en Afrique du Sud, la lutte contre l’épidémie nourrit la corruption


Appel à un « new deal » pour l’Afrique

Une trentaine de dirigeants d’Afrique, d’Europe et du Moyen-Orient ont réclamé un « new deal » pour aider le continent africain à surmonter les conséquences de la pandémie de Covid-19, dans un appel initié par les présidents Emmanuel Macron (France), Paul Kagame (Rwanda), Cyril Ramaphosa (Afrique du Sud) et Macky Sall (Sénégal). « Si le choc sanitaire y est à ce jour mieux maîtrisé qu’ailleurs, il pourrait cependant y être plus durable, profond et déstabilisateur pour l’ensemble de la planète », alertent-ils dans une tribune publiée par Le Monde mercredi 2 juin.

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Cette « refondation » doit notamment passer par une mobilisation accrue des ressources financières en faveur de l’Afrique. L’enjeu est de faire aboutir les discussions autour des « droits de tirage spéciaux », ces actifs monétaires du Fonds monétaire international (FMI), afin de parvenir à réallouer « 100 milliards de dollars au bénéfice du continent africain et d’autres pays vulnérables », selon les signataires de la tribune.

L’autre grand axe de ce « new deal » concerne « l’accès aux vaccins », du partage plus équitable des doses existantes aux transferts de technologie et à la levée des brevets pour encourager la production de vaccins directement sur le continent. Ces propositions seront discutées au sommet du G7 qui s’ouvre le 11 juin au Royaume-Uni et où l’Afrique du Sud a été invitée. Une urgence alors que les livraisons de vaccins sont « presque à l’arrêt » en Afrique, tandis que les cas de virus ont augmenté de 20 % au cours des deux dernières semaines, a indiqué jeudi l’Organisation mondiale de la santé (OMS). « La menace d’une troisième vague est réelle et grandissante », a alerté sa directrice régionale, Matshidiso Moeti.

C’est ce que représentent les contrats liés à la lutte contre le Covid-19 faisant l’objet d’enquêtes pour corruption en Afrique du Sud. L’une de ces affaires éclabousse le ministre de la santé, Zweli Mkhize, une figure de la bataille contre la pandémie : selon des médias locaux, son ex-porte-parole, Tahera Mather, et son ancienne assistante personnelle, Naadhira Mitha, auraient touché des millions de rands en paiements irréguliers liés à un contrat de communication autour du Covid-19.

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L’Unité des enquêtes spéciales (SIU), chargée d’éplucher les transactions suspectes, avait déjà révélé en février que l’équivalent de près de 14 millions d’euros avaient été siphonnés l’an dernier par la corruption, la fraude et des prix gonflés pour les équipements de protection fournis aux hôpitaux publics.

Ces affaires à répétition pourraient finir par susciter des mouvements de colère dans le pays africain le plus touché par les morts et les contaminations dues au Covid-19 et dont l’économie a été sévèrement ébranlée par la crise sanitaire. Le chômage au premier trimestre 2021 a ainsi atteint le niveau record de 32,6 %, selon des données officielles publiées mardi.

Des personnes âgées patientent avant d’être vaccinées contre le Covid-19 à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 17 mai 2021.

Le variant sud-africain rebaptisé « Beta »

L’OMS a donné des noms de lettres grecques aux variants du Covid-19. Celui identifié en Afrique du Sud est ainsi désormais surnommé « Beta », tandis que le variant britannique a été rebaptisé « Alpha » et le brésilien « Gamma ». Une décision qui vise à simplifier les choses alors que les appellations scientifiques (B.1.617, B.1.1.7, B.1.351) sont difficiles à mémoriser.

L’autre objectif est d’éviter que le grand public et les médias utilisent des appellations « stigmatisantes et discriminatoires », a indiqué l’OMS mercredi. En février, dans une interview au Monde Afrique, le professeur Salim Abdool Karim, voix scientifique de référence sur le virus en Afrique du Sud, avait déjà réclamé que le reste du monde arrête de parler de « variant sud-africain ». « Cela donne l’impression que nous avons créé le variant et que nous le propageons partout », avait-il souligné.

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Lancement de la vaccination au Burkina

Mercredi, le Burkina Faso a entamé sa campagne de vaccination contre le Covid-19, trois jours après avoir reçu une livraison de 115 200 doses d’AstraZeneca financées par Covax, le mécanisme mondial de fourniture de vaccins aux pays pauvres. Dans une première étape, 92 000 doses devront être administrées aux professionnels de santé, puis environ 20 000 aux candidats au pèlerinage à La Mecque, selon le ministère de la santé.

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Six pays en Afrique n’ont pas encore commencé à vacciner leur population : le Burundi, l’Erythrée, la Somalie, la Tanzanie, le Tchad, mais également Madagascar, qui a reçu une première cargaison de vaccins le 8 mai mais n’a toujours pas lancé sa campagne. En Afrique à ce jour, 2,5 doses ont été administrées pour 100 habitants, contre 87 aux Etats-Unis et 47 en Europe. La moyenne mondiale est de 26 doses pour 100 habitants.

Mardi, l’OMS a homologué en urgence le vaccin chinois Sinovac afin de permettre au dispositif Covax de disposer de doses supplémentaires pour les pays défavorisés. Un feu vert salué comme « une étape cruciale » par le président sud-africain, Cyril Ramaphosa.

Les femmes plus vulnérables

C’est la « pandémie de l’ombre », selon le rapport de la Fondation Mo Ibrahim publié mercredi. Les femmes et les jeunes filles ont été confrontées, lors des premiers mois de la crise sanitaire, à des situations de vulnérabilité accrues. Les confinements décrétés dans de nombreux pays ont ainsi souvent coïncidé avec une augmentation des violences sexuelles et sexistes.

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Dans une enquête menée par la fondation auprès de 1 056 femmes dans six pays du Sahel, 52,1 % des sondées disent avoir été victimes de violence domestique, contre 40,6 % avant l’arrivée du Covid-19. Elles sont même 96 % à en faire état au Sénégal, contre 81 % avant la pandémie. Par ailleurs, 1 million de filles en Afrique subsaharienne pourraient ne jamais retrouver les bancs de l’école après être tombées enceintes pendant le confinement, indique le rapport.

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