à Chambéry, entre peur d’être caricaturés et propos radicaux, les manifestants affichent leur défiance


Manifestation contre l'application du passe sanitaire à Chambéry (Savoie), le 14 août 2021

« Le passe sanitaire, ce n’est pas possible. Je ne suis pas un esclave. Le gouvernement ne peut pas me forcer », explique Nicolas Moreux, 45 ans. L’ingénieur manifeste pour la quatrième fois consécutive, samedi après-midi à Chambéry (Savoie), déterminé à s’opposer aux contraintes sanitaires. Selon l’estimation de la préfecture de Savoie, trois milles personnes ont participé à la manifestation non déclarée, sans organisateur visible, ni parcours défini à l’avance. Le chiffre est comparable au samedi précédent, mais les participants le doublent volontiers, en montrant les vidéos du cortège qui s’étire en direction de la gare.

Lunettes de soleil sur le front, tee-shirt et short, Nicolas Moreux cache sa colère sous un grand sourire. Ses propos sont choisis et résument l’idée la plus partagée parmi la foule éclectique qui défile trois heures durant, sans aucun incident, sous un soleil de plomb. A savoir, en substance : l’instauration du passe sanitaire, comme l’obligation vaccinale qui se profile, relève d’une intolérable atteinte à la liberté individuelle. « Liberté ! Liberté ! », ce slogan est d’ailleurs le plus repris dans le public qui avance d’un pas rapide, traversant la vieille ville, et s’immobilisant devant le château historique de la capitale savoyarde, au pied de l’immense statut des frères de Maistre, penseurs contre-révolutionnaires de l’ancienne province.

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Le spectre de la manipulation

De nombreux profils étaient représentés dans la manifestation contre le passe sanitaire à Chambéry, samedi 14 août.

Comme beaucoup de participants, l’ingénieur Nicolas Moreux redoute d’être caricaturé. « On n’est pas des gilets jaunes, ni des fans de Philippot. Je ne suis pas un complotiste perché. Nous sommes juste des gens qui ne comprennent pas ce qui leur arrive », juge-t-il, persuadé que la vérité est déformée par les canaux médiatiques : « Il y a des traitements contre le Covid, mais on n’en parle pas. Nous avons une seule version. » A ses côtés, Gilles Roux, 45 ans, ingénieur en telecom, acquiesce :

« C’est compliqué d’avoir confiance en des gens qui nous mentent depuis des mois. On peut avoir des doutes. »

Le spectre de la manipulation hante les esprits. « Les journalistes, on se demande ce qu’ils font. C’est la pensée unique. Les scientifiques à la télé sont vieux. Il n’y a aucune source fiable. Je passe mes journées sur les réseaux pour vérifier les chiffres », confie Catherine, 65 ans, qui affirme manifester « pour la première de (sa) vie ». Selon cette ancienne employée de banque, la situation de la Martinique serait « amplifiée pour faire peur ». La peur, il en est beaucoup question dans les conversations, au sujet de la composition des vaccins. « On nous traite d’antivax, d’illuminés, moi je respecte la liberté de ceux qui veulent se vacciner, mais j’ai le droit de choisir. Il n’y a pas assez de recul, on nous force la main. Il y a quand même du matériel génétique dans ces vaccins », estime Noémie, 35 ans, infirmière. A ses côtés, sa fille porte un bob rose et une affichette épinglée à son tee-shirt où il est écrit : « Eteignez la télé, allumez vos cerveaux. »

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