un mois après la fin de la gratuité des tests, quels effets sur le suivi de l’épidémie ?


Depuis le 15 octobre, les personnes majeures non vaccinées contre le Covid-19 doivent payer leurs dépistages dits de « confort », c’est-à-dire ayant pour but, pour les personnes non vaccinées, d’obtenir une preuve temporaire pour le passe sanitaire. Pour ces quelque six millions de citoyens, chaque test coûte désormais entre 22 et 45 euros (et une douzaine d’euros pour les autotests supervisés, à nouveau autorisés pour le passe sanitaire), s’il n’est pas justifié par une prescription médicale ou un suivi des cas contacts

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Au-delà de la question du budget, qui peut être conséquent pour les plus précaires, le conseil scientifique s’inquiétait, dans son avis du 5 octobre, d’une « certaine forme de difficulté d’interprétation des données épidémiologiques » à cause de la baisse du nombre de dépistages réalisés. « Les tests étaient déjà un mauvais indicateur. Il sera simplement encore plus mauvais désormais », jugeait l’épidémiologiste Catherine Hill dans Marianne le 23 octobre. Un mois plus tard, quels ont été les effets de la fin de la prise en charge systématique des tests de dépistage ?

1. Une baisse du nombre de tests

Conséquence prévisible : après un pic le dernier jour de « gratuité », le nombre de tests quotidiens a baissé d’environ 35 % depuis le 15 octobre (en moyenne sur les sept derniers jours, tous âges, régions et types de tests confondus).

Cette diminution est pourtant plus mesurée que ce qu’avaient anticipé des représentants de la profession, pour plusieurs raisons :

  • Après la forte augmentation du nombre de tests pendant l’été, après l’entrée en vigueur du passe sanitaire, une baisse du dépistage avait déjà commencé dès la troisième semaine d’août, corollaire du recul de l’épidémie et de la forte augmentation de la couverture vaccinale en métropole ;
  • le nombre de tests reste « à un haut niveau, comparable à celui que l’on avait enregistré il y a un an », comme le note la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) le 4 novembre ;
  • la période récente a été perturbée par les vacances scolaires (du 23 octobre au 8 novembre) qui ont réduit le dépistage chez les enfants, ainsi que par deux jours fériés (1er et 11 novembre).

Le nombre de tests poursuit sa baisse initiée en août

Données sur les tests RT-PCR et antigéniques, par date de prélèvement, allant du mercredi 19 mai au .
Les courbes représentent une moyenne sur sept jours.

2. Un recours au dépistage en diminution chez les adultes non vaccinés et asymptomatiques

Le gouvernement semble avoir atteint son objectif de limiter les tests de « convenance personnelle » chez les majeurs non vaccinés asymptomatiques. C’est du moins ce qu’indiquent les données les plus récentes, publiées par la Drees, en croisant le fichier recensant les tests, Sidep, et le système d’information retraçant toutes les injections de vaccins contre le Covid-19, Vacsi.

Le taux de dépistage (par tests RT-PCR uniquement) est resté relativement stable pour les non-vaccinés symptomatiques de plus de 20 ans. Mais, si l’on inclut les asymptomatiques, il a largement baissé.

Cette diminution est probablement sous-estimée, car les tests RT-PCR représentent moins de la moitié des tests pratiqués chaque semaine, leur coût étant plus élevé. La Drees ne propose, cependant, pas ce même jeu de données incluant des tests antigéniques.

Le déremboursement systématique des tests a davantage affecté les non-vaccinés

Taux de dépistage quotidien (tests RT-PCR en date de prélèvement uniquement), en moyenne sur sept jours, du au , pour la population de 20 ans et plus, rapportés à 100 000 habitants.

Vaccinés

…dont symptomatiques

Non vaccinés

…dont symptomatiques

3. Une hausse du taux d’incidence « modérément sous-estimée »

Mais cette baisse du dépistage chez les asymptomatiques, mesurée également par Santé publique France (SPF), a-t-elle eu pour conséquence de laisser passer entre les mailles du filet de nouveaux cas de Covid-19 ? A niveau de circulation virale constant, le nombre de nouveaux patients diagnostiqués est, en effet, par définition plus élevé sur un territoire où davantage de tests sont pratiqués : le dépistage permet de repérer plus de cas, même en petit nombre.

