La flambée des prix alimentaires fait craindre une aggravation de la faim dans le monde


Un stand à épices du bazar de Termez (Ouzbékistan), le 19 octobre 2021.

Les prix mondiaux alimentaires n’ont pas été aussi hauts depuis dix ans. L’annonce, début novembre, par l’Organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), que son indice mensuel de mesure des prix alimentaires avait atteint son niveau le plus élevé depuis juillet 2011, a fait l’effet d’une bombe. En douze mois, cet indicateur, qui agrège les prix sur les marchés internationaux de plusieurs denrées de base (céréales, sucre, viande, produits laitiers…), a grimpé de plus de 30 %. De quoi faire craindre une crise économique et alimentaire prolongée, alors que le monde n’en a toujours pas fini avec la pandémie de Covid-19 et que plusieurs pays remettent en place des mesures de restrictions.

Cette hausse des prix s’inscrit dans un panorama déjà préoccupant où près d’une personne sur dix souffre de la faim, et un tiers de la population mondiale est en insécurité alimentaire, c’est-à-dire qu’elle n’a pas accès de façon régulière à une alimentation adéquate.

En plus des pertes d’emplois et de revenus liés au Covid-19, l’inflation alimentaire vient ainsi rajouter un ingrédient au cocktail explosif de la faim. « Les voyants sont au rouge, on est dans une situation critique parce que la hausse de la faim est très nette, l’insécurité alimentaire est présente à la fois au Nord comme au Sud, et on a une population rurale très fragilisée et peu soutenue par les plans de réponse au Covid-19. On risque ainsi d’avoir une crise dans la crise », s’inquiète Valentin Brochard, chargé de plaidoyer au CCFD-Terre solidaire.

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Plusieurs facteurs expliquent la flambée actuelle des prix : elle est d’abord le reflet de la progression continue du prix de l’énergie depuis 2020, ce que confirme une analyse de la FAO qui montre que cette hausse suit la même tendance que celle des coûts des engrais, pesticides et de l’énergie. Elle épouse aussi deux tendances lourdes de long terme : la multiplication des aléas climatiques dus au réchauffement (sécheresses, inondations…) et le développement des agrocarburants, qui entraîne une compétition entre produits agroalimentaires et énergétiques dans l’utilisation des terres arables.

« Une crise des filières agroalimentaires »

Pour chaque matière première, des facteurs indépendants contribuent par ailleurs aux évolutions : le blé (dont la tonne s’échange depuis la mi-novembre à un niveau historiquement haut de près de 300 euros) a pâti, en 2021, de mauvaises récoltes en Amérique du Nord. La production mondiale d’huile de palme est particulièrement faible, en raison notamment d’une pénurie de main-d’œuvre en Malaisie ; le cours des huiles végétales a ainsi pris 9,6 % entre septembre et octobre. La production de canne à sucre, pour sa part, fait les frais d’importantes gelées en juillet au Brésil, le premier exportateur mondial. Mais la conjonction de tous ces facteurs rend la situation particulièrement critique. « Chacune de ces cultures voit ses prix grimper pour des raisons propres, mais c’est très inquiétant qu’elles soient toutes en hausse au même moment », avertit Abdolreza Abbassian, économiste à la FAO.

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