La Réunion submergée par une forte épidémie de dengue


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Publié aujourd’hui à 10h37, mis à jour à 10h49

Au centre hospitalier Ouest Réunion (CHOR), le service des urgences adultes ne désemplit pas et les soignants doivent s’adapter à l’afflux de patients. Saint-Paul, île de La Réunion, le 25 mai 2021.

« L’hôpital est full-full-full. Et c’est comme ça tous les jours. Ici, nous sommes submergés par la dengue, pas par le Covid. Nous prenons tous les lits possibles. » En vingt-cinq ans de médecine d’urgence, Katia Mougin Damour, chef du service au Centre hospitalier Ouest Réunion (CHOR), assure « n’avoir jamais vu ça ». Le week-end de la Pentecôte a été rude. Plus de 180 passages de patients aux urgences en vingt-quatre heures. « L’enfer », comme le week-end précédent, où le record avait été battu avec 196 passages, contre 100 à 120 en temps normal, hors épidémie. « Il y avait des patients partout, même assis par terre, raconte cette médecin aguerrie et énergique. Nous ne savions pas où les mettre. Certains attendaient dehors. Heureusement, il fait beau toute l’année. »

Ce mardi 25 mai, le taux d’occupation de l’établissement est de 105 %. Une quinzaine d’entrées sont enregistrées par heure, dont la moitié pour la dengue, virus transmis par le moustique tigre, Aedes albopictus. Depuis début avril, sur l’île, les cas de dengue sont plus nombreux que ceux du Covid-19. Le CHOR, cet hôpital en forme de papillon aux couleurs ocre, est de loin le plus concerné car cette année, entre 70 % et 80 % des cas de dengue se situent dans l’ouest de l’île, un bassin de population d’environ 230 000 habitants.

Les urgences, dont l’activité a augmenté de 40 % à 50 %, sont saturées. Les services de médecine et leurs 135 lits aussi. Car un tiers des malades de la dengue doivent être hospitalisés plusieurs jours en raison de « perturbations biologiques majeures ou parce qu’ils ne peuvent plus tenir debout », décrit la docteure Mougin Damour. « Nous ne disposons plus assez de lits en aval, post-urgence, constate le professeur Christophe Vanhecke, chef du service de médecine interne. Nous avons donc tous les jours entre 20 et 30 patients hospitalisés aux urgences, or les urgences ne sont pas un service d’hospitalisation. »

Une des urgentistes examine un des patients installés sur les brancards de secours, du même type que ceux de l’armée. CHOR, Saint-Paul, île de La Réunion, le 25 mai 2021.
Le sas habituellement utilisé par les véhicules de pompiers ou du SMUR a été transformé en chambre à seize brancards, ou plus si nécessaire. Les patients le nomment le « garage ». Saint-Paul, île de La Réunion, le 25 mai 2021.

« Notre quotidien depuis mi-avril »

L’établissement se réorganise comme il peut et a « poussé les murs ». Le sas d’accueil des ambulances a été transformé. Entre les deux portes enroulables automatiques, seize civières accueillent des malades dans de petits box, à peine séparés par des rideaux colorés. Au plafond, les tuyauteries apparentes donnent un air d’hôpital de campagne. « Cela fait bizarre, cette configuration de garage », sourit Jean, 45 ans, un habitant du port touché par la dengue, arrivé le matin après un malaise et plusieurs jours de fièvre, de courbatures, de mal de tête et un état de grande fatigue.

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