le Brésil confronté à une inquiétante mortalité des enfants


Un père et ses enfants, dans la communauté de Nossa Senhora do Livramento, à Manaus, le 3 mai.

Quand l’hôpital lui a annoncé le résultat du test de son fils, début juin 2020, Jessika Ricarte n’y a d’abord pas cru. « Lucas n’avait qu’un an et cinq mois. Je ne pensais pas qu’on pouvait attraper le Covid si jeune. Et encore moins qu’un bébé pouvait faire une forme grave », se souvient cette professeure de 31 ans, habitante de la ville de Tamboril, située dans l’intérieur du Nordeste.

Perte d’appétit, vomissements, fièvre, souffle court, fatigue extrême… Depuis des semaines, Lucas présentait des symptômes inquiétants. Une première fois, mi-mai, Jessika l’a emmené à l’hôpital… mais a été renvoyée chez elle avec de simples antibiotiques. « Le médecin m’a dit : “Ma petite, ne t’en fais pas. Pas besoin de faire de test Covid. C’est juste un petit mal de gorge” », raconte-t-elle par téléphone, la voix blanche.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi L’omniprésence de la mort, clé du fatalisme brésilien face au Covid-19

Dans les jours qui suivent, l’état de Lucas se dégrade encore. Testé finalement positif, il doit être hospitalisé puis intubé. Durant trente-trois jours, l’enfant oscille entre la vie et la mort, entre arrêts cardiaques et réanimations inespérées. « Je pensais vraiment qu’il allait s’en sortir. Je rêvais de lui, de son retour », confie Jessika. A bout de force, Lucas décède le 8 juillet au matin. Il n’avait pas 2 ans.

« Personne ne devrait passer par ça. Je me sens si coupable… Si on l’avait testé plus tôt, on aurait pu le sauver », sanglote Jessika. Son drame est pourtant loin d’être isolé : depuis le début de pandémie, plus de 2 800 enfants de moins de 10 ans seraient décédés des suites du Covid-19 au Brésil, selon des chiffres divulgués par Vital Strategies, une ONG centrée sur les questions de santé publique. Parmi eux, plus de la moitié avaient moins d’un an.

« La sous-notification est immense »

Ces chiffres effrayants sont sans comparaison avec les autres pays du monde où des données sur le sujet sont disponibles (en France, par exemple, seuls 13 enfants de moins de 19 ans sont décédés des suites du Covid-19). Surtout, ils sont deux à trois plus élevés que ceux rendus publics par le ministère de la santé. Et pour cause : les données de Vital Strategies intègrent les enfants morts de détresse respiratoire aiguë aux causes inconnues, le plus souvent résultat d’un Covid-19 non diagnostiqué. « Mais les chiffres réels sont sans doute plus importants encore. La sous-notification est immense », explique Fatima Marinho, l’épidémiologiste qui a coordonné l’étude.

Il vous reste 61.67% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Lire la suite
www.lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *