pourquoi la plupart des pays partisans de cette stratégie y ont renoncé


Un événement est organisé à l’occasion des fêtes de Noël dans un centre commercial, à Hongkong, le 18 novembre 2021.

La première ministre de Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, l’a annoncé officiellement lundi 22 novembre. Pour lutter contre le Covid-19, le pays se contentera désormais de « contenir » le virus, au lieu de tenter de l’éradiquer. Si aucun calendrier sur la réouverture des frontières n’a été communiqué, cette déclaration marque l’abandon du « zéro Covid », une stratégie que ce pays avait pourtant été un des premiers à adopter, le 23 mars 2020.

Dès l’hiver 2020, à mesure que le virus SARS-CoV-2 étendait son emprise, le monde s’était divisé sur les défenses à lui opposer. Deux contre-attaques, aux antipodes l’une de l’autre, avaient été développées. L’une, ultra-laxiste, consistait à « laisser filer » l’épidémie dans l’espoir d’atteindre une immunité collective, comme au Royaume-Uni ou en Suède. L’autre, dite « zéro Covid », avait été choisie par les pays d’Asie de l’est, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Leurs contours géographiques, souvent en forme d’îles ou de presqu’îles, étaient, il est vrai, souvent favorables à ce repli.

Cette approche vise à écraser la courbe de circulation du virus. Dans un premier temps, il s’agit d’imposer un confinement très strict pour atteindre un taux infime de nouveaux cas. Ensuite, une palette de leviers est actionnée pour juguler les nouveaux clusters : verrouillage des frontières, limitation des rassemblements, port généralisé du masque, triptyque « tester, tracer, isoler » (TTI). Si les signaux sont au vert, les zones exemptes de virus sont rouvertes, au cas par cas, mais restent soumises au régime TTI. Dès qu’un foyer est détecté, tout est fait pour l’éteindre au plus vite.

Près de deux ans plus tard, alors que la plupart des pays qui ont instauré le « zéro Covid » semblent y renoncer – sauf la Chine et Hongkong – quel bilan dresser ? Sur le plan sanitaire, le succès est écrasant. En Nouvelle-Zélande, à Hongkong, à Singapour, en Corée du Sud, en Australie et au Vietnam, les taux de mortalité ont été respectivement de 8, 28, 62, 65, 75 et 243 par million d’habitants. Par contraste, aux Etats-Unis, en Italie, au Royaume-Uni, en France, en Suède et en Allemagne, ces taux ont grimpé jusqu’à 2 382 ; 2 208 ; 2 105 ; 1 811 ; 1 482 et 1 186 par million d’habitants.

Un employé d’une entreprise de logistique pulvérise du désinfectant sur des colis à livrer, à titre préventif, à Zhangye, en Chine, le 16 novembre 2021.

Mais au plan économique ? La plupart de ces pays ont envisagé le zéro Covid comme une défense temporaire, destinée à protéger leurs populations le temps que les boucliers vaccinaux ou thérapeutiques soient disponibles et fassent leur effet – mais vouée, ensuite, à être assouplie. Dès lors, cette politique, parce que transitoire, était économiquement jouable. Mais « la stratégie zéro Covid que j’ai défendue ne peut être une option définitive, estime le professeur William Dab, ancien directeur général de la santé. C’est, à mon sens, la meilleure méthode, le temps de pouvoir vacciner l’essentiel de la population. » Tenir cette stratégie sur le long terme, dans le monde actuel, est cependant impossible, ajoute l’épidémiologiste. D’autant que l’arrivée du variant Delta, bien plus contagieux, a imposé une surenchère dans les mesures de contrôle : dès lors, le pari devenait intenable.

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