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« Un silence assourdissant a remplacé le vacarme effroyable »


De la « guerre » contre le virus à l’amnésie, de la psychose collective à l’oubli total : mais comment se fait-il que nous soyons passés aussi vite à autre chose au sortir d’une crise sanitaire qui a pourtant ébranlé à ce point tout notre vivre ensemble et provoqué, outre le nombre des morts, de si gros dommages psychologiques, sociaux et politiques ? Bien que nous venions de vivre deux années d’une épreuve collective particulièrement éprouvante à tant de niveaux, plus personne n’en parle, comme s’il ne s’était rien passé ! C’est tout simplement ahurissant.

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Faut-il donc trouver matière à se réjouir ou à s’inquiéter du fait que la pandémie, sa gestion politique et ses conséquences, ait été à ce point absente hier de la campagne présidentielle, et aujourd’hui des débats de la campagne législative ? Notre classe politique dans son ensemble, manifestement incapable de se saisir de ce qui a autant affecté nos vies, ne prouve-t-elle pas hélas, et une fois de plus, à quel point elle est hors-sol ? Ainsi la bataille pour le pouvoir a-t-elle repris son existence séparée, déconnectée… Ainsi également l’actualité a-t-elle repris sa course folle, sans queue ni tête, et nous voilà à nouveau, comme toujours, emportés sans prendre jamais le temps de nous poser pour réfléchir…

Je veux bien admettre qu’on ait besoin d’oublier, et certains verront sans doute dans cette disparition pure et simple du sujet de la crise sanitaire un signe formidable de la résilience de notre société. Ce qui me semble toutefois le plus formidable, c’est le silence assourdissant qui, soudain, a remplacé le vacarme effroyable et continu d’une communication politique et médiatique exclusivement vouée à parler des « vagues » terribles et de la succession indéfinie des « variants » du virus. Si donc cette crise était si gravissime, comme nous l’ont martelé nos médias et nos chefs, comment se fait-il alors que nous ayons pu nous en affranchir tout d’un coup, nous en sauver sans que soient menés à la sortie de cette crise aucun travail de fond, aucune réflexion collective, aucun bilan critique ? Qui avec moi pour s’étonner de cela ? Et je devrais dire plutôt pour être absolument éberlué et indigné, comme je le suis, de ce passage du catastrophique à l’inexistant, du catastrophisme au « circulez, il n’y a plus rien à voir » ?

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Je voudrais donc ici interpeller aussi bien la conscience publique que les pouvoirs : n’est-il pas indispensable que nous nous donnions enfin le temps de la réflexion et de l’examen au sortir de cette crise qui a bouleversé à ce point nos existences privées et publiques, intimes et professionnelles ? Que s’est-il donc passé ? Que nous est-il arrivé ? Qu’est-ce qui a été mis en jeu, et peut-être en péril au-delà de notre sécurité sanitaire ? La gestion de crise a-t-elle été juste, adaptée, appropriée au danger, ou bien a-t-elle été fautive en quoi que ce soit ? Liberté, égalité, fraternité : dans quel état nos valeurs républicaines sortent-elles de cette crise ? Grandies ou affaiblies ? Qui peut prétendre répondre avant qu’ait eu lieu, à ce sujet, le grand débat national que j’appelle de mes vœux ?

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