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Un manuel contre les idées reçues sur la psychiatrie


« De nos jours, on médicalise tout. » « Les malades mentaux sont des criminels en puissance. » « Il a deux personnalités, c’est un vrai schizo ! » « Le suicide, mieux vaut ne pas en parler, ça peut donner des idées. » Voici quelques-unes des soixante-dix idées reçues passées à la moulinette dans le récent En finir avec les idées fausses sur la psychiatrie et la santé mentale. Alors qu’une personne sur cinq est concernée au cours de sa vie par un trouble psychique, et que les sujets de santé mentale sont de plus en plus sur le devant de la scène, en lien notamment avec la pandémie de Covid-19, il devenait urgent de s’attaquer aux clichés et aux croyances diverses, aussi nombreux que tenaces dans ce domaine.

C’est justement ce que fait cet ouvrage, dirigé par la psychiatre et cheffe de clinique en santé publique Astrid Chevance, et rédigé par une vingtaine d’auteurs d’horizons variés. La démarche est d’autant plus salutaire que ces idées fausses peuvent avoir de graves conséquences, contribuant à la stigmatisation des personnes atteintes et de leurs proches, et entraînant des retards à la prise en charge des troubles.

Dès l’introduction, le ton est donné : « Ce livre vise à desserrer nos étaux cognitifs pour redonner de la place à la réflexion et aux débats nécessaires au progrès humain. A ce titre, il ne pouvait être écrit et relu que par une pluralité d’acteurs de tous genres, âges, formations, détenteurs d’un savoir professionnel et/ou expérientiel. » De fait, ce manuel apporte des éléments de réponses concrets, étayés et accessibles sur tous les items, sans éluder les plus sensibles, comme la contention ou l’efficacité des médicaments psychotropes, ou encore la question du contrôle social par la psychiatrie.

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A l’heure où, à chaque fait divers, des psychiatres sont invités à s’exprimer dans les médias sur les troubles psychiques supposés des meurtriers (c’est encore le cas concernnat le meurtre de Lola, une fillette de 12 ans tuée par une jeune femme), on peut ainsi lire avec grand intérêt le chapitre consacré à l’idée reçue numéro 54, selon laquelle « les psys sont les mieux placés pour décrypter l’actualité ». Outre-Atlantique, expliquent les psychiatres Christophe Debien et Geoffrey Marcaggi, l’association américaine de psychiatrie a créé une règle « dont les principes sont qu’un psychiatre n’est en droit d’émettre un avis clinique public qu’à propos d’une personne qu’il a lui-même examinée avec son autorisation et son consentement ».

Cette règle, dénommée « Goldwater » (du nom d’un républicain candidat à la présidentielle américaine en 1964, qui avait porté plainte contre un journal ayant publié des avis de psychiatres sur sa santé mentale), ne s’applique pas en France. « Le recours à des “experts” en dehors de leur champ de compétence pose un problème de crédibilité. Mais demander un avis clinique à l’emporte-pièce pose des problèmes encore plus graves », poursuivent les deux médecins. Sur ce sujet comme sur les soixante-neuf autres, l’ouvrage d’Astrid Chevance et de ses coauteurs fait œuvre utile, et peut d’ailleurs être lu, ainsi qu’ils le suggèrent « comme un manuel de self-défense pour combattre les idées [fausses] les plus virulentes ».

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