Les Français plus circonspects qu’antivaccin


La France est-elle une terre peuplée d’irréductibles antivax ? Les Français sont-ils plus hostiles à la vaccination que les autres peuples d’Europe, voire du monde ? Les enquêtes internationales répondent souvent par l’affirmative. En 2018, à la veille de la pandémie de Covid-19, elles faisaient ainsi de la France l’une des championnes mondiales de la défiance : la part de sondés estimant que les vaccins n’étaient pas sûrs y était nettement plus importante qu’en Espagne, au Portugal, en Italie, en Norvège, en Grande-Bretagne, au Canada, en Australie, en Inde ou au Brésil.

Ce scepticisme ne semble pourtant pas éloigner les Français de la vaccination : les citoyens réfractaires à tout vaccin constituent une infime minorité (environ 2 %), et l’Hexagone est l’un des pays où la couverture vaccinale contre le Covid-19 est la plus élevée. Pour comprendre cette énigme, le sociologue Jeremy Ward, chargé de recherche à l’Inserm, a exploré, dans un travail réalisé pour la Fondation pour les sciences sociales, les multiples facettes de la culture vaccinale française, qui relève, selon lui, de l’hésitation plus que du rejet.

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Contrairement à la Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou au Brésil, la France n’a pas connu de grands mouvements d’opposition à la vaccination avant la mobilisation contre le vaccin anti-hépatite B, accusé, à la fin des années 1990, de provoquer des scléroses en plaques. Le climat change dans les années qui suivent : le doute vaccinal augmente subitement pendant la pandémie de grippe H1N1 (2009), puis à l’occasion de controverses sanitaires sur les adjuvants à base d’aluminium (2010), les dangers des vaccins contre les papillomavirus (2011) ou l’usage de vaccins multivalents (à partir de 2014).

Défiance des institutions

Si ces mouvements sont extrêmement sévères envers certains vaccins, ils se gardent cependant de faire cause commune avec l’antivaccinalisme traditionnel. « Les acteurs de ces controverses critiquent certaines substances mais ils ne s’attaquent pas pour autant au principe même de la vaccination, souligne Jeremy Ward. Les enquêtes des années 2010 montrent non pas un rejet général des vaccins, mais une réticence ciblée envers certains d’entre eux notamment contre l’hépatite B et les virus du papillome humain. Le nombre de Français qui affirment rejeter tous les vaccins est à la fois très faible et très stable dans le temps – autour de 2 %. »

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Cette méfiance à géométrie variable est restée la règle pendant la pandémie de Covid-19. « La part des Français ayant l’intention de se faire vacciner est passée de 75 % en avril 2020 à 45 % en décembre 2020 pour remonter à près de 80 % pendant l’été 2021, poursuit Jeremy Ward. Si les fluctuations sont spectaculaires, c’est parce que le refus vaccinal ne dépend pas seulement d’une attitude envers la vaccination en général : elle se modifie en fonction du climat politique et, surtout, de l’état des connaissances scientifiques. Dès leur introduction, les vaccins à ARN messager comme celui de Pfizer ont ainsi bénéficié d’un jugement beaucoup plus favorable que celui d’AstraZeneca. »

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