« Le passe sanitaire n’oblige pas à la vaccination mais en vient à gêner l’individu qui souhaiterait s’y soustraire »


Tribune. Les dernières annonces présidentielles ont rendu la vaccination anti-Covid-19 quasi incontournable. Sans la vaccination, il va en effet devenir très difficile de mener une vie sociale à peu près normale puisque le passe sanitaire va être exigé pour fréquenter cafés, restaurants, bars, cinémas, théâtres, musées… Ces annonces se situent-elles dans des schémas déjà éprouvés de l’action sanitaire ou bien ont-elles introduit une radicale nouveauté ? Plus globalement, que pourrions-nous dire de la gestion de la crise sanitaire dans sa capacité à inventer de nouveaux paradigmes de l’action sanitaire ?

L’anthropologue Jean-Pierre Dozon indiquait, il y a une vingtaine d’années, que les politiques de prévention pouvaient schématiquement se décomposer selon quatre modèles : le modèle magico-religieux (usage de rites et de prières pour se prémunir de dangers suprahumains) , le modèle de la contrainte profane (parfaitement illustré par les quarantaines du Moyen Age), le modèle pastorien (émergeant à la suite des découvertes de Pasteur et portant un projet d’immunisation collective grâce à la vaccination), et enfin le modèle contractuel (registre d’action sanitaire plus contemporain faisant de chaque individu un acteur rationnel et responsable de sa santé).

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Avec des règles différentes selon les pays, le passe sanitaire européen vire à l’imbroglio

Si les deux premiers se signalent par leur antériorité historique (avant que ne se développe un savoir proprement biomédical), l’anthropologue récusait cependant toute idée de « grand partage » entre tradition et modernité pour affirmer que les actions les plus contemporaines de prévention pouvaient hybrider des registres variés. Le détour par cette analyse anthropologique éclaire pour partie la situation actuelle.

La réalisation de comportements répétitifs et scrupuleux

En effet, la politique de lutte contre l’épidémie due au coronavirus vient tout à fait mobiliser ces quatre registres de l’action sanitaire de façon conjointe, et cela de manière peut-être plus forte encore que les politiques sanitaires passées. Car le modèle contractuel, en principe dominant dans les sociétés démocratiques, s’est vu dès le début de l’épidémie fortement concurrencé par un modèle de la contrainte : qu’on se souvienne par exemple de la promulgation du premier confinement ou de l’instauration de l’état d’urgence sanitaire.

L’individu acteur responsable de sa santé s’est ainsi vu imposer une série de mesures sans pouvoir y consentir, alors même que le modèle contractuel supposerait une adhésion libre et éclairée. Le modèle magico-religieux quant à lui n’a pas été absent, loin de là, dans la gestion de l’épidémie. Au niveau individuel, on pourra remarquer des comportements étranges de nos contemporains en cette période épidémique.

Il vous reste 70.07% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Lire la suite
www.lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *