Modèle en crise, les Ehpad tentent de se réinventer


A l’Ehpad Jacques-Bonvoisin lors de la tournée du soir, à Dieppe (Seine-Maritime), le 10 mai 2021.

Il y a les chiffres, implacables. Plus de 37 500 pensionnaires d’Ehpad sont morts du Covid-19 depuis mars 2020. Il y a aussi les histoires personnelles, souvent douloureuses. Au deuil se sont ajoutées les épreuves de l’isolement en chambre des résidents, les restrictions de visites infligées à leurs familles, parfois abusivement contingentées alors que la campagne de vaccination était achevée dans l’établissement.

« Les logiques sécuritaires et sanitaires mises en place par ces institutions lors de l’épidémie ont conduit à un excès de sécurité. Au risque de devenir ce que l’on pourrait qualifier “d’institution totalitaire” », peut-on ainsi lire dans une enquête publiée en octobre 2020 par l’Espace éthique d’Ile-de-France, sous la direction du philosophe Fabrice Gzil. Meurtris par la pandémie, les Ehpad ont vu leur étoile pâlir encore un peu plus. « On a perdu la bataille de l’opinion, se désole Pierre Gouabault, directeur de plusieurs Ehpad publics dans le Loir-et-Cher. Le modèle n’a pas su prendre en compte les nouvelles aspirations sociétales. »

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Les Ehpad sont-ils pour autant un modèle périmé ? La question fait bondir les intéressés. « L’Ehpad est mort, vive l’Ehpad ! », veut croire Jérôme Guedj, cofondateur du think tank Matières grises, avec Luc Broussy, qui réunit les principaux acteurs du secteur. Ensemble, ils ont écrit et publié, jeudi 3 juin, un rapport sur « l’Ehpad du futur », qui proclame l’urgence de « changer radicalement le modèle » avec à la clé seize propositions.

L’étude vise à redorer le blason de l’institution, qui doit se transformer pour se préparer à accueillir les « vieux de demain » issus de « la génération de 1968 éprise de liberté ». Si la sécurité est nécessaire, au sein des Ehpad, la liberté doit être la valeur cardinale. Parmi les bonnes pratiques préconisées figurent l’instauration des horaires de repas à la demande, des menus à la carte avec si possible des produits bio… Le rapport suggère de rendre le droit de visite quasiment « inaliénable ». « Les familles revendiquent une place dans nos établissements, a rappelé Laure de la Bretèche, présidente du groupe Arpavie, jeudi. Il faut vraiment la leur donner ! »

« Comme à la maison »

Pour contrer l’« Ehpad bashing » ambiant, le rapport prône aussi une « révolution architecturale » dans bon nombre des 7 000 établissements de France. De fait, plus du tiers des Ehpad n’ont pas été rénovés depuis 1999. La suggestion a de quoi surprendre, alors que le problème numéro un souvent mis en avant est le nombre trop faible de personnels au chevet des résidents. Les auteurs justifient ainsi leur choix. « C’est seulement lorsque tous les acteurs auront été convaincus qu’il est possible de bâtir un nouveau modèle de l’Ehpad, attractif et bienveillant, qu’il y aura un consensus sur la nécessité de trouver un financement pour augmenter le ratio de soignants », soutient M. Guedj.

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