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Les promesses de l’électroencéphalographie appliquée à l’anesthésie


Une lecture fouillée de l’activité électrique du cerveau durant une anesthésie générale pourrait-elle aider à mieux ajuster le niveau de sédation pour chaque patient ? L’enjeu serait de prévenir deux complications : des sédations trop profondes ou, à l’inverse, des réveils intempestifs en pleine intervention chirurgicale – en cas, respectivement, de surdosage ou de sous-dosage de l’agent anesthésique. Tel est le défi que tentent de relever David Holcman, de l’Ecole normale supérieure (ENS-PSL), et ses collègues.

Plus de 10 millions d’anesthésies sont pratiquées chaque année en France (hors période Covid-19), dont une majorité d’anesthésies générales. L’électroencéphalographie (EEG) – car c’est de cette technique d’examen dont il s’agit – est déjà utilisée dans de nombreux hôpitaux lors d’une anesthésie générale. Elle aide à piloter l’anesthésie et à limiter la survenue d’un surdosage chez les patients à risque (personnes âgées ou atteintes de pathologies chroniques).

A cette fin, le patient est équipé d’un bandeau frontal autocollant muni de quatre électrodes, qui enregistrent en temps réel l’activité électrique de son cortex. Il est impossible de recourir, au bloc opératoire, à la vingtaine d’électrodes utilisées dans une EEG standard. « L’intérêt de l’EEG pour surveiller la profondeur de l’anesthésie a été perçu dès les années 1970, raconte Lionel Velly, chef du service d’anesthésie-réanimation de l’hôpital de la Timone à Marseille. Mais il a fallu attendre quarante ans pour que la technique s’affine et devienne un standard de soins. La mise au point de ce bandeau, à la fin des années 1990, a été déterminante. »

Diminution de la mortalité

C’est un de ces rebondissements dont la technologie a le secret : utilisée à la fin des années 1920 chez l’humain, l’EEG connaît aujourd’hui « une seconde jeunesse », relève Lionel Naccache, neurologue à l’Institut du cerveau (hôpital de la Pitié-Salpêtrière, Paris), grâce au recours « à des méthodes computationnelles, fondées sur des connaissances théoriques et empiriques du fonctionnement du cerveau humain ».

Fait notable, ce développement a d’abord été porté par… des plaintes de patients américains. Insuffisamment sédatés, ils conservaient un souvenir déplaisant voire terrifiant de l’intervention qu’ils avaient subie. Ces plaintes sont « plus rares en France, car les pratiques d’anesthésie sont assez différentes », assure Lionel Velly, également secrétaire du comité scientifique de la Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR). En 1994, un décret a en effet imposé la surveillance, lors de toute anesthésie, des paramètres biologiques cruciaux (fréquence cardiaque, pression artérielle, taux de CO2 expiré…) et la présence d’une salle de réveil. « Ce décret a sanctuarisé le niveau de sécurité de l’anesthésie », résume Lionel Velly. De fait, la mortalité liée à l’anesthésie a été divisée par 10 entre 1980 et 1999, a montré en 2003 une enquête de la SFAR. En l’absence de chiffres officiels, la mortalité actuelle serait « inférieure à 1 décès pour 6 millions d’anesthésies », estime Lionel Velly.

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