Aux urgences du Mans, tenir bon malgré la désertification médicale


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Publié aujourd’hui à 05h00

« Je vais vous installer dans un lit, monsieur », répète une infirmière, avec le ton ferme mais bienveillant du soignant. Derrière le rideau, un vieil homme va être transféré du brancard sur lequel il est allongé vers un lit, porté par plusieurs personnels de santé. Soit un support plus confortable. Au centre hospitalier du Mans, dans la « salle de transit » des urgences, destinée aux patients en attente de résultats ou d’une hospitalisation dans les étages, on reste parfois plus longtemps que prévu. Plus encore peut-être ces dernières semaines, alors que l’activité du service explose, mais que le nombre de places dans l’hôpital, lui, ne bouge pas. « Cette nuit, plusieurs personnes ont dû dormir là… ce n’est pas idéal pour l’intimité et la surveillance », reconnaît l’urgentiste Clara Gobert, derrière laquelle une dizaine de patients sont installés, allongés ou assis, aux quatre coins de la pièce, ce lundi 8 novembre.

Il y a quelques jours à peine, le service a franchi son record de fréquentation, avec 229 passages en vingt-quatre heures, contre 166 en moyenne avant la crise du Covid-19. Après un été tendu dans ces services qui souffrent d’une forte pénurie de médecins, la rentrée a été tout sauf normale, malgré l’accalmie sur le front du Covid. « La reprise a été pire que l’été et ça, ce n’est pas habituel, résume l’urgentiste Jöel Pannetier, référent médical des projets territoriaux du groupement hospitalier du territoire de la Sarthe. L’activité ne fait que monter»

Dans les couloirs du service des urgences du centre hospitalier du Mans, le 8 novembre 2021.

Pour le médecin, il y a un effet « post-Covid », avec ces malades chroniques qui atterrissent aux urgences après des retards de prise en charge, mais l’explication est ailleurs : les quatre services d’urgences des alentours se trouvent dans le rouge. Au Bailleul, on ferme désormais quasiment toutes les nuits, à La Ferté-Bernard, de temps en temps la nuit et jusqu’à vingt-quatre heures parfois, de même qu’à Saint-Calais et à Château-du Loir. Du jamais-vu dans ce territoire sarthois où les difficultés ne sont pourtant pas nouvelles, avec une désertification médicale qui va de l’hôpital aux médecins généralistes – 60 000 habitants n’ont pas de médecin traitant – jusqu’aux spécialistes.

Mais quelques départs d’urgentistes ici et là dans ces services qui comptent une quarantaine de postes vacants sur 80, contre 30 avant la crise, et un marché de l’intérim médical toujours plus rude, ont suffi à bousculer le fragile équilibre maintenu jusqu’ici. Une tension qui touche de nombreux territoires du pays, à entendre les représentants des urgentistes, avec des fermetures qui se multiplient depuis la rentrée dans ces services, dont la promesse est pourtant d’être ouverts « vingt-quatre heures sur vingt-quatre ». Il suffit de regarder un peu plus loin, en Mayenne, au centre hospitalier de Laval, pour voir les urgences fermer de manière inédite plusieurs nuits par semaine depuis la rentrée.

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