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vers une limitation de l’usage du numérique ?


Demain, l’usage du numérique sera-t-il remis en cause au nom de l’environnement, comme l’est aujourd’hui celui de l’avion ? Certains auront-ils honte de regarder à l’envi des vidéos de chat ou des séries sur leur smartphone, comme d’autres n’osent plus voler, de peur de polluer ? Débattra-t-on d’imposer un quota annuel de consommation de données en ligne, à l’image du nombre maximal de kilomètres de transport aérien proposé par les députés Delphine Batho et François Ruffin en 2020 ?

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L’idée d’imposer une certaine sobriété numérique a déjà été formulée, en 2020, avec deux mesures visant les forfaits illimités : le Conseil national du numérique a suggéré d’« encourager les forfaits à consommation limitée, y compris sur le fixe, afin d’éviter une subvention indirecte des utilisateurs à fort trafic par l’ensemble des usagers ». Un rapport d’information sénatorial a, lui, proposé, d’« interdire à titre préventif les forfaits mobiles avec un accès aux données illimitées et [de] rendre obligatoire une tarification proportionnelle au volume ».

C’est d’ailleurs l’approche retenue par l’opérateur coopératif TeleCoop, qui propose soit de payer en fonction de son usage – 2 euros par gigaoctet (Go) –, soit de payer davantage si on dépasse la consommation moyenne des Français (2 euros par Go au-delà d’un forfait de 9 Go par mois). Mais, dans un monde où le numérique a acquis une place centrale, encore renforcée pendant la pandémie de Covid-19, contester la consommation « illimitée » de données a suscité des critiques, notamment du gendarme des télécoms, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes.

« Réflexion sur l’ensemble de l’usage »

Même GreenIT, ONG porte-étendard de la « sobriété numérique », juge l’idée de quotas « non prioritaire ». « C’est plus symbolique qu’efficace à court terme, car deux tiers à trois quarts des impacts environnementaux des objets numériques sont liés à leur fabrication, pas au volume de données consommé », explique son fondateur, Frédéric Bordage. L’empreinte carbone d’un smartphone conservé deux ans est réalisée à 80 % avant son utilisation, écrit aussi l’ONG The Shift Project.

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Pour atteindre la sobriété, il serait donc plus urgent de baisser la taille de l’écran de son téléviseur et de lutter contre « l’idée délétère » de changer de smartphone tous les deux ans : M. Bordage propose d’allonger à trois ans la durée d’engagement proposée par les opérateurs contre un smartphone neuf à un euro. Mais aussi d’étendre les garanties des appareils à cinq ans et d’imposer une « consigne » pour inciter leur réemploi.

L’ONG fustige aussi l’obsolescence programmée des matériels et des logiciels : elle suggère d’imposer à Apple ou à Google de séparer les mises à jour « techniques » (qui rallongent la vie des appareils en corrigeant des failles) de celles « de confort » (qui la raccourcissent en ajoutant des fonctionnalités avancées). Les éditeurs devraient permettre l’usage des versions antérieures pendant cinq ans. Et les diffuseurs proposer des contenus en basse définition, afin d’éviter que les normes 4K, HD ou 5G poussent les utilisateurs à renouveler leurs appareils.

Quant à l’idée de plafonner la consommation de données ou de la facturer au volume comme TeleCoop, elle reste, concède M. Bordage, « intéressante » car elle « participe à une mécanique plus générale de réflexion sur l’ensemble de notre usage du numérique ». Un débat naissant, mais d’avenir.

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