La couverture vaccinale des départements faussée par la mobilité des Français


Des dizaines de personnes attendent leur vaccination dans un centre près de Nantes, le 6 mai 2021.

Depuis le 26 janvier, Santé publique France (SPF) publie tous les jours, sur le portail des données ouvertes du gouvernement, de nombreux éléments d’information sur la campagne de vaccination française contre le Covid-19, qui permettent, entre autres, de suivre son déploiement au jour le jour.

Les données départementales recueillies par SPF décomptent les vaccinés par lieu d’injection, et non par lieu de résidence. Ainsi, si un Parisien se fait vacciner au Stade de France, il gonflera les chiffres du département de la Seine-Saint-Denis, où se trouve ce centre de vaccination, et non celui de Paris, où il réside.

L’Assurance maladie a mis en ligne, le 30 mai, un portail complet sur la vaccination, dont les données départementales corrigent justement ce biais, en décomptant les vaccinés par lieu de résidence. Ces données révèlent des différences assez nettes dans certains départements entre la couverture vaccinale calculée par SPF et par l’Assurance maladie.

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La Seine-Saint-Denis en retard

Le décalage entre les deux chiffres est très net en Seine-Saint-Denis. C’était attendu, tant les inquiétudes se sont multipliées sur la lenteur de la vaccination dans ce département particulièrement touché par l’épidémie. Au 23 mai, date des dernières données disponibles, le département affichait une couverture vaccinale en premières doses de 28 %, selon les chiffres par lieu d’injection communiqués par SPF. Mais au regard des données par lieu de résidence de l’Assurance maladie, la couverture vaccinale des habitants de la Seine-Saint-Denis est de 22,6 %, soit 5,4 points de moins. La différence est moindre pour les personnes complètement vaccinées (− 1,64 point), ce qui suggère que le décalage est accentué par les premières injections, qui correspondrait à la fois à la montée en puissance du vaccinodrome du Stade de France et à l’extension de la vaccination à des catégories plus jeunes.

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Cogéré par l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France, le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis et la mairie de Saint-Denis, ce grand centre de vaccination ouvert le 6 avril n’a eu de cesse d’augmenter ses capacités. Au 3 juin, 141 000 personnes y avaient été vaccinées en un peu moins de deux mois, selon l’ARS, contactée par Le Monde. Sur ce total, seuls 45 % sont des habitants du département, selon le Conseil départemental. Cette différence explique environ 86 % du décalage de premières injections constaté.

En regardant les tranches d’âge, on constate que la couverture vaccinale des 75 ans et plus en Seine-Saint-Denis n’était que de 72 %, alors qu’elle était de 79 % au niveau national, soit sept points en dessous. Mais l’essentiel de la différence provient des moins de 75 ans : 20 % des habitants du département sont vaccinés, contre 30 % en France métropolitaine. Cela peut être lié au fait que la population de Seine-Saint-Denis est l’une des plus jeunes du pays : on n’y compte que 22 % d’habitants de 55 ans et plus, qui ont été prioritaires dans l’accès aux vaccins, au lieu de 33 % nationalement.

Une partie des Yvelinois se sont fait vacciner ailleurs

A l’opposé de la Seine-Saint-Denis, où la population est moins vaccinée que dans le reste de l’Ile-de-France, figurent des départements où une partie significative de la population s’est fait vacciner ailleurs.

C’est le cas en premier lieu des Yvelines, dont 34,9 % des habitants étaient vaccinés au 23 mai, alors que les données par lieu d’injection étaient plutôt à 30 %. Cet écart significatif s’accroît encore chez les plus âgés : 93 000 habitants du département âgés de 75 ans et plus sont vaccinés alors que les Yvelines n’ont vacciné « que » 80 000 personnes.

Le département voisin des Hauts-de-Seine présente un profil assez similaire. A Paris, une couverture des plus de 75 ans supérieure à ses capacités propres de vaccination suggère que les Parisiens les plus âgés se sont montrés très mobiles pour trouver leurs doses. En revanche, la capitale affiche une différence négative concernant les moins de 75 ans, ce qui signifie qu’on y a également vacciné des résidents des départements limitrophes.

Avec des départements de petite superficie et fortement interconnectés les uns aux autres, la situation particulière de la région Ile-de-France n’est pas une grosse surprise. En revanche, d’autres départements affichent des différences plus difficiles à expliquer.

Ariège, Lot et Orne vaccinent plus que leurs populations

Parmi les territoires ayant les différences les plus marquées se trouvent des départements plutôt ruraux.

L’Ariège affiche un plus grand décalage de couverture vaccinale que la Seine-Saint-Denis, avec 6,3 points d’écart : le département a distribué environ 65 000 doses, mais ses habitants n’en ont reçu que 55 000. Cela peut s’expliquer par la proximité de la métropole de Toulouse ainsi que par la mobilisation de l’ARS Occitanie et de la préfète du département, qui ont multiplié les événements accessibles à tout public ces dernières semaines. Contactée par Le Monde, l’ARS Occitanie n’a pas encore répondu à nos sollicitations.

Plus difficiles à expliquer sont en revanche les cas de figure du Lot et de l’Orne : ces deux départements, plus éloignés de grands bassins de population, affichent tout de même de nettes différences entre le nombre de doses reçues par leurs habitants et le nombre de celles distribuées sur leurs territoires. Ainsi, dans l’Orne, 28 000 des plus de 75 ans ont reçu une première dose, alors que les données de SPF montrent que les centres et professionnels du département en ont injecté 31 500 à cette catégorie de population.

Parmi les territoires où les différences sont les plus nettes se trouvent aussi les deux départements corses, qui ont distribué environ 10 000 doses de plus que celles reçues par leurs habitants. Il est cependant trop tôt pour attribuer ce décalage à un supposé « tourisme vaccinal ».



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