« Les COP ne peuvent pas être à l’avant-garde des débats, elles ne sont qu’une chambre d’enregistrement »


Des délégués discutent pendant la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique (COP26) à Glasgow, en Grande-Bretagne, le 13 novembre 2021.

Après la clôture, samedi 13 novembre, de la 26e conférence des Nations unies sur le climat (COP26), Stefan Aykut, sociologue et politologue à l’université de Hambourg et spécialiste de la gouvernance climatique, revient sur l’utilité des COP et les limites inhérentes à leur organisation.

Quel bilan tirez-vous de la COP26 ?

Un bilan mitigé. Elle a montré que la gouvernance climatique est vivante, qu’elle a survécu à la crise sanitaire [liée à la pandémie de Covid-19]. Mais le pacte de Glasgow est décevant sur les questions de finances, d’adaptation et de solidarité Nord-Sud. Et il est mitigé en ce qui concerne la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il y a eu une avalanche de promesses de neutralité carbone pour combler le vide des plans climat soumis pour 2030. La question cruciale sera de voir comment se concrétisent ces engagements, qui sont pour l’instant des déclarations, et si on parvient à les formaliser.

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Il y a un réel problème avec le mécanisme volontaire de l’accord de Paris [conclu en 2015]. Rien ne force les pays à accroître leurs efforts tous les cinq ans, comme les y engage cet accord international. Les Etats ne veulent pas clouer leurs pairs au pilori. Le format onusien, très policé, consiste plutôt à mettre en avant ce qu’on fait de bien que de dénoncer ce que font de mal les autres. Il y a toutefois une pression qui fonctionne un peu, celle de la société civile, des ONG, des think tanks, des médias.

On a beaucoup dénoncé le « greenwashing » à cette COP…

C’est la COP la plus commerciale jusqu’ici, avec une zone consacrée aux entreprises et aux initiatives qui a été la plus grande jusqu’à présent. A Glasgow, on a vu un début de débat sur la sortie des énergies fossiles. En revanche, les Etats n’ont pas questionné l’idéologie de croissance et la façon d’organiser le capitalisme. Au contraire, il y a presque un réenchantement des marchés et de la finance comme solution à la crise climatique. Les lobbyistes des énergies fossiles étaient très présents car ils ont conscience que leur futur se joue. On devrait interdire leur présence de la même façon que l’Organisation mondiale de la santé avait exclu les lobbyistes du tabac dans les négociations sur sa nocivité.

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Les conférences climat servent-elles encore à quelque chose ?

On peut avoir l’impression que c’est là que se décide l’avenir de la planète, que se décrètent les solutions pour le futur, alors que non. Il faut les penser comme une arène parmi d’autres –mais néanmoins importante – dans le conflit mondial qui se joue sur la transformation de l’économie. Cette arène est traversée par les clivages Nord-Sud et l’idéologie d’économie de marché. Les COP ne sont qu’une chambre d’enregistrement, une caisse de résonance des débats du monde. De par leur structure, elles ne peuvent pas être à l’avant-garde des débats. Tant que le débat de la mise en question de notre modèle économique n’est pas lancé au niveau national, on ne peut pas l’attendre des COP. C’est important de le reconnaître pour ne pas être déçus. Aujourd’hui, on leur en demande trop.

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