en Tunisie, des cliniques rejoignent la lutte contre le Covid-19


La clinique Saint-Augustin, à Tunis.

Un calme cotonneux règne aux services des urgences de la clinique Saint-Augustin, à Tunis. Une femme somnole sur un siège en attendant sa consultation. Il n’y a pas foule à la réception. La scène offre un curieux contraste avec les images d’hôpitaux publics dépassés par l’explosion des cas de Covid-19 qui ont circulé en Tunisie ces trois dernières semaines. Mais la clinique n’est pas vide pour autant.

Pour assister les établissements publics contraints de repousser certaines opérations afin de prendre en charge les malades, la direction de Saint-Augustin a offert aux patients dans le besoin deux jours de consultations et d’opérations chirurgicales gratuites, les 2 et 3 août. « C’était une façon de participer et peut-être aussi d’encourager le reste du secteur privé à prendre des initiatives », explique le docteur Chafik Smida.

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Depuis le début de la pandémie, beaucoup de Tunisiens ont reproché aux établissements privés de santé d’avoir laissé le système hospitalier public affronter seul les vagues de contaminations au coronavirus. « Nous n’avons clairement pas été à la hauteur », reconnaît Chafik Smida, qui estime toutefois que les responsabilités sont partagées avec le ministère de la santé. A la date du 12 août, 21 220 décès du Covid ont été enregistrés en Tunisie, pour un taux de positivité de 23 %.

Circoncisions et amputations

A la clinique Saint-Augustin, 42 personnes étaient hospitalisées au pic de la vague de Covid-19, en juillet. Elles ne sont plus qu’une quinzaine aujourd’hui, une décrue qui a permis au docteur Chafik Smida de se consacrer aux patients venus se faire opérer gratuitement.

Première étape, les garçons tout juste circoncis, reconnaissables à leur « jebba » (robe traditionnelle) et leurs pieds teints de henné. « Beaucoup avaient retardé l’opération à cause du Covid : ils ne voulaient pas prendre le risque d’emmener leurs enfants dans les hôpitaux avec le virus », explique le médecin. Amel Bouali, 36 ans, originaire du quartier populaire d’Hay Ettadhamen, à Tunis, est venue faire circoncire son fils. « J’ai vu l’annonce de la clinique sur Facebook, au début j’avais du mal à y croire, mais lorsque nous sommes arrivés, nous avons été entièrement pris en charge », dit-elle.

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Dans une chambre voisine, Nacer Zoubeir est allongé, sa femme à son chevet. Il a subi une amputation de la jambe à cause d’une artérite qui n’avait été pas traitée. « J’habite dans la banlieue sud d’El-Mourouj, d’habitude je fais le suivi à la Rabta [un des hôpitaux de Tunis], mais en ce moment c’est compliqué de planifier une opération, il y a trop de monde », explique-t-il. « J’espère qu’à Saint-Augustin, ils nous aideront aussi pour les médicaments et le suivi », s’inquiète pour sa part Malika Arbi, 56 ans, mère de cinq enfants, venue se faire opérer d’une hernie.

Au total, près d’une quarantaine de patients ont pu être hospitalisés gratuitement début août à Saint-Augustin. Et Chafik Smida espère que son initiative donnera un nouvel élan à la collaboration, jusque-là difficile, entre le ministère de la santé et le secteur privé. « J’avais proposé durant la première vague que chaque clinique mette deux lits de réanimation à disposition du ministère, pour éviter les scènes auxquelles nous avons assisté par la suite lorsque le pic est arrivé, c’est-à-dire des ambulances qui tournent désespérément à la recherche de places pour les patients en réanimation », dit-il. Mais les discussions avec les autorités n’ont pas abouti.

Neuf cliniques réquisitionnées

Une communication que la situation politique n’a pas aidé à améliorer : cinq ministres de la santé se sont succédé en Tunisie depuis le début de la pandémie, en mars 2020. Le gouvernement a finalement demandé la réquisition de neuf cliniques, le 18 juillet, lorsque le manque d’oxygène a atteint un seuil critique dans les hôpitaux.

« Nous avons pu faire cette réquisition sur la région du Sahel, Sfax et le Grand Tunis, mais ça n’a pas duré longtemps. Il s’agissait seulement d’une quinzaine de patients pris en charge pendant quatre jours environ, car ensuite beaucoup d’hôpitaux ont pu recevoir de l’oxygène grâce à la mobilisation internationale et les dons », observe Boubaker Zakhama, président du syndicat des cliniques privés.

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Une action tardive qu’il faudrait mieux anticiper à l’avenir, selon Chafik Smida. En plein pic de l’épidémie, lui-même a dû gérer un taux d’occupation de presque 80 % des lits dans le service de réanimation de sa clinique.

Actuellement, le pays fait toujours face à un grand nombre de cas mais accélère sa campagne de vaccination, avec près de 5 millions de doses reçues en quelques semaines grâce aux dons étrangers et à des accords bilatéraux. La campagne de vaccination des plus de 40 ans, le 8 août, a été un succès, avec 500 000 personnes vaccinées en une journée, soit 4 % de la population. Une nouvelle campagne est prévue le 15 août pour les 18-39 ans.



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