« En matière de démographie, la politique ne peut pas tout »


« En matière de démographie, la politique ne peut pas tout »
Aux Etats-Unis, le taux de fécondité est tombé en 2020 à 1,64 enfant par femme

STR / AFP


A

ux Etats-Unis, on les appelle les « GINKs », pour Green Inclination No Kids. Le mouvement, apparu il y a une dizaine d’années, regroupe celles et ceux qui ont choisi de ne pas avoir d’enfants par conviction écologique. Procréer ne serait pas bon pour l’empreinte carbone des parents potentiels. Si le phénomène a commencé à séduire une frange de la jeunesse, l’encourager n’est pas franchement à l’agenda de la plupart des grandes nations, qui s’inquiètent au contraire de la faiblesse du nombre de bébés.

Après s’être focalisés sur les décès provoqués par la pandémie de Covid-19, les gouvernements se concentrent désormais sur la décrue des naissances. Aux Etats-Unis, le taux de fécondité est tombé en 2020 à 1,64 enfant par femme, du jamais-vu depuis la création de la statistique, dans les années 1930. Les Américaines n’ont mis au monde que 3,6 millions de bébés. Pour retrouver un chiffre aussi faible, il faut remonter à 1979, alors qu’entre-temps la population des Etats-Unis a augmenté de plus de 47 %.


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En France, champion européen du taux de fécondité, les naissances sont également en recul, pour la sixième année consécutive, à 740 000. La situation en Chine est encore plus alarmante avec seulement 12 millions de bébés, soit un tiers de moins qu’en 2016. Quant au Japon, voilà bien longtemps que le pays est entré dans son hiver démographique, pour reprendre l’expression du démographe Gérard-François Dumont. En 2021, le déficit de naissances par rapport aux décès devrait faire perdre au pays 750 000 habitants.

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Kenneth Johnson, démographe à l’université du New Hampshire. Le phénomène est mondial et la tendance s’accélère : le nombre d’enfants par femme est passé de 5, dans les années 1960, à 2,4 en 2018, selon la Banque mondiale. La population mondiale pourrait atteindre son apogée à la fin de ce siècle.

Ces statistiques sont positives pour l’empreinte carbone. Pour le reste, l’Américain

Lyman Stone

, chercheur à l’Institute for Family Studies, est nettement moins enthousiaste.

« La baisse de la fécondité aura de nombreuses conséquences pour les sociétés du monde entier »,

prévient-il.


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Il estime qu’un ralentissement de la croissance démographique entraînera une augmentation des inégalités, une importance croissante des richesses héritées, une progression du pouvoir de monopole des entreprises existantes et un déclin de l’entrepreneuriat et de l’innovation. La demande de logements neufs va stagner. Les programmes de transferts intergénérationnels comme la retraite et la santé connaîtront des difficultés financières. Les taux d’intérêt et l’inflation resteront anormalement bas, limitant les options de lutte contre la récession et rendant chaque reprise plus lente que la précédente. Les débats sur l’immigration deviendront de plus en plus acerbes.


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