L’ARN messager, nouvel eldorado des Big Pharma


Des assistants de laboratoire de la société BioNTech sur le site de production de Marbourg (Allemagne), le 30 mars 2021.

Cantonnée aux laboratoires de recherche, loin des hôpitaux et des pharmacies, elle n’était encore connue, au printemps 2020, que d’une petite communauté de chercheurs passionnés de biologie, convaincus de son potentiel. Propulsée par les succès des vaccins contre le Covid-19 développés par l’américain Moderna et l’allemand BioNTech – dont près d’un milliard et demi de doses ont été injectées dans le monde –, la technologie dite de l’« acide ribonucléique messager » ou ARNm est aujourd’hui devenue une star. Chercheurs, investisseurs et industriels pharmaceutiques se pressent désormais sur ce marché en pleine effervescence.

« Ils nous sollicitent tous pour travailler sur cette technologie », se réjouit Chantal Pichon, chercheuse au centre de biophysique moléculaire du CNRS à Orléans. Pour cette pionnière de l’ARN messager, qui a lancé ses travaux sur le sujet en 2005, à une époque « où peu de personnes y croyaient », le changement est radical. « Presque 80 % de mes demandes de financement étaient refusées. A chaque fois, je me heurtais à des réponses du type : “C’est très intéressant, mais trop ambitieux.” Ce n’est plus le cas désormais », observe-t-elle. La chercheuse n’est pas la seule à constater cet emballement général.

Lire l’enquête : La saga du vaccin à ARN messager désormais dans le sprint final

Outre-Rhin, la biotech Ethris, qui développe des traitements à base d’ARNm pour soigner des maladies pulmonaires jusqu’à présent incurables, a, elle aussi, été « approchée » par une multitude d’acteurs ces derniers mois. Des grands laboratoires pharmaceutiques, mais aussi des biotech et des fabricants de vaccin, tous intéressés par ses recherches. « Le succès des premiers vaccins à ARNm par Moderna et BioNTech a été un déclic. Non seulement ils ont démontré que cette technologie est très efficace, mais, surtout, qu’elle peut obtenir des autorisations de mise sur le marché. C’est une étape cruciale pour tous ceux qui travaillent sur cette technologie », analyse son cofondateur, Carsten Rudolph.

Une foule d’investisseurs

Car l’ARN messager est loin de se limiter aux seuls vaccins contre le Covid-19. D’ores et déjà, de nombreux autres vaccins (contre la grippe, le paludisme…) sont à l’étude dans les laboratoires du monde entier. Mais aussi pléthore de produits thérapeutiques dans des domaines aussi divers que les cancers, les maladies infectieuses, les maladies rares, les maladies autoimmunes ou la médecine régénératrice. Au total, plus de 150 vaccins et produits thérapeutiques à base d’ARN messager seraient aujourd’hui en cours d’évaluation, à des stades précliniques ou cliniques, selon le cabinet Roots Analysis. « Les ARN messager ne permettront pas de tout traiter, mais leur potentiel est immense. Ils pourraient faire naître de vraies avancées médicales », souligne Chantal Pichon.

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