On pouvait donc s’attendre, avec la fin de la gratuité des tests de « confort », à une baisse mécanique du taux d’incidence (nombre de cas positifs pour 100 000 habitants). Cependant, les personnes asymptomatiques et non vaccinées se faisant tester pour le passe sanitaire étaient rarement porteuses du SARS-CoV-2. Le taux de positivité parmi ce public « étant faible (inférieur à 1 %), l’impact a été minime sur le taux d’incidence », explique Santé publique France au Monde.

Mais en parallèle du déremboursement systématique des tests, la circulation du virus s’est accrue. Ainsi, du 18 au 24 octobre 2021, le taux d’incidence a augmenté de 14 % par rapport à la semaine précédente… alors que le dépistage reculait (– 21 %). La hausse s’est maintenue en ce début de mois de novembre. Elle semble corroborée par d’autres indicateurs. Ainsi, du 1er au 7 novembre, les passages aux urgences et les actes de SOS Médecins pour suspicion de Covid-19 ont augmenté respectivement de 7 % et de 22 % par rapport à la semaine précédente, en corrigeant l’effet du jour férié. Quant aux nouvelles hospitalisations, elles sont soit en hausse, soit stables selon les régions. Il s’agit de données plus tardives que celles associées aux tests, la période d’incubation étant de cinq à sept jours, celle d’une éventuelle aggravation de la maladie de sept à dix jours.

Cette analyse au long cours des différents indicateurs permet de pallier les limites de chacun d’entre eux, notamment de celles liées aux tests virologiques. Aussi, leur analyse nécessite de nombreuses précautions, notamment lors des phases de transition entre plusieurs politiques de dépistage (celle liée au déremboursement serait, de l’avis de SPF, désormais terminée).

Lire aussi Taux d’incidence, nombre de personnes vaccinées : les définitions et les limites des grands indicateurs du Covid-19

4. Pas de rebond des premières injections

En limitant la gratuité des tests, le gouvernement cherchait à « continuer à inciter à se faire vacciner » contre le Covid-19, comme le justifiait fin septembre le premier ministre, Jean Castex. Mais si plus de 75 % de la population française est désormais vaccinée, le déremboursement des tests n’a pas été accompagné d’un regain des premières injections de vaccin.

Celles-ci ne concernent plus que près de 20 000 personnes par jour, loin du pic à 370 000 piqûres quotidiennes observé début août, après l’allocution d’Emmanuel Macron annonçant la mise en place du passe sanitaire et amorçant déjà le futur déremboursement des « tests de confort » pour les non-vaccinés.

Pas de hausse des injections depuis mi-octobre

Nombre quotidien de premières injections, du au . Les chiffres sont des moyennes mobiles sur sept jours.

Retrouvez ci-dessous les conditions de remboursement des tests de dépistage :



non

oui Etes-vous complètement vacciné ?

Etes-vous mineur ?

Vous n’avez rien à réglerpour votre dépistage.

Avez-vous été testépositif au Covid-19 dans les 6 derniers mois ?(certificat de rétablissement, test antigénique positif à faire confirmer)

Disposez-vous d’uneprescription médicale ?

Avez-vous été identifié comme cas contact ?(par l’Assurance maladie, dans TousAntiCovid ou par l’agence régionale de santé,ou par l’Éducation nationale)

Présentez-vous une contre-indication à la vaccination ?

Réalisez-vous un test de sortiede quarantaine, ou imposé pourvotre voyage entre la métropole et l’outre-mer / la Nouvelle-Calédonie ?

Les tests réalisés sont à votre charge*. Leur prix varie selon plusieursparamètres, notamment le type de test. Le tarif de référence des testsRT-PCR, dans les laboratoires de biologie médicale, atteint 43,89 €. *les tests resteront gratuits en Guyane et en Martinique jusqu’à la fin de l’état d’urgence (jusqu’au 06/12 en Guadeloupe). À Mayotte, les tests restent gratuits.



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