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« Avis de grain noir sur le café »


Un caféier, à Mococa (Sao Paulo), au Brésil, en août 2015.

« Un tsunami ! » Le bulletin météo, dressé par Giuseppe Lavazza, vice-président du torréfacteur italien qui porte son nom, est plutôt sombre. Avis de grain noir sur le café… La filière s’est d’abord pris de plein fouet la crise liée au Covid-19, avec un complet chamboulement des habitudes de consommation. Fini le petit noir au comptoir ou la pause devant la machine à café. Place au breuvage fait maison. Même si, finalement, malgré des flux perturbés, le café a continué à s’écouler.

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Nouveau coup de Trafalgar, au printemps 2021. La gelée noire s’abat sur les plantations de caféiers brésiliens. Un phénomène qui se produit d’ordinaire tous les dix ans. La production du premier producteur et exportateur mondial, également touché par la sécheresse, a chuté de 24 % par rapport à la collecte record de 2020. Cette récolte de grains en mode « ristretto » a fait s’enflammer les prix mondiaux au fil des mois. Début décembre 2021, le cours de l’arabica, la variété la plus prisée, a atteint la barre des 2,50 dollars (2,24 euros) la livre. Un plus haut depuis dix ans. « Quand vous avez une augmentation des prix de 100 %, c’est un tsunami », s’inquiète M. Lavazza.

« Inflation inédite »

Nouvel épisode de la série noire pour le café, fin février, avec l’invasion de l’Ukraine par les troupes russes de Vladimir Poutine. Les prix de l’énergie, de l’emballage, des transports, des engrais ont flambé, les tensions sur les approvisionnements se sont durcies. De quoi mettre les torréfacteurs sous pression. « Nous avons refait notre budget six fois. Cette inflation très rapide est inédite dans l’histoire de l’entreprise », témoigne M. Lavazza, qui se refuse à toute prévision sur l’année, même si le chiffre d’affaires de la société familiale turinoise devrait atteindre un niveau record, supérieur aux 2,3 milliards d’euros atteints en 2021, à la suite du rebond de l’activité de 11 %, après le trou d’air lié au Covid-19. Mais la marge pourrait boire la tasse.

L’embellie n’est pas encore en vue. « Même si l’on s’attend cette année à de bons volumes de production au Brésil, les plants de café ayant bien récupéré de l’épisode de gel de 2021, cela ne sera pas suffisant pour reconstituer les stocks. Les cours vont rester hauts, d’autant que les producteurs sont affectés par la hausse des prix des engrais », analyse M. Lavazza, qui anticipe la persistance de nuages sombres sur le marché du café, jusqu’en 2023. Actuellement, la livre d’arabica se négocie à 2,26 dollars à la Bourse de New York.

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Sans surprise, par un jeu de vases communicants, le consommateur va trinquer. Entre les pâtes, l’huile, la farine, les steaks hachés, le beurre, le poulet et la semoule, le café se glisse dans le panier des produits alimentaires dont les prix ont le plus augmenté dans les supermarchés. Lavazza, propriétaire de la marque Carte Noire en France, table sur une hausse comprise entre 8 % et 10 %, en rayon, cette année. Reste à savoir si les clients vont allonger la monnaie pour continuer à boire leur café préféré…



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