteurs du VIH sont sous PrEP. Il s’agit d’un traitement préventif, qui permet à une personne exposée au VIH, notamment lors de rapports sexuels non protégés, de ne pas contracter l’infection.

Pour Benjamin Davido, ce passage en alerte maximale doit également s’accompagner d’une stratégie vaccinale chiffrée, « avec un point de départ et un point d’arrivée ». Or, le début de la campagne de vaccination contre la variole du singe, ouverte depuis début juillet aux cas contacts et personnes à risques, incluant les hommes ayant des relations avec des hommes multipartenaires et les travailleurs et travailleuses du sexe, est plus que poussif dans l’Hexagone.

Alors que le gouvernement se refusait à communiquer sur le nombre de doses à disposition, Têtu a révélé le 21 juillet que 30.000 doses avaient été mises à disposition. L’association Aides estime de son côté le besoin à 300.000 doses.

« Pour vacciner avec au moins une dose le public visé d’ici à la fin septembre, ce qui n’est pas un objectif bien ambitieux, il faudrait réaliser au moins 2000 injections par jour. Or, à l’heure actuelle, en Île-de-France, qui est le foyer de l’épidémie, on en vaccine à peine 3000 par semaine », se désespère Benjamin Davido, qui se demande par la même occasion « pourquoi n’y-a-t-il pas de ‘Vite ma dose‘ monkeypox? ». Car l’organisation des prises de rendez-vous est également pointée du doigt.

Certains centres de vaccination n’ont à leur disposition qu’un simple numéro de téléphone. Or, face à la demande massive d’un public qui souhaite se faire vacciner, les lignes sont saturées. « On ne peut pas répondre à ceux qui appellent pour annuler. Si bien qu’à la fin de la journée, il nous reste des doses », continue Benjamin Davido, qui appelle l’État à ne pas faire peser tout le poids de cette épidémie sur l’hôpital.

La « stratégie du néant »

Autant de difficultés qui viennent s’ajouter aux problèmes structurels auxquels font face les hôpitaux dans l’Hexagone. Services d’urgence débordés, manque de bras pour vacciner, le tout après plus de deux ans à combattre l’épidémie de Covid-19. Des mesures simples pourraient cependant déjà être prises. Actuellement, il n’existe aucun public prioritaire pour la vaccination. Si bien qu’une personne cas contact a autant de chance, ou de difficultés, à trouver un rendez-vous qu’une personne à risques.

Face à tant d’errements, une interrogation se dessine inévitablement. Qu’attend le gouvernement pour prendre en compte la réalité de l’épidémie. « Une deuxième vague, qui toucherait cette fois les enfants et plus largement les personnes hétérosexuelles? », s’interroge Benjamin Davido. « On a un peu l’impression que l’exécutif pratique la stratégie du néant », finit-il par se désespérer.

Ailleurs dans le monde, l’épidémie n’est traitée avec guère plus d’égards. À New York, épicentre de la maladie aux États-Unis, la communauté homosexuelle fustige la gestion de la crise par l’administration Biden. « Manhattan est l’épicentre de l’épidémie, mais la ville n’a pas eu sa juste part de vaccins. Nous avons eu 30% des infections, mais seulement 10% des doses », a déploré auprès du Monde Jason Cianciotto, vice-président d’une association de lutte contre le sida.

Mais Benjamin Davido balaie l’argument qui consisterait à dire que les difficultés françaises sont en réalité mondiales: « Pourquoi toujours se cacher derrière les autres pays? Pourquoi n’y aurait-il pas, pour une fois, une exception française? ».



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