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« On se disait bien qu’il y avait un risque »


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Publié aujourd’hui à 05h50

Ce vendredi 20 mars 2020, les soignants du service des maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat, s’en souviennent comme si c’était hier. Devant la bâtisse en brique du « SMIT » (le Service des maladies infectieuses et tropicales), tous avaient posé pour Paris Match, masqués, en pyjama bleu et blouse blanche, avec des écriteaux « SVP, restez à la maison pour nous ». A ce moment-là, la marée continue de monter. Plus de 130 lits sont déjà occupés dans les deux étages par des patients au bord de l’asphyxie. Et le téléphone ne cesse de sonner : « Avez-vous une place ? » Souvenir de guerre, cette photo épinglée sur les murs, rappelle ce combat sans armes – ou si peu – face à cette maladie baptisée Covid-19.

Depuis le début de l’épidémie, près de 1 500 patients ont ainsi été soignés au SMIT et la vaccination n’a pas encore permis de tourner la page de l’épidémie. Ce 30 juin, c’est l’étiage : moins de dix malades occupent l’unité Covid-19, dans l’aile ouest au deuxième étage.

Photo de l’équipe du service de maladies et infectieuses et tropicales de l’hôpital Bichat à Paris, pendant la première vague de l’épidémie de Covid-19.

Ecrasé par la fatigue sous son drap jaune pâle, Boubacar compte les jours qui se sont écoulés depuis son arrivée : « Treize, aujourd’hui, lâche ce retraité de 65 ans, qui a enseigné dans une école coranique et pratique la géomancie, un art divinatoire. C’est long. » Les yeux mi-clos, ébloui par la lumière qui filtre sous les stores à demi baissés, il explique avoir été testé positif au SARS-CoV-2 à son arrivée. « Mais je ne pense pas avoir le Covid. Je ne sens pas de douleur ici », précise-t- il en désignant ses poumons.

« On n’a pas assez de recul »

La vaccination pour les plus de 60 ans a été ouverte le 16 avril, mais il n’a « jamais demandé ». « Il faut dire : je n’ai jamais voulu, le tacle sa femme, en rigolant. Je me suis fait vacciner et je lui ai proposé de venir, mais il m’a dit : “Non, non, moi j’attends” », raconte-t-elle en précisant avoir déjà attrapé le Covid-19 lors de la première vague, en mars 2020.

« AstraZeneca, j’aime pas, se justifie-t-il.

– Tu n’aimes pas, mais tu ne connais pas ! », lui répond Siré, effarée par la rumeur selon laquelle les personnes vaccinées deviendraient « magnétiques ». « A ceux qui m’en parlent, je leur dis : “Mais vous délirez ou quoi ?!” »

Dans la chambre voisine, un homme de 78 ans, au visage sombre et à la barbe grise, n’a pas encore retrouvé ses esprits après le long voyage qui l’a conduit ici. Rapatrié la veille de Gambie, il est arrivé avec pour simple bagage une valisette remplie de médicaments pour différentes pathologies. Le vaccin, lui non plus n’en voulait pas. « On lui en a parlé, mais il est têtu », soupire Aminata (le prénom a été modifié) sa fille de 24 ans, vêtue d’une abaya et d’un hijab noirs. Etudiante infirmière, elle n’est en revanche pas convaincue de l’intérêt de la vaccination pour elle-même. « Peut-être plus tard, mais comme ce n’est pas obligatoire j’attends. On n’a pas assez de recul », explique la jeune femme avec franchise, tout en précisant bien qu’elle se garde bien de partager ses doutes avec les personnes qu’elle vaccine dans un centre en Seine-Sainte-Denis.

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