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« Ce qui pouvait s’apparenter à l’exceptionnel est désormais régulier en 2022, et sera certainement notre quotidien en 2023 »


Vue de la forêt de Landiras, en Gironde, où de violents incendies se propagent, le 17 juillet 2022.

Une partie de la Gironde, des Bouches-du-Rhône mais aussi, et plus étonnamment, du Finistère, étaient toujours en proie aux flammes, mardi 19 juillet au soir. Une situation qui ne surprend pas Grégory Allione, président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, qui explique au Monde pourquoi l’ensemble du territoire peut être le théâtre de feux de forêt et qui réclame, pour y faire face, un « quoi qu’il en coûte en matière de protection civile ».

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Etes-vous surpris par l’ampleur des feux qui ravagent le pays, et notamment la Bretagne, région historiquement moins touchée par ce type de phénomène ?

Malheureusement non, je ne suis pas réellement surpris. En 2019, déjà, nous avons dû faire face à des départs de feux sur tout le territoire hexagonal. On parle de feux de forêts en été, or, l’utilisation de ce terme est obsolète parce que désormais, l’ensemble du pays est concerné par les feux de forêt, du 1er janvier au 31 décembre.

Je ne suis pas non plus surpris par l’intensité de ces feux, comme celui de Landiras, que je qualifie de « mégafeu » en raison de sa virulence et de ses propriétés : sa vitesse de propagation ou la hauteur de flammes. Il a un impact sur la vie économique et sociale du territoire, a des effets notables et nocifs sur la population et, face à lui, les moyens de lutte conventionnelle ne sont presque plus efficaces.

Tous les experts du climat annoncent des hausses de températures, la multiplication des épisodes caniculaires, en lien avec le réchauffement climatique. Ce qui pouvait s’apparenter à l’exceptionnel avant est désormais régulier en 2022, et sera certainement notre quotidien en 2023.

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A-t-on suffisamment anticipé la multiplication des feux un peu partout sur le territoire, et les risques qui leur sont liés ?

La situation que l’on connaît est quelque peu similaire à la crise du Covid-19. Cette dernière a été le révélateur des dysfonctionnements du monde de l’hôpital, qui n’a pas été assez soutenu ces dernières années.

Nous disposons en France d’une force de frappe conséquente [41 800 sapeurs-pompiers professionnels, 197 100 volontaires et 13 000 militaires], toutefois mise à mal ces deux dernières décennies à cause de logiques financières qui ont réduit la voilure dans certains départements [les services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) sont financés par les collectivités territoriales]. Certaines casernes se sont dotées de véhicules polyvalents, ce qui les empêche de venir en renfort dans d’autres régions quand la situation l’exige. Nous sommes passés de 7 500 casernes il y a quinze ans à 6 800 aujourd’hui et avons des ressources humaines limitées, qui ne sont pas toutes formées aux feux de forêts. Ce qui rend cet « été de tous les dangers » particulièrement difficile à appréhender en raison des incendies, du Covid-19 mais aussi de la canicule et des urgences préhospitalières.

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