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Le Brésil confronté au retour de la faim


Sur un marché de rue, à Rio de Janeiro (Brésil), le 11 mai 2022.

Le chiffre est sorti en Une de toute la presse brésilienne, mercredi 8 juin : 33,1 millions de Brésiliens souffrent de la faim, un nombre qui a presque doublé en un an. Ils étaient 14 millions en décembre 2020, lors de la précédente étude sur le sujet, également menée par le Réseau brésilien de recherche sur la souveraineté et la sécurité alimentaires et nutritionnelles (Rede Penssan).

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« L’augmentation vertigineuse de ce chiffre nous a surpris. Aujourd’hui, 15 % des foyers connaissent la faim, et 30 % des familles sont en insécurité alimentaire. Cela représente 125 millions de Brésiliens qui connaissent un certain degré d’insécurité alimentaire, sur une population totale estimée à 213,3 millions d’habitants », explique Ana Maria Segall, professeure en nutrition de l’Université de Campinas, membre du réseau Penssan.

La dégradation de la situation est d’autant plus regrettable, soulignent les spécialistes, que le Brésil avait fortement réduit cette extrême pauvreté ces dernières décennies, au point d’avoir été rayé de la « carte de la faim » par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), en 2014. A l’époque, seulement 4,2 % des familles en souffraient encore, grâce à une série de programmes lancés par les gouvernements du Parti des travailleurs (2003-2015).

« Gestion chaotique de la pandémie de Covid-19 »

L’administration Bolsonaro ne serait cependant pas la seule responsable de cette détérioration : sous le gouvernement de son prédécesseur Michel Temer, le gel pendant vingt ans des dépenses de l’Etat, inscrit dans la Constitution, a eu un effet désastreux sur les plus précaires, selon cette étude. Un exemple parmi d’autres : le budget pour l’aide à l’alimentation était de près de 100 millions d’euros en 2012. En 2019, il est passé à 7,8 millions, soit une diminution de 93 %. Aujourd’hui, il a quasiment disparu.

En outre, le Brésil est passé d’une situation de quasi-plein emploi en 2014, avec 4,8 % de chômage, contre 10 % en 2016 et près de 13 % actuellement. « La gestion chaotique de la pandémie [de Covid-19] a fortement augmenté l’endettement des ménages, qui doivent payer d’autres dépenses comme le loyer avant de s’alimenter », observe Ana Maria Segall.

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La mise en œuvre d’une nouvelle aide sociale – Auxilio Brasil (Aide Brésil), au lieu de Bolsa Familia (Bourse Famille) – par l’actuel gouvernement, en novembre 2021, n’a eu aucun effet sur l’extrême pauvreté, même si son montant a presque doublé. « Le cadastre n’intègre pas les nouvelles familles et l’inflation sur les aliments rend caduque l’augmentation de son montant », se désole encore la spécialiste.

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