Tour de vis sanitaire et crise de confiance en Polynésie française


La cheffe du service réanimation du Centre hospitalier de la Polynésie française, Laure Baudoin, fait le point avec ses équipes sur les patients admis le jour même , à Papeete, le 10 août 2021.

Au Centre hospitalier de la Polynésie française, mercredi 11 août, les 28 lits de réanimation sont tous occupés. L’établissement dispose de 412 lits et 173 accueillent un patient positif au SARS-CoV-2. « Nous avons dépassé nos capacités normales, donc l’hôpital fait front pour pousser ses murs et créer des espaces dans des secteurs qui ne sont pas consacrés à ça », explique au Monde sa directrice, Claude Panero. Faute de place, elle n’exclut pas la création de postes médicaux sous des tentes, sur le parvis de l’hôpital. Mais les soignants manquent aussi. Douze infirmiers de la réserve sanitaire nationale devraient bientôt venir en renfort au centre hospitalier, ainsi que vingt autres venus de Nouvelle-Calédonie.

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Les 2 300 employés, dont 1 600 soignants, sont épuisés et parfois positifs au Covid. « On ne peut que tenir le coup, on n’a pas le droit de s’effondrer, mais c’est vrai que c’est très dur », reconnaît la docteure Charlotte Courtois, une des référentes Covid dans cet hôpital. « On a des dizaines d’hospitalisations quotidiennes : on sanctuarise de plus en plus de services pour ne pas mélanger des patients Covid et non Covid », explique-t-elle. Cette logique a ses limites : l’hôpital a déjà déprogrammé toutes les autres opérations non urgentes.

« Des patients plus jeunes »

La Polynésie avait connu une première vague épidémique fin 2020, mais celle-ci, liée au variant Delta, est bien plus forte et différente. « On a des profils de patients beaucoup plus jeunes, sans comorbidités, qui ne se croyaient pas concernés et ne sont pas vaccinés », explique Mme Panero. La moyenne d’âge des hospitalisations est de 35 ans, avec même des nourrissons. En réanimation, elle est de 49 ans.

Dans ce service, plusieurs patients souffrent d’obésité, de diabète et de maladies cardiovasculaires – des comorbidités fréquentes en Polynésie. Quelques-uns sont même dialysés pour compenser une insuffisance rénale. Si l’afflux continue, ces patients, dont les chances de survie sont faibles, ne seront plus soignés, s’inquiètent les professionnels. « On fait tout pour éviter le tri des patients, mais si ça doit arriver, ce sera une décision collégiale », assure Merehau Mervin, la directrice du service polynésien de la santé.

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Parmi les 28 patients en réanimation, presque tous inconscients, aucun n’est vacciné. « Dans l’ensemble des hospitalisés, ils sont 85 % à ne pas être vaccinés », note l’épidémiologiste Henri-Pierre Mallet. Seul effet positif, selon lui, de cette flambée épidémique : les Polynésiens prennent conscience de l’importance du vaccin et 10 000 doses par semaine sont inoculées. Mais seuls 29 % des Polynésiens ont reçu deux doses.

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