« Négliger les inégalités de santé risque de compromettre l’efficacité de la vaccination sur la population »


Vaccination avec une dose de Pfizer-BioNTech, le 13 août 2021, à Montigny-le-Bretonneux (Yvelines).

Malgré le bouleversement provoqué par cette pandémie, les recommandations sanitaires produites et les débats dans les médias laissent peu de place aux inégalités sociales de santé, alors que tout indique qu’elles vont encore se creuser à l’occasion de la prolongation de la pandémie. Une justification fréquemment entendue met en avant le fait que la lutte contre le SARS-CoV-2 est une urgence, que les inégalités sociales de santé existent depuis longtemps et que, de ce fait, elles passent au second plan.

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Pourtant, depuis plus de dix ans, les inégalités sociales de santé et leur réduction sont inscrites sur l’agenda politique. Elles font partie des nombreux textes organisant les politiques sanitaires : stratégie nationale de santé, plan national de santé publique… Elles sont une priorité assignée aux agences régionales de santé. Cet objectif ne manque pas de justifications en France. Au-delà de la situation des populations « précaires », avec laquelle les inégalités sociales de santé sont souvent confondues, elles traversent la société dans son ensemble. Il faut imaginer un gradient continu selon lequel plus on dispose de ressources culturelles, financières, économiques et sociales, meilleur est son état de santé. Cette progression aboutit à retrancher treize ans d’espérance de vie aux 10 % des hommes disposant des revenus les plus faibles par rapport à celle des 10 % aux revenus les plus élevés.

Une crise globale

Malgré ces intentions affichées, la rhétorique des inégalités sociales de santé est le plus souvent oubliée dès qu’il est question d’agir et d’intervenir concrètement. La crise due au Covid-19 en est une démonstration malheureusement éclatante. Pourtant, cette crise pose la question de façon différente.

Premièrement, il s’agit d’une crise qui n’est pas seulement infectieuse mais globale : elle affecte l’ensemble des problématiques de santé. Les données qui nous parviennent confirment qu’elle atteint davantage les personnes les plus modestes, plus exposées à faire des formes graves.

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Deuxièmement, les inégalités sociales de santé sont en fait au cœur de la solution. La vaccination en offre une démonstration rigoureuse : si 95 % de la population n’est pas vaccinée, avec le nouveau variant, la crise ne saurait être maîtrisée. Or, les hésitations vaccinales varient en fonction des classes sociales, comme le montrent les chiffres obtenus dans la population générale, tout comme ceux obtenus chez les soignants. Dans l’enquête nationale Epidémiologie et conditions de vie liées au Covid-19, les catégories socialement défavorisées apparaissent plus réticentes à se faire vacciner contre le Covid-19. Plus on descend dans l’échelle sociale, plus il y a de distance à l’égard du discours des scientifiques. Ainsi, 17 % des travailleurs manuels déclaraient n’être pas du tout en faveur de la vaccination, alors qu’ils étaient 6 % parmi les cadres supérieurs. De même, 17 % déclaraient qu’ils préféreraient ne pas être vaccinés versus 8 % chez les cadres supérieurs.

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