« Pour l’instant, le virus de Marburg a créé peu d’épidémies »


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Un agent de santé administre un vaccin contre Ebola à un habitant de Guéckédou, en Guinée, le 23 février 2021.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé, lundi 9 août, qu’un premier cas de contamination par le virus de Marburg avait été détecté en Afrique de l’Ouest au début du mois. Un habitant de la région forestière de Guéckédou, en Guinée, est mort le 2 août, deux semaines après l’apparition des premiers symptômes. Depuis, « 155 cas contacts ont été listés et suivis quotidiennement », a fait savoir le gouvernement guinéen.

Moins connu du grand public, Marburg appartient à la même famille de virus qu’Ebola, celle des filovirus (Filoviridae). D’après le virologue Jean-Claude Manuguerra, responsable de la Cellule d’intervention biologique d’urgence (CIBU) de l’Institut Pasteur, « son génome a été détecté chez des chauves-souris en Sierra Leone dès 2018 ».

Comment se fait-il que le virus de Marburg, connu pour circuler en Afrique centrale et en Afrique australe, ait gagné l’ouest du continent ?

Pour arriver en Afrique de l’Ouest, le virus a vraisemblablement emprunté le même chemin qu’Ebola. On sait depuis longtemps que l’écosystème de la région forestière à la frontière entre la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia est très favorable à la circulation des filovirus et à leur transmission à l’homme. Le plus souvent, la maladie pénètre dans les villages avec la viande de brousse. Consommées parce qu’elles sont une source importante de protéines animales, les bêtes sont chassées ou trouvées mortes. En cas d’infection, le virus se transmet lors du transport et de la préparation de la viande, des mains à la sphère ORL.

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Dans le cas de Marburg – et sans doute aussi d’Ebola –, ce sont des chauves-souris frugivores qui servent de réservoir naturel au virus. Présentes sur tout le continent africain à l’exception du Maghreb et de la bande sahélienne, ces roussettes ne sont pas malades lorsqu’elles sont infectées, ce qui rend très difficile le traçage. La bonne nouvelle, si je puis dire, c’est qu’il existe aujourd’hui des outils performants en Afrique pour suivre la circulation de ces virus. Depuis la grande épidémie d’Ebola de 2014-2016, un certain nombre de programmes ont été mis en place pour les surveiller, notamment EBO-Sursy, un projet piloté par l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et financé par l’Union européenne (UE).

Sait-on depuis combien de temps le virus de Marburg est présent en Guinée ?

Son génome a été détecté chez des chauves-souris en Sierra Leone dès 2018, mais on ignore avec quelle intensité il circule dans la région et depuis quand. Pour en savoir plus sur celui découvert à Guéckédou, il faudra le séquencer. Ces données génétiques nous renseigneraient sur sa parenté avec les virus de Marburg qui ont déjà été détectés de l’autre côté de la frontière, mais aussi en République démocratique du Congo (RDC), en Ouganda, en Angola et en Afrique du Sud. Cela permettrait également de comprendre depuis quand il s’est séparé de la souche dont il est originaire et dans quelle mesure il s’est autonomisé dans cette partie du continent.

Quels sont les symptômes de la fièvre de Marburg ?

Je dois dire que c’est assez impressionnant d’avoir réussi à détecter Marburg en Guinée, parce qu’il n’est pas aisé, cliniquement, de faire la différence entre telle ou telle maladie virale. Ces dernières commencent un peu toutes de la même façon, avec de la fièvre puis des douleurs musculaires et abdominales… Dans le cas de Marburg et Ebola, le virus peut également provoquer des hémorragies, mais il y a d’assez grandes variations en fonction des souches. Pendant la grande épidémie d’Ebola qui a touché l’Afrique de l’Ouest de 2014 à 2016, par exemple, la maladie prenait majoritairement une forme non hémorragique.

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La létalité du virus de Marburg peut varier de 24 % à 88 %, selon l’OMS. Comment un tel écart s’explique-t-il ?

Le taux de létalité dépend de la virulence de la souche, mais aussi de la contamination initiale. Le pronostic diffère en effet en fonction de la quantité de virus détectée chez les patients contaminés. Dans le cas d’Ebola, on s’est également rendu compte que le traitement symptomatique pouvait faire baisser le taux de létalité assez significativement. Concrètement, même quand il n’y a pas d’hémorragie, le virus provoque une diminution du volume sanguin à cause des pertes hydriques. En dessous d’un certain volume de liquide dans le corps, il y a un risque de défaillances des organes. Or on peut éviter cela en réhydratant tout simplement les malades avec des solutions aqueuses enrichies en sel et en glucose.

L’OMS a jugé « élevée » la menace aux niveaux national et régional, mais « faible » au niveau international. Faut-il craindre une diffusion plus large du virus ?

Pour l’instant, Marburg a créé peu d’épidémies et les foyers de contamination sont généralement moins importants que pour Ebola. L’épisode le plus grave a eu lieu en 2005 en Angola [le virus avait tué 225 malades sur les 252 cas identifiés]. Comme Ebola, Marburg se propage entre humains par contact direct avec les fluides corporels des personnes infectées. Mais ces dernières ne sont généralement pas contagieuses avant d’être malades.

Les premières transmissions interhumaines ont lieu entre le malade et les personnes qui le soignent. Il est habituel d’observer des contaminations multiples au moment de la préparation des corps des défunts et de leurs funérailles. C’est un point de vigilance particulier qui nécessite une information communautaire et une aide de spécialistes pour permettre des funérailles humaines, mais en contrôlant le risque de transmission.

Le traçage et l’isolement permettent donc d’interrompre efficacement les chaînes de transmission. C’est très différent de ce qu’on connaît depuis plus d’un an et demi avec le Covid-19, puisque les personnes atteintes par ce coronavirus sont contagieuses même avant le début des symptômes.

Existe-t-il un vaccin contre le virus de Marburg ? Ceux développés ces dernières années pour lutter contre Ebola sont-ils efficaces ?

Les vaccins contre Ebola sont dirigés contre « Ebola Zaïre », une des sept espèces du virus. Marburg est un virus d’un genre différent, il faudrait donc un vaccin qui lui est propre. A ce jour, il n’existe pas de vaccin ou de traitements antiviraux pour y faire face. Il n’est toutefois pas impossible qu’un traitement soit déjà à l’étude. Les Etats-Unis, via la Barda – une structure dédiée à la recherche et au développement dans le domaine biomédical, liée au département américain de la santé –, financent le développement d’un grand nombre de vaccins, même ceux qui n’ont pas forcément d’avenir sur le marché. C’est d’ailleurs grâce à ce dispositif que le vaccin le plus utilisé contre Ebola avait été financé.



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