la filière bois au bord de la crise de nerfs


A l’entreprise de merranderie B2A, à Vincey (Vosges), le 11 décembre 2020.

Ce qui devait être un simple appel pour s’assurer que la commande passée en février d’un millier de panneaux de particules était bien livrée le lendemain a été une nouvelle déconvenue pour Christophe Bonnin, qui codirige, avec sa sœur Karine Bouhier, Les Charpentiers de l’Atlantique, une entreprise spécialisée dans le gros œuvre en bois. « Vous n’êtes pas au courant ? On a supprimé toutes les commandes. On alloue maintenant des lots par pays, et aux commerciaux de chaque secteur », s’est entendu répondre, le 20 mai, celui qui composait déjà, depuis janvier, avec des délais d’approvisionnement passés d’un à quatre mois pour certaines poutres.

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Quant au deuxième camion, attendu en juillet pour démarrer le chantier d’une école et d’une crèche dans le sud des Hauts-de-Seine, il a aussi été annulé, a répondu l’usine luxembourgeoise. « Je vais chercher des matériaux de remplacement, mais ce sont les mêmes fabricants, ils sont débordés », poursuit Christophe Bonnin. Et c’est sans compter la hausse des prix. Avec sa sœur, ils s’attendent à des surcoûts de 10 % sur certaines opérations, quand leurs marges n’étaient que de 3 % ou 4 %. « Mais cela, on ne regarde même plus. On est prêts à tout acheter pour ne pas retarder les chantiers. »

Dans le petit milieu qu’est celui du bois, les anciens, souvent à la tête d’entreprises héritées du père ou du grand-père, sont formels : les tensions que rencontre actuellement le secteur et les conséquences sur les chantiers sont sans précédent. « En 1974, au moment du choc pétrolier, les prix avaient augmenté de 30 %. Mais jamais je n’ai vécu une telle crise », observe Luc Charmasson, 74 ans, président du Comité stratégique de la filière bois, qui confie ne « même plus savoir comment conseiller [s]on fils Thomas », qui dirige le groupe Gipen-Roux.

Un effet Covid-19

Ce n’est pas la ressource en forêt qui manque, précisent d’emblée les scieurs, constructeurs et promoteurs. Tous redoutent que cette crise, « conjoncturelle » – insistent-ils –, freine l’engouement pour un matériau qui, rappellent-ils, répond aux impératifs de réduction de l’empreinte carbone des bâtiments. Mais la chaîne de production du bois est indéniablement grippée et pourrait l’être encore plusieurs mois, reconnaissent-ils.

« En 1974, au moment du choc pétrolier, les prix avaient augmenté de 30 %. Mais jamais je n’ai vécu une telle crise », Luc Charmasson, président du Comité stratégique de la filière bois

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