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Dans la Corne de l’Afrique, des enfants menacés par l’envolée du prix des barres nutritives contre la famine


Un enfant souffrant de malnutrition est nourri avec du Plumpy’Nut dans un hôpital de Niamey, au Niger, en juin 2016.

Au pied d’un acacia du nord du Kenya – une région ravagée par la sécheresse –, des enfants mangent à pleines dents une pâte à base de beurre de cacahuète enrichie, un aliment thérapeutique essentiel pour les sauver de la malnutrition. Simples d’usage, faciles à transporter et à conserver, ces barres sont vitales pour les jeunes habitants du comté de Marsabit, où les travailleurs humanitaires s’alarment de voir des enfants périr dans des conditions proches de la famine. « Si l’on vient à manquer » de ces précieuses denrées riches en calories, vitamines et minéraux essentiels, « on va enregistrer d’autres décès très bientôt », redoute James Jarso, de l’ONG World Vision.

Mais voilà que s’envole le prix de ces pâtes prêtes à l’emploi, connues sous l’acronyme anglais RUTF, et dont Plumpy’Nut, du français Nutriset, est la marque la plus connue. Depuis le début de la guerre en Ukraine, fin février, il est devenu plus difficile de les fabriquer et de s’en procurer, s’inquiète l’Unicef, qui achète près de 80 % de l’approvisionnement mondial.

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L’Ukraine est un important exportateur d’huile de tournesol, de blé et d’autres céréales, et l’invasion du pays par la Russie a affecté le prix et la disponibilité des produits de base, mais aussi pesé sur les prix du carburant et sur les chaînes d’approvisionnement, déjà perturbées par la pandémie de Covid-19. Par ricochet, les prix du lait en poudre, des huiles végétales et des cacahuètes – trois ingrédients clés des RUTF – ont grimpé, explique Christiane Rudert, conseillère chargée de la nutrition au sein du bureau de l’Unicef pour l’Afrique de l’Est. Même les emballages plastiques rouge et blanc sont devenus plus onéreux et plus rares, selon elle, et leur acheminement plus coûteux du fait de la hausse des prix du carburant.

La société Nutriset, dont les produits Plumpy’Nut ont bénéficié à 9,7 millions d’enfants l’année dernière, a indiqué à l’AFP, dans un communiqué, avoir procédé à deux augmentations successives du prix de ses barres nutritionnelles depuis mai 2021, soit une hausse de 23 %. L’Unicef prévoit une augmentation de 16 % des prix des RUTF d’ici à novembre, comparé aux niveaux d’avant la guerre en Ukraine.

Un produit révolutionnaire

Cette hausse des prix intervient au pire des moments, alors que plus de 1,7 million d’enfants de moins de 5 ans souffrent d’une forme de malnutrition aiguë au Kenya, en Ethiopie et en Somalie, trois pays frappés par une sécheresse sans pareille depuis quarante ans. Distribuer les barres d’arachide va coûter « 12 millions de dollars de plus [environ 11,7 millions d’euros] que cela aurait coûté avant l’Ukraine », calcule Mme Rudert.

Or les donations pour la Corne de l’Afrique sont dramatiquement en deçà des besoins. Les RUTF, qui n’ont pas besoin d’être réchauffées ou diluées dans de l’eau pour être consommées, sont « littéralement ce qui sauve la vie des enfants quand ils ont déjà atteint cette forme avancée de malnutrition », ajoute Mme Rudert : « Ce ne sont pas juste des cacahuètes, du lait, du sucre et de l’huile. C’est thérapeutique. »

Conçu il y a vingt-cinq ans en France, le produit s’est avéré révolutionnaire dans le traitement de l’émaciation sévère – ou malnutrition aiguë sévère –, la forme de dénutrition la plus mortelle, qui représente une des principales menaces pour la survie des enfants. Il permet à des femmes et des enfants de survivre, témoigne depuis une clinique mobile le docteur Mohamed Amin, qui travaille pour le ministère kényan de la santé et se rend deux fois par mois dans le hameau isolé de Purapul (nord) pour des consultations.

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Là, des rations de suppléments équivalentes à deux semaines sont distribuées. Aripokiru Nakujan est une des bénéficiaires. La plus jeune de ses six enfants souffre de malnutrition. « Nous avons faim, nous n’avons rien à manger », dit-elle à l’AFP. A ses côtés, son bébé de 6 mois avale la pâte à base d’arachide. Une hausse des prix de 16 %, soit 600 000 doses de RUTF en moins, serait désastreuse non seulement pour la Corne de l’Afrique, mais pour bien d’autres pays d’Afrique. « Il n’y a pas de lait, il n’y a pas de viande, il n’y a pas de nourriture pour eux », insiste James Jarso. Et donc ces barres « leur sauvent la vie ».

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Le Monde avec AFP



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