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le difficile découplage entre activité économique et émissions de gaz à effet de serre


Peut-on continuer à produire et à consommer plus sans polluer la planète ? Peut-être, à condition de parvenir à dissocier la croissance économique des émissions de dioxyde de carbone (CO2) : tel est l’un des leviers sur lesquels l’Union européenne (UE), entre autres, mise aujourd’hui pour atteindre la neutralité carbone au milieu du siècle. Dans le Green Deal (« pacte vert »), élaboré en 2021, elle affiche clairement son ambition d’être « le premier continent neutre pour le climat », en décorrélant l’évolution du produit intérieur brut (PIB) « de l’utilisation des ressources ».

Alors que, au cours des derniers siècles, la prospérité globale s’est fondée sur un recours exponentiel aux ressources naturelles, le pari est audacieux, mais pas impossible. Depuis plusieurs décennies, la croissance des émissions de gaz à effet de serre est en effet moins rapide que la croissance du PIB. Il faudra néanmoins aller beaucoup plus loin. « L’objectif est d’obtenir un découplage absolu : les prélèvements sur la nature et la pollution doivent baisser », rappellent Alain Grandjean, économiste et associé fondateur de Carbone 4, cabinet spécialiste de ces questions, et Marion Cohen, consultante chez Carbone 4, dans un article publié en mars.

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Quelques pays ou régions du monde sont parvenus à ce découplage absolu dans un passé récent. Au sein de l’UE, en particulier, les émissions de CO2 ont atteint un pic à la fin des années 1970. Grâce aux progrès technologiques, aux efforts déployés pour diminuer l’intensité énergétique de l’appareil productif, mais aussi en raison du poids croissant des services dans l’économie, elles ont, depuis, diminué d’environ 25 %, tandis que les Etats membres ont continué à prospérer. Mais, là encore, ce résultat est à relativiser fortement. Car les gaz à effet de serre ne connaissent pas les frontières. Pour qu’il y ait un effet tangible sur le climat, le découplage doit s’opérer au niveau mondial.

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Or nous en sommes loin. « On est dans une phase de ralentissement, mais on ne voit pas à l’heure actuelle d’inversion du lien entre PIB et CO2 », constate Patrice Geoffron, professeur à l’université Paris-Dauphine-PSL. La crise due au Covid-19 s’est bien traduite par une diminution des émissions de 5,9 % à l’échelle mondiale, selon le chiffre cité par le Haut Conseil pour le climat dans son rapport 2021, mais au prix d’une baisse du PIB d’environ 3,4 %. « Il n’y a jamais eu de période où les émissions ont baissé alors que la croissance restait positive », confirme M. Geoffron.

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