« Déguiser un refus de vaccination en militantisme pour la défense de l’hôpital public nous semble de la mauvaise foi »


Ces derniers jours ont été marqués par des manifestations contre la vaccination obligatoire et le passe sanitaire. A cette occasion, nous avons relevé, chez les manifestants, comme sur les réseaux sociaux, ce qui se voudrait être un argument pour appuyer l’idée que se faire vacciner ne servirait à rien : la défense de l’hôpital public.

La justification serait la suivante : les gouvernements successifs détruisent l’hôpital public depuis des années ; le nombre de lits et les moyens se sont effondrés, tout cela au mépris de la santé publique ; commençons donc par réhabiliter l’hôpital et les conditions de soin pour mieux gérer les pandémies avant de forcer à la vaccination, disent les manifestants. Nous, médecins, infirmiers et soignants, nous inscrivons fermement en faux face à cette logique.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Covid-19 : en France, une triple fracture vaccinale

Tout d’abord, nous sommes étonnés de voir que tant de personnes ont subitement à cœur la défense de l’hôpital public. En effet, nombre d’entre nous ont prêché dans le désert durant des années et se sont sentis très seuls lors des mouvements organisés par les professions médicales et paramédicales. Ces opérations n’ont que peu mobilisé en dehors du monde médical, quand il s’est agi de lutter contre de nouvelles mesures d’austérité imposées à l’hôpital ou contre la dépossession des moyens de décisions des soignants − pensons à la loi HPST (Hôpital, patients, santé et territoire) en 2009.

A croire que ce subit intérêt pour la cause de l’hôpital public n’est en réalité là que pour affubler des oripeaux de l’éthique un refus de se vacciner bien difficile à justifier.

« Acte citoyen, éthique et responsable »

Nous, soignants, vivons de l’intérieur, depuis un an et demi maintenant, la crise du Covid-19, qui n’a fait que révéler de façon suraiguë ce que nous savions déjà : trop de lits ont été fermés. Il n’y a plus suffisamment de moyens humains et matériels à l’hôpital et, fondamentalement, la logique de flux tendu ne peut pas s’appliquer à un secteur stratégique comme la santé, qui doit être capable d’absorber rapidement une crise sanitaire d’ampleur.

Les secteurs de soins les plus mobilisés sont à bout de souffle, affectés depuis longtemps par les hémorragies de personnels. En conséquence, la pandémie a éprouvé considérablement ces équipes de soin qui ne demandent qu’une seule chose : sortir de la crise. Nous constatons par ailleurs, trop souvent, les ravages de la pandémie en termes de retard de diagnostic et de prise en charge des autres pathologies. Des retards qui, parfois, grèvent lourdement la survie des patients, en particulier en oncologie.

Il vous reste 60.13% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Lire la suite
www.lemonde.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *