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Carburants, pâtes, œufs, viande, légumes… les causes de l’inflation de 26 produits du quotidien


Par, et

Publié aujourd’hui à 02h01

En un an : + 5,2 %. C’est la progression moyenne des prix à la consommation entre mai 2021 et mai 2022, selon l’Institut national des statistiques et des études économiques (Insee). Du jamais-vu depuis septembre 1985. Après la crise du Covid-19, une inflation était attendue, en réaction à une politique de relance massive et une reprise économique subite. Mais la guerre en Ukraine, les aléas climatiques, les épidémies animales et la spéculation ont considérablement aggravé la situation.

A tel point que pour la majorité des vingt experts, économistes, industriels ou représentants des filières que Le Monde a consultés, la flambée des prix ne fait que commencer, quoique dans des proportions variables d’un type de produit à un autre. Les Décodeurs ont étudié les principales familles des produits du quotidien, afin de comprendre pourquoi tant d’entreprises sont en difficulté et pour quelles raisons les prix s’envolent.

Carburants : + 30 % en un an

Chauffage : + 31 % en un an

Si les loyers augmentent peu, selon l’Insee, les autres coûts liés au logement (charges fixes, chauffage, entretien) ont subi ces derniers mois une inflation marquée, surtout liée au prix de l’énergie.

🛢️ Fioul domestique : le pétrole flambe et l’euro baisse

Le prix du fioul domestique, dérivé du pétrole, a quasiment doublé en un an : + 96 % depuis avril 2021, et + 63 % depuis le début de 2022. La raison ? « Comme pour tous les produits pétroliers : le prix du baril élevé et une parité euro-dollar désavantageuse », explique Frédéric Plan, délégué général de la Fédération française des combustibles carburants et chauffage (FF3C).

En conséquence, les près de trois millions de Français qui se chauffent au fioul « fractionnent » leurs achats et se font livrer des quantités souvent bien inférieures à la moyenne. Selon la FF3C, les livraisons ont chuté de 41 % en avril.

🏠 Gaz : un marché sous tension du fait de la guerre en Ukraine et d’une plus forte demande

Le prix moyen du gaz (mêlant gaz de ville, gaz naturel, gaz liquéfié) a augmenté de 52 % depuis un an et de 8,7 % depuis le début de l’année. Mais la flambée avait commencé avant. « La première augmentation date de l’automne de l’année dernière, rappelle Thierry Chapuis, délégué général de l’Association française du gaz. L’une des raisons, c’est la transition énergétique commencée dans un certain nombre de pays asiatiques et qui substitue le gaz au charbon. La très forte reprise fin 2021 a aussi tiré la demande d’énergie et de gaz. »

La seconde augmentation a été provoquée par la guerre en Ukraine. « Cela a créé des pics de prix importants sur un marché déjà très tendu. Il n’y a pas eu d’importantes baisses de la quantité de gaz russe achetée, mais c’est un marché très volatil, la moindre mauvaise nouvelle fait tendre les marchés et fait grimper les prix. »

🏢 Chauffage urbain : une hausse due au prix du gaz

La hausse du prix du gaz a aussi fait monter le prix moyen du chauffage urbain (+ 58 % depuis un an, et + 6,2 % depuis début janvier). « Un réseau alimenté à 100 % par du gaz subit évidemment un impact beaucoup plus fort qu’un réseau alimenté à 70 % par exemple par de la géothermie ou la récupération de chaleur issue de l’incinération de déchets », explique Pierre de Montlivault, président de la Fédération des services énergie environnement.

Pain, céréales et pâtes : + 4,2 % en un an

En 2017, les pains et céréales représentaient 10 % des dépenses alimentaires en grandes surfaces.

  • Les céréales font partie des matières premières dont le prix a le plus augmenté. En cause, une succession de mauvaises conjonctures, à commencer par le conflit opposant deux des principaux pays exportateurs de la planète, l’Ukraine et la Russie.
  • Leurs prix dépendent du cours des matières premières agricoles, qui se négocient au niveau mondial, en fonction des récoltes, des perspectives économiques, de la situation géopolitique et des investissements spéculatifs.
  • Sécheresses et canicules peuvent avoir un effet désastreux sur les récoltes, comme ce fut le cas au Canada en 2021. Or, les stocks mondiaux sont bas, menaçant la sécurité alimentaire de nombreux pays.
  • La flambée du prix des céréales entraîne celle des autres féculents utilisés comme nourriture de base, comme le riz et les pâtes.

