Le scandale des visons danois reprend du poil de la bête


Mette Frederiksen dans une ferme de visons, près de Kolding (Danemark), en novembre 2020.

C’est un feuilleton qui tient en haleine les Danois depuis un an. Le scénario semble tout droit sorti de la série Borgen, sauf que, cette fois, la centriste Birgitte Nyborg (Sidse Babett Knudsen à l’écran) a cédé la place à la chef de file des sociaux-démocrates, Mette Frederiksen, prise dans le « scandale des visons ». Le 9 novembre, elle a dû s’expliquer devant le Parlement sur l’affaire dans l’affaire : ses SMS supprimés, compliquant le travail de la commission d’enquête chargée d’établir qui, au gouvernement, savait que l’ordre d’abattre 15 millions de visons, donné le 4 novembre 2020, était illégal.

Depuis le 7 octobre, une commission d’enquête, composée de trois juristes, a commencé à interroger les acteurs. Ils sont 61 en tout. Mette Frederiksen devrait témoigner le 9 décembre. Elle risque gros : si sa responsabilité est confirmée, la première ministre pourrait être convoquée devant les juges de la Cour suprême du Danemark.

Mais revenons à l’automne 2020. A l’époque, les chercheurs de l’Institut sérologique d’Etat (SSI) s’inquiètent d’une mutation du coronavirus, baptisée « cluster 5 » et développée par le vison, transmis à l’homme. Le Danemark est le premier exportateur mondial de ces petits mammifères élevés pour leur fourrure. Le cheptel compte plus de 15 millions de bêtes, réparties dans un millier de fermes.

Un emballement politique

Au fil des jours, les rapports du SSI se font de plus en plus alarmants. De nouvelles mutations apparaissent et font craindre pour l’efficacité du vaccin. Le 3 novembre, le comité de coordination du gouvernement se réunit. Y participent la première ministre, ses ministres des affaires étrangères, des finances, des impôts, de la santé et de l’agriculture. Contaminé par le Covid-19, le ministre de la justice, Nick Hækkerup, est, lui, absent.

Mogens Jensen, le ministre de l’agriculture, propose deux options. La première : abattre l’ensemble des visons à l’exception des animaux reproducteurs. La seconde : éradiquer le cheptel et tirer définitivement une croix sur le secteur, en indemnisant les éleveurs. Dans les deux cas, les documents préparés par le ministère précisent que le gouvernement ne dispose pas du cadre légal pour agir et doit passer par le Parlement.

Finalement, une troisième solution – intermédiaire – est choisie : l’ensemble du cheptel sera bien abattu, mais aucune interdiction de reprendre l’élevage n’est imposée. Qui l’a proposée ? Devant la commission d’enquête, le 11 novembre, Mogens Jensen n’a pas su répondre, si ce n’est que l’idée ne venait pas de son ministère. Et pourtant, c’est lui qui va en payer le prix.

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