D’Ebola au Covid-19, Denis Malvy, l’infectiologue qui a la foi


Denis Malvy, au CHU de Bordeaux.

« Vous prenez quelqu’un qui est assez exceptionnel, je n’en ai pas vu beaucoup dans ma carrière. D’ailleurs, quand j’essaie d’en trouver un deuxième, j’ai un peu plus de mal, c’est vraiment un personnage. » Yann Bubien, directeur général du CHU de Bordeaux, pose immédiatement le décor lorsqu’on l’interroge sur Denis Malvy. A 63 ans, l’infectiologue et responsable de l’unité des maladies tropicales du CHU est à Bordeaux la référence Covid-19 par excellence.

Lors de ­l’entretien de plus de trois heures qui s’est achevé à la cafétéria de l’hôpital, son téléphone portable a sonné plusieurs fois. Son expertise est sollicitée, puisque des « signaux d’alerte » avaient été repérés, notamment dans la région Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, avec un taux de reproduction qui est repassé au-dessus de 1.

Mais ­l’infectiologue ne se laisse pas gagner par la peur. « On a vécu ça chaque fois qu’on est sortis de déconfinement. Le virus est ­toujours là, on lui donne juste les moyens de se réexprimer à la faveur de rassemblements d’une population non immune tant qu’elle n’est pas vaccinée. »

Passionné de musique

Chercheur à l’Inserm et membre du conseil scientifique autour de Macron, Denis Malvy rassure, toujours, de sa voix calme et posée. Ce sont d’ailleurs les mots qui résonnent chez ceux que l’on interroge. « Dans ces temps si difficiles, je trouve qu’il a une parole rassurante. D’ailleurs, c’est la parole la plus rassurante de tout ce qu’on entend depuis un an et demi », confie Marc Minkowski, directeur de l’Opéra de Bordeaux.

Les deux hommes se sont rencontrés dans le cadre de protocoles sanitaires à mettre en place au sein de l’institution culturelle. Il faut dire que les deux lieux sont intimement liés, le majestueux opéra bordelais appartenant aux Hospices de Bordeaux depuis Napoléon.

Denis Malvy est en outre un passionné de musique. « Il est intéressant comme un honnête homme du XVIIIsiècle, poursuit Yann Bubien, qui ne cache pas les liens étroits qu’il a tissés avec le scientifique. Il a de vastes connaissances médicales, mais également théologiques, philosophiques… On voit que ce n’est pas simplement un érudit, mais qu’il a une appréhension profonde des choses. »

Un lien avec l’Afrique

Le médecin récite volontiers le poète sénégalais Birago Diop« Ecoute plus ­souvent/Les Choses que les Etres/La Voix du Feu s’entend/Entends la Voix de l’Eau/Ecoute dans le Vent/Le Buisson en sanglots/C’est le Souffle des ancêtres » –, en se remémorant l’Afrique, pour lequel il conserve un lien particulier. « En 1994, j’étais allé à Goma, du côté de la République démocratique du Congo, en face du Rwanda, en tant qu’humanitaire. J’avais participé à la prise en charge des populations qui avaient quitté la ville frontalière et qui arrivaient en masse au moment du génocide. Puis je me suis retrouvé aux avant-postes de la réponse en Guinée pour Ebola en 2014, et dans le Nord-Kivu dans la région des Grands Lacs à partir de 2018 », se souvient-il.

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