🌾 Les céréales, une matière première de plus en plus coûteuse

La Russie est le premier exportateur mondial de blé tendre et l’Ukraine, le cinquième. A eux deux, ils représentent près du tiers des échanges mondiaux d’orge, et l’Ukraine un sixième pour le maïs. Or le blocage de la mer Noire a plombé les exportations. « Le conflit a un impact direct sur l’offre disponible en céréales, et donc sur les prix », confirme Intercéréales, l’interprofession française. La tonne de blé a pulvérisé son niveau historique le 16 mai, à 438 euros. Cette hausse s’est répercutée sur les acteurs de la transformation céréalière qui ont aussi vu leurs coûts de production flamber avec l’explosion du prix de l’énergie, indispensable à la filière.

Les perspectives ne sont pas non plus réjouissantes sur le plan climatique avec le risque que fait peser la sécheresse sur les récoltes. En Inde, déjà, après un début de printemps caniculaire, un embargo sur les exportations de blé a été instauré afin d’assurer la sécurité alimentaire, ce qui va accroître les tensions déjà grandes sur ce marché. « On ne va pas se mentir, les stocks baissent de partout. Il est clair qu’il y a des risques de famine dans certains pays », s’alarme Jérôme Foucault, qui cite notamment le Maghreb, très dépendant de la Russie.

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🥖 La farine et le pain, petits centimes et gros pourcentages

Même s’ils s’approvisionnent exclusivement en blé français, rappelle l’Association de la meunerie française, les meuniers achètent le blé au prix du cours mondial, « et subissent donc ces hausses ». La farine a connu en un an une augmentation de 9,3 % : le paquet d’un kilogramme de farine fluide Francine a pris 15,8 % en cinq mois, à 1,10 euro.

Certains aliments sont directement affectés, comme le pain (+ 4 % en un an). La farine ne constitue qu’environ 15 % du coût total d’une baguette, mais elle s’ajoute à d’autres dépenses qui grimpent, comme l’énergie (pour les fours), les carburants (livraisons) et les emballages (papier). La baguette pourrait dépasser un euro. « En vingt ans, le prix de la baguette a augmenté seulement de 23 centimes en moyenne », tempère le président de la Confédération nationale de la boulangerie-pâtisserie française, Dominique Anract. « Si augmentation des prix il y a, ce sera de quelques centimes et la baguette restera abordable. »

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🍝 Les pâtes en difficulté depuis la canicule au Canada

Le paquet de spaghetti d’un kilo de Barilla, qui coûtait 1,53 euro au 1er janvier, a pris 30 centimes en cinq mois. Les pâtes alimentaires, ainsi que le couscous, ont connu en moyenne une inflation de 12,1 % en un an. Cette hausse significative n’est pas liée directement au conflit ukrainien, puisque ni Russie ni l’Ukraine ne produisent de blé dur, mais à un épisode climatique. « Le Canada intervient pour plus de 70 % dans les échanges mondiaux de cette matière », explique le Syndicat des industries fabricants de pâtes alimentaires de France. Or, la récolte canadienne de 2021 a été désastreuse après le dôme de chaleur à l’été 2021, qui devrait réduire les exportations du pays de 60 % en 2022.

🍚 Le riz, victime collatérale de l’instabilité du blé

Le riz, dont le cours ne dépend traditionnellement pas du prix des autres céréales, a augmenté de 3,5 % depuis septembre 2021. « Quand le prix d’une céréale augmente, c’est un phénomène en cascade. Si le prix du blé augmente trop, les opérateurs changent de céréales et vont tenter d’en utiliser d’autres, comme le maïs ou le riz », explique Bertrand Mazel, président de l’Union des producteurs riziculteurs européens.

S’y ajoutent les mauvaises récoltes de riz en Espagne et en Italie, les deux plus gros producteurs européens. Malgré cela, les prix demeurent assez stables car moins de 10 % de la production mondiale est vendue sur le marché international. Les aides publiques aux producteurs contribuent à ne pas répercuter l’addition sur les consommateurs.

Sucre : + 5,3 % en un an

En 2017, le sucre et les desserts représentaient 7 % des dépenses alimentaires en grandes surfaces.

Huiles : + 9,4 % en un an

  • Les tensions les plus fortes dans l’agroalimentaire portent sur les huiles : + 5,43 % pour l’huile d’olive et + 15,54 % pour les autres huiles alimentaires.
  • La hausse de l’huile de tournesol est devenue ces dernières semaines symbolique de l’inflation alimentaire.

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