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« Acheter agit comme une drogue, le bien-être est alors un leurre »


A la sortie d’un magasin Apple, lors du lancement de l’iPhone 13, à New York, le 24 septembre 2021.

Dans les sociétés occidentales, où le modèle est celui du matérialisme, l’acte de consommer procure un sentiment de bien-être. Mais c’est un leurre, détaille Didier Courbet, professeur à Aix-Marseille Université. Didier Courbet, professeur à l’université d’Aix-Marseille, est coauteur du livre Connectés et heureux  (Dunod, 2021), avec Marie-Pierre Fourquet-Courbet.

Vous développez la thèse selon laquelle le matérialisme est une illusion de bonheur. Pourquoi ?

Parce qu’on se trompe. Les recherches menées depuis une dizaine d’années montrent clairement que l’être humain fait fausse route : celui qui est préoccupé par le matérialisme est plus malheureux que les autres. Ce n’est pas dans le matérialisme qu’on trouve le bonheur. Posséder et utiliser un objet ne procure qu’une satisfaction à court terme. Le phénomène psychologique et de communication est celui de l’adaptation hédonique. Plus on achète, plus on a de petits plaisirs, plus on cherche à avoir davantage de ces petits plaisirs. Cela agit comme une drogue. Le bien-être est alors un leurre. Ce qui va à l’encontre du réel bonheur qu’on trouve dans le sens de sa vie.

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Pourquoi est-il si compliqué de modérer notre consommation ?

D’abord, pour des raisons d’imaginaires culturels. Notre société nous incite à avoir une identité par les objets, par les produits. Les réseaux sociaux et la publicité nous dictent d’avoir une image sociale. Les adolescents s’achètent des baskets de marque pour l’identité sociale qu’elles procurent, le groupe dont elles leur permettent de faire partie.

« Il faut se poser les bonnes questions. En ai-je besoin ? Est-ce un produit bon pour l’environnement ? Cette basket vaut-elle si cher ? Il nous faut reprendre le contrôle »

Par ailleurs, le cerveau humain est toujours attiré par le plaisir immédiat. Difficile d’y résister. C’est, par exemple, le plaisir d’une canette de soda sucré. Enfin, le narcissisme de l’être humain est sans cesse activé par la publicité et les médias. Ils nous disent que, pour avoir confiance en nous-mêmes ou être désirables, il nous faut acheter un vêtement, un parfum ou tout autre produit. Pourquoi éprouve-t-on ces besoins narcissiques ? Par manque affectif que le cerveau va vouloir combler. Le problème entre matérialisme et bonheur commence très tôt chez les enfants : des recherches montrent que, dès 9 ans, plus les enfants sont matérialistes, plus ils regardent les publicités, et moins ils sont heureux.

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C’est ce qui explique l’addiction à la consommation…

Je préfère employer ce mot d’« addiction » pour les pathologies. Il faudrait plutôt parler de la difficulté de s’arrêter. Notre éducation nous apprend mal à combler nos manques affectifs par des plaisirs sains, qui peuvent exiger des efforts. Pour perdre du poids, vous achèterez une crème pour mincir, plutôt que de faire un régime. L’être humain va toujours à la facilité.

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