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La parole publique des chercheurs, enjeu d’intégrité scientifique


La Vie des labos. Des fantômes ont hanté le second colloque de l’Office français de l’intégrité scientifique (OFIS), qui s’est tenu au Collège de France le 9 juin. Leurs noms ont été rarement prononcés, mais les allusions étaient suffisamment claires pour que les participants saisissent qu’ils devaient très certainement à ces « absents » leur présence à ces discussions sur les « Prises de parole des chercheuses et des chercheurs dans l’espace public : quels nouveaux enjeux pour l’intégrité scientifique ? ».

L’épidémie de Covid-19 a en effet « accru la visibilité des scientifiques dans les médias traditionnels et les réseaux sociaux, a rappelé en introduction Stéphanie Ruphy, directrice de l’OFIS. Et nous pensons que les questions d’intégrité scientifique et les bonnes pratiques ne s’arrêtent pas aux portes des labos ». Autrement dit, certains ont pu déraper. Et les figures de Didier Raoult ou du sociologue Laurent Mucchielli, deux des « fantômes », illustrent toute la complexité d’un sujet qui mélange des prises de position scientifiques ou non, diffusées dans des canaux traditionnels ou non, et avec des échanges virulents sur Twitter.

Si la journée n’a pas tranché leur cas, elle a été l’occasion de montrer que les chantiers sont nombreux. Plusieurs juristes ont ainsi rappelé les deux régimes de libertés qui s’appliquent aux chercheurs. La liberté académique, qui est la condition d’exercice de leur métier. Et la liberté d’expression, un droit de l’homme, qui s’applique à tout citoyen. La seconde est moins limitée que la première, qui obéit à des règles d’intégrité et de déontologie. La juriste australienne Adrienne Stone a également souligné que la liberté académique contient le droit de critiquer l’institution, ce que celle-ci oublie parfois. En outre, l’un des rares consensus dans la salle a été le refus de nouvelles régulations qui pourraient entraver la liberté académique. Adrienne Stone a aussi montré qu’en plus de ces deux régimes, il faut distinguer trois modes d’engagement des scientifiques, qui peuvent intervenir comme intellectuel, militant ou expert, ce qui relève de la liberté d’expression, mais ne peut être jugé avec exactement le même regard.

Conséquences négatives sur les citoyens

Mais ces définitions ne suffisent pas à trancher. Pour le sociologue canadien Yves Gingras, une réponse argumentée de pair à pair peut suffire à faire perdre leur crédibilité aux chercheurs qui dérapent, et donc à les faire « mourir socialement ». A quoi Olivier Le Gall, président du Conseil de l’intégrité de l’OFIS, a rétorqué que certains tirent argument du discrédit social pour faire valoir qu’ils ont raison. L’épidémiologiste Dominique Costagliola, victime d’insultes sur Twitter pour ses prises de position concernant les traitements anti-Covid, a quant à elle souligné que ces paroles trompeuses pouvaient avoir des conséquences négatives sur les citoyens, avant d’être décrédibilisées.